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Qui s’allie avec qui? La mosaïque de la droite radicale en Europe

Le national-populisme progresse un peu partout en Europe. Paradoxalement, ces formations souvent eurosceptiques se renforcent grâce à l'UE.

Marine Le Pen, représentante de l'extrême droite radicale en France.
Marine Le Pen, représentante de l'extrême droite radicale en France.
Keystone

France, Royaume-Uni, Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Pologne, Hongrie, pays scandinaves… la montée en puissance des partis de la droite radicale s’observe à travers toute l’Europe, n’épargnant que quelques pays. Pour autant, ces formations sont loin de constituer un groupe idéologiquement homogène sur le continent. «On peut dire que ces partis ont comme dénominateurs communs le rejet des élites, la dénonciation de l’immigration et la diabolisation de l’islam, et enfin la critique de l’Union européenne», explique Anaïs Voy-Gillis, doctorante à l’Institut de géopolitique à Paris et cofondatrice de l’Observatoire européen des extrêmes. «Mais tous sont loin de s’entendre, car les partis nés dans la continuité du national-socialisme ou du fascisme, après la Seconde Guerre mondiale, traînent leur réputation. Par exemple, de nombreuses formations récentes, comme l’UKIP ou le Parti populaire danois, ne pardonnent pas l’antisémitisme qui a marqué la ligne du Front national durant des années.» Leur euroscepticisme s’inscrit aussi dans une large palette sujette à tiraillements, allant des réformistes aux francs partisans de la sortie de l’UE.

En Europe, quatre constellations se distinguent ainsi (voir les pastilles sur la carte), formant des alliances stratégiques. Trois d’entre elles ont réussi à remplir les exigences de Bruxelles (provenir de sept Etats membres différents notamment) pour constituer un groupe au Parlement européen, mais cela n’a pas été facile. Exemple: le groupe «Europe des Nations et de la liberté», construit autour du FN et du FPÖ autrichien, a dû s’associer avec une dissidente de l’UKIP et deux élus d’un petit parti nationaliste polonais (KNP) pour réussir à se constituer. Même savante composition pour l’UKIP et les Démocrates suédois au sein de l’alliance «Europe de la liberté et de la démocratie directe», qui ont dû aller chercher une dissidente du FN, un Polonais du même KNP et le Mouvement 5 étoiles en Italie pour exister.

Ces alliances sont cruciales, car «la constitution d’un groupe amplifie de manière considérable les subventions que le Parlement européen accorde aux partis», souligne Anaïs Voy-Gillis. C’est bien là tout le paradoxe: ces formations qui bien souvent font leur beurre électoral sur le dos de l’UE, avec des critiques acerbes sur son fonctionnement, profitent un maximum de ces aides pour se développer. «Ces subventions représentent des sommes colossales, surtout pour les plus petites formations. Elles leur permettent d’exister dans l’espace public», relève la chercheuse.

Pour les grands partis, ces aides sont aussi loin d’être négligeables. L’ONG britannique Open Europe avait calculé en 2014, après les élections européennes, que si le FN parvenait à constituer un groupe (ce qu’il a réussi en juillet 2015), cela octroierait à cette constellation parlementaire une enveloppe de 22 millions d’euros supplémentaires durant la législature.

Même en l’absence d’un groupe au Parlement européen, des petites formations s’associent pour profiter des fonds européens et gagner en puissance. En avril 2016, on découvrait que des partis néonazis, regroupés sous le libellé «Alliance pour la paix et la liberté», avaient obtenu 600 000 euros de l’UE, une somme qui leur permet d’organiser des rassemblements en Europe ou encore de louer des locaux. On trouve dans cette alliance une belle brochette d’ultras: Forza Nuova, un parti italien néofasciste, les partis grec Aube dorée (néonazi) et belge Nation, ou encore le parti de l’extrême droite allemande, le NPD. En théorie, les entités qui touchent des fonds pour leurs activités doivent respecter un certain nombre de principes, comme le respect des valeurs communes européennes et les droits humains… Des eurodéputés s’insurgent d’ailleurs sur la facilité avec laquelle les subsides sont accordés.

Des alliances enfin se nouent bien sûr au-delà des frontières de l’Europe. On a vu peu avant les élections américaines des ténors du FPÖ autrichien visiter le staff de Donald Trump. Lundi 19 décembre, le même FPÖ annonçait un rapprochement inédit avec Russie unie, le parti de Vladimir Poutine. Pour le pouvoir russe, ce type d’accord représente un sacré pied de nez à cette Europe qui le sanctionne. Pour le FPÖ, une très belle opération d’image. Les deux formations s’engagent notamment à «renforcer l’éducation des jeunes générations dans un esprit de patriotisme».

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