Le retour est très compliqué

Nicolas Sarkozy L’ex-président, candidat non déclaré à la primaire, n’a pas la faveur des sondages. Il entend incarner l’homme providentiel en 2017.

La moitié des personnes interrogées ne veut pas d’un retour de l’ex-président.??

La moitié des personnes interrogées ne veut pas d’un retour de l’ex-président.?? Image: AFP

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Nicolas Sarkozy n’est pas officiellement en campagne pour la primaire de la droite et du centre. Mais c’est tout comme. Meetings, intervention dans les journaux télévisés, entretien avec la presse écrite: il compte bien utiliser son mandat de président des Républicains pour exprimer ce que pense l’opposition. Et, au passage, dérouler ses propres propositions. Ses nombreux concurrents de la primaire protestent contre cette concurrence déloyale et pressent Nicolas Sarkozy de déclarer sa candidature, qui ne fait plus aucun doute. Il ne le fera pas. Il a été élu président des Républicains avec mission de rassembler son camp après les déchirements Copé-Fillon. S’il se déclare, il devra quitter cette fonction. Et pourquoi se priver des moyens du parti pour faire campagne? Mais il sait que la seule question qui compte, c’est: peut-il revenir? Dans une interview d’avril au Monde, François Fillon, son ex-premier ministre, répondait: «J’ai toujours pensé que cela serait très difficile: il a été président de la République et a perdu en 2012. Nicolas Sarkozy a toujours dit lui-même que les Français étaient régicides et quand on a coupé la tête du roi, c’est dur de la remettre sur les épaules.» Cela s’appelle une exécution.

Plus douce, la torture des sondages est le lent poison d’une candidature Sarkozy. En septembre 2014, l’annonce de son retour a suscité des enquêtes d’opinion très négatives. La moitié des personnes interrogées ne veulent pas d’un retour de l’ex-président, et les deux tiers estiment qu’il n’a pas changé, contrairement à ce qu’il essaie de faire croire.

Par rapport à ses adversaires à la primaire, il est encore loin d’Alain Juppé au premier tour (27% contre 35%) selon le dernier sondage Ifop-Fiducial publié à la fin de mai. Et au second, il perd. Mais, commente Florence Haegel, politologue spécialiste de la droite, dans Libération, «le calcul de Nicolas Sarkozy est que seuls les plus radicaux à droite vont se mobiliser pour la primaire».

Autre difficulté, tous les sondages montrent que les Français ne veulent pas rejouer le match de 2012. Et ne souhaitent pas revoir François Hollande et Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Les deux futurs candidats à un second mandat font le même calcul: être l’homme providentiel de 2017. Face à Marine Le Pen, dont tous les sondages disent qu’elle se qualifiera pour le second tour.

Hollande tentera de s’imposer comme le seul rempart à gauche face aux projets de détricotage du système social français des candidats de droite. Et Sarkozy veut incarner une droite qui refuse l’alliance avec le FN, tout en collant à ses idées sur l’identité, la sécurité et l’immigration. «Si l’on se réfère aux études européennes, cette ligne pourrait être la pire des solutions. Elle légitime les thèmes de prédilection du FN, contribue à leur diffusion, tout en maintenant le pouvoir d’attraction du parti», analysait Florence Haegel dans une tribune du Monde en 2015.

Enfin, Nicolas Sarkozy est toujours mis en examen dans deux affaires. Pour celle des écoutes, les derniers rebondissements repoussent le procès en 2017. Mais il y a toujours celle des comptes de campagne de 2012. Le 7 juin, on apprenait que l’enquête était bouclée. Le renvoi en correctionnelle pourrait intervenir en automne. Un agenda judiciaire qui pourrait coïncider avec celui de la primaire de la droite et du centre.


«La priorité en France, c’est rétablir l’autorité!»

Que vous inspire le Brexit?

L’hypothèse d’un Brexit serait pour moi un double naufrage. L’Europe perdrait sa deuxième économie. Et pour nos amis britanniques, ce serait une catastrophe, d’autant plus que des forces de dislocation entreraient en action. Risquerait alors de se poser la question de l’Ecosse et de la Grande-Bretagne. Il y aurait un risque de dislocation du Royaume-Uni?

Les risques de dislocation existent ailleurs en Europe. La question du Brexit aurait dû être une opportunité pour accélérer le changement. Certaines demandes britanniques sont parfaitement justifiées. Le nouveau traité que je propose doit prendre en compte l’existence de deux Europe. Celle de l’euro et celle des Vingt-Huit. L’Europe de l’euro doit avoir un directeur du Trésor, constituer un Fonds monétaire européen et un gouvernement de l’Europe qui puisse aller vers plus d’intégration, de solidarité et une politique économique commune.

Et l’autre Europe, celle des Vingt-Huit?

L’Europe des Vingt-Huit doit évoluer vers moins de compétences communes. Il faut se concentrer par exemple sur la recherche, l’agriculture, la concurrence, l’énergie… Le reste doit revenir aux Etats. La future organisation pour la zone euro doit avoir une même Banque centrale, mais aussi un même gouvernement économique, et une même politique économique. L’Europe des Vingt-Huit c’est une même civilisation, un même marché mais moins de réglementations.

En Europe, les nouvelles propositions viennent de l’extrême droite ou de la rue avec Podemos en Espagne…

L’Europe manque d’idées nouvelles. Il faut un leadership, il faut une vision, il faut se passionner pour l’Europe, il faut prendre des risques pour l’Europe. On a voulu l’Europe pour se protéger et pour que la civilisation européenne survive.

Êtes-vous prêt à incarner ce nouveau leadership?

Il faut d’abord mettre des idées sur la table. Après, il y a le calendrier de la politique française. J’ai un travail à faire à la tête de ma famille politique que je veux terminer. J’ai été élu au suffrage universel à la tête d’un parti ruiné, déchiré, qui n’avait plus de projet. Nous avons remboursé une grande partie de notre dette. Nous avons gagné les élections départementales et les régionales. J’ai la passion de la France. Dans les années qui viennent, la question centrale sera celle du rétablissement de l’autorité politique, en France comme en Europe. Il n’y aura pas de «vivre-ensemble» sans autorité pour le faire respecter

La crise sociale en France frappe aussi l’image du pays à l’étranger…

On emploie des fonctionnaires de police pour garder des fans zones en plein état d’urgence… Est-ce la meilleure utilisation des moyens? On a des manifestations qui depuis des semaines dégénèrent en plein état d’urgence, qui peut le comprendre? La CGT donne une image désastreuse de la France. Le minimum qu’on pouvait attendre des responsables de la CGT, c’est qu’ils arrêtent les grèves pendant les inondations. La priorité des priorités est de rétablir l’autorité dans le pays.

Comment jugez-vous la situation en Syrie?

J’avais demandé dès 2012 à ce que la coalition intervienne en Syrie. On ne voulait pas intervenir. Ceux qui me reprochent l’intervention en Libye ont la réponse avec la Syrie. Puisque la Syrie, c’est exactement la politique inverse de la Libye: celle où on refuse d’intervenir. On voit le résultat: Daech, Al-Qaida, toujours Bachar el-Assad, et l’opposition modérée très affaiblie. Un grand chelem! La Syrie, c’est la Méditerranée, c’est notre voisinage proche. On peut débattre à l’infini s’il fallait intervenir en Irak, s’il fallait intervenir au Koweït ou en Afghanistan. Pas en Syrie. X.A.

(TDG)

Créé: 15.06.2016, 22h38

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