Relents d’antisémitisme dans la Hongrie anti-Soros

De choquantes affiches du parti au pouvoir, diffamant le philanthrope juif américain, seront retirées ce samedi.

Image: Reuters

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«Ne laissons pas Soros rire le dernier!» proclament les dernières affiches bleues du gouvernement national populiste de Viktor Orbán. Le premier ministre a dépensé 40 millions d’euros depuis le début de l’année pour bombarder les citoyens de slogans tels que «La Hongrie se renforce» ou «Arrêtons Bruxelles!» Cette fois, c’est George Soros qui fait les frais de la propagande d’Etat. L’homme incarne en effet le diable aux yeux des populistes au pouvoir depuis sept ans à Budapest.

Dans les attaques contre ce milliardaire philanthrope qui se présente comme un «juif hongrois de 86 ans devenu citoyen américain», les relents d’antisémitisme se font nettement sentir. Tant par l’imagerie utilisée que par les sous-entendus contenus dans les slogans. Selon les mots employés par le Fidesz, la «mafia Soros» constitue une «puissance de l’ombre» prête à déstabiliser son pouvoir au moyen d’«agents étrangers» et d’«extrémistes libéraux». La principale organisation juive (Mazsihisz) a réclamé et obtenu le retrait des affiches par crainte qu’elles n’attisent l’antisémitisme dans le pays. Face au tollé, le Fidesz a annoncé mercredi qu’elles seraient retirées samedi.

Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, doit rencontrer son homologue hongrois à Budapest trois jours plus tard. Il a, pour sa part, soutenu sans réserve Viktor Orbán dans sa croisade. Les deux dirigeants partagent la même aversion pour George Soros et le même consultant politique en la personne d’Arthur J. Finkelstein, un spin doctor engagé avec l’aile droite dure du Parti républicain aux Etats-Unis. Tandis que Soros soutient, lui, le Parti démocrate.

George Soros a la nationalité hongroise. Il est même citoyen d’honneur de Budapest, sa ville natale. «La situation est orwellienne», explique le politologue Gábor Török, qui compare Soros à Emmanuel Goldstein, ennemi public No 1 de l’Etat totalitaire d’Oceania dans le roman 1984 de George Orwell. Le Fidesz de Viktor Orbán a pourtant été abondamment financé par Soros à la fin des années 80. Le parti du premier ministre militait alors pour une Hongrie démocratique. Aujourd’hui, George Soros est l’ennemi utile, accusé de déstabiliser le pouvoir et d’ouvrir la porte de l’Europe aux migrants.

«Cette campagne de haine est aujourd’hui dirigée contre l’un des plus grands Hongrois et un grand philanthrope», s’indigne Gábor Horn, directeur du think tank Republikon dans le journal Népszavá. Il rappelle que «Soros a dépensé des sommes folles pour aider le pays à faire face à ses problèmes sociaux». Au total, près de 400 millions d’euros depuis 1984. Plus de la moitié de ces fonds ont servi à la fondation de l’Université d’Europe centrale, aujourd’hui menacée par le pouvoir.

L’année dernière, 3,2 millions d’euros ont été versés à 47 organisations civiles par l’Open Society Foundations (OSF), qui chapeaute les actions philanthropiques de Soros. En comparaison, la campagne de diffamation dont fait l’objet l’Américano-Hongrois a coûté six fois plus, soit 18,5 millions d’euros.

(TDG)

Créé: 13.07.2017, 20h38

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