Le référendum souligne la fracture qui grandit entre l’Ecosse et l’Angleterre

Brexit Les Ecossais devraient se prononcer fortement pour rester dans l’UE. Ils en profitent pour se démarquer des Anglais.

<b><?EM-dummyText Texte gras ?></b>Les drapeaux de l’Union européenne, de l’Ecosse et du Royaume-Uni flottant devant le parlement écossais à Edimbourg. Bientôt un souvenir?

Les drapeaux de l’Union européenne, de l’Ecosse et du Royaume-Uni flottant devant le parlement écossais à Edimbourg. Bientôt un souvenir? Image: AP

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Izzy Young, 22 ans, et Steven Dewar, 28 ans, distribuent côte à côte des fascicules en faveur du maintien dans l’Union européenne. A quelques jours du vote, ces activistes politiques tentent de sortir Glasgow de sa torpeur. «Les gens sont désintéressés», regrette la coordinatrice locale du groupe Scotland Stronger In Europe (l’Ecosse plus forte dans l’Europe). «Après le référendum sur l’indépendance de septembre 2014, les élections législatives britanniques de mai 2015 et les élections législatives écossaises il y a un mois, on sent les électeurs fatigués. Certains n’ont même jamais entendu le terme Brexit (sortie de l’UE)! Nous sommes donc plus présents dans les rues pour les motiver à aller voter plutôt que pour les convaincre de notre cause, car l’immense majorité des Ecossais est déjà favorable à l’UE.»

Campagne parallèle

Preuve de cette apathie généralisée: les partis écossais ne se sont pas impliqués sur le terrain. «Je suis allé voir ma section du Parti national écossais (SNP), officiellement favorable au maintien dans l’UE, mais elle n’a prévu aucune opération», raconte Steven Dewar. «J’ai donc rejoint Scotland Stronger in Europe. Indépendante des partis, cette plate-forme est surtout organisée autour d’électeurs travaillistes comme Izzy, avec qui j’ai peu d’atomes crochus si ce n’est notre internationalisme. Et je me rends compte que les gens du SNP sont mieux organisés, plus motivés et plus positifs.»

Détail notable, les partisans écossais du maintien dans l’UE ont choisi de se différencier du groupe officiel, Britain Stronger In Europe (le Royaume-Uni plus fort dans l’Europe). Basé à Londres, ce dernier repose sur la participation des principaux dirigeants politiques de la sphère de Westminster, en tête desquels le premier ministre conservateur David Cameron. «L’apparition des travaillistes et des libéraux-démocrates sur la même plate-forme que les conservateurs pendant la campagne du référendum d’indépendance de l’Ecosse a été très mal perçue par leurs électeurs», rappelle Justin Borg Barthet, professeur de droit européen à l’Université d’Aberdeen. «Ils ont depuis perdu la majorité de leurs représentants aux dépens des nationalistes. Pour éviter cette erreur, le SNP n’apparaît donc que sous sa propre bannière. Cela se révèle être un choix doublement judicieux car, avantage supplémentaire, l’apolitisme de Scotland Stronger In Europe semble plus convaincant pour les gens de la rue que les discours de politiciens souvent décrédibilisés.»

Lors d’un récent débat télévisé, l’ancien premier ministre nationaliste Alex Salmond s’est d’ailleurs fortement démarqué de ses alliés britanniques de circonstance. «Ce ne sera pas l’apocalypse si nous quittons l’UE, donc je déplore l’alarmisme déployé par le camp du maintien», a-t-il lancé. Avant de leur faire la morale: «Ce n’est pas comme cela que l’on dirige une campagne pour un référendum. Pour gagner une campagne visant à motiver les gens, il faut avancer des arguments positifs!»

Professeur de politique à l’Université de Strathclyde, Richard Rose analyse la position alambiquée du responsable nationaliste. «Alex Salmond veut être certain que l’Ecosse vote largement en faveur du maintien dans l’UE et qu’elle se démarque ainsi de l’Angleterre, qui devrait se prononcer en faveur du Brexit. Si les Anglais emmènent les autres nations britanniques hors de l’UE contre leur volonté, ce serait désastreux pour le pays: ce serait le flagrant signe d’un royaume désuni. Cela pourrait servir de prétexte à l’organisation d’un second référendum par les indépendantistes écossais.» Ce qu’a en effet confirmé Alex Salmond.

Pénaliser Cameron

Le rejet de la classe politique de Westminster, et en particulier de la politique d’austérité déployée par les conservateurs, est confirmé par les comportements irrationnels rapportés par les militants pro-UE. «Je connais de nombreux électeurs et activistes SNP qui voteront en faveur du Brexit car ils espèrent ainsi avoir droit à un second référendum sur l’indépendance», assure l’activiste SNP Steven Dewar. De son côté, Mélodie Emre, 25 ans, une professeure de français à l’Université de Glasgow, qui distribue des tracts dans l’ouest de la ville, indique que «de nombreuses personnes nous ont dit qu’elles voteront en faveur du Brexit pour pénaliser David Cameron, qu’elles détestent».

Le dirigeant conservateur est tellement peu apprécié que même les partisans résolus du maintien dans l’UE comme Katie, une vendeuse de 25 ans, se demandent «pourquoi croire aujourd’hui les arguments de Cameron alors que j’ai toujours pensé qu’il ment comme il respire, notamment lorsque j’ai voté en faveur de l’indépendance en 2014. Au final, j’ai l’impression que personne en Ecosse ne veut se retrouver en tête-à-tête avec les Tories. Les plus extrémistes choisissent pour cela d’aller au clash, la majorité opte pour le statu quo!»


David et Boris, le petit jeu des frères ennemis

Sur le papier, le premier ministre britannique David Cameron et l’ancien maire de Londres Boris Johnson sont amis. Après avoir tous deux étudié dans le plus prestigieux des collèges privés du pays, à Eton, ils s’étaient croisés il y a trente ans à l’Université d’Oxford. Ils ont ensuite entamé en parallèle leur carrière de politicien chez les Tories. Le premier est devenu leader du parti conservateur en 2005 et le second maire de Londres en 2008.

Malgré quelques signes de tension dans leurs relations, les contacts étaient toujours restés courtois. Jusqu’au 21 février 2016, lorsque Boris «a annoncé à David qu’il rejoignait le camp du Brexit, neuf minutes avant l’officialisation de ce choix», explique la journaliste Sonia Purnell, auteure d’une biographie de l’ancien élu londonien. «Il l’a prévenu par SMS.» Dans la foulée, David Cameron assure: «J’ai le plus grand respect pour Boris en tant que politicien et c’est un grand ami.» Avant d’admettre il y a quelques semaines: «Je suis encore ami avec Boris, mais peut-être plus si bon ami.»

Depuis le début de la campagne du référendum il y a quatre mois, aucun des deux camps n’a en effet lésiné sur les moyens pour entamer la crédibilité de son adversaire. «Mensonges», «alarmisme», «arguments déments», les adjectifs ont fusé. Les deux alliés d’hier ont pourtant porté une attention particulière à ne pas s’attaquer personnellement et surtout à ne pas être opposés lors des débats télévisés. Les fractures au sein du parti conservateur devenues béantes, ils ne peuvent pas en sus apparaître comme ses fossoyeurs. Le risque était trop grand de répéter la guerre interne au parti qui avait suivi la ratification du traité de Maastricht par le premier ministre John Major en 1993.

Les attaques personnelles étaient d’autant moins nécessaires que, quel que soit le résultat du référendum, David Cameron devrait continuer à assumer son poste. En cas de Brexit, le premier ministre sera chargé de négocier avec Bruxelles le départ du Royaume-Uni de l’UE.

Pas sûr que Boris Johnson ait envie de se brûler les ailes à cette tâche périlleuse. Après avoir gagné le soutien de nombreux membres du parti grâce à son positionnement en faveur du Brexit, ce qui lui a également permis d’effacer partiellement son image d’homme de la capitale, il apparaît comme le grand favori pour être le prochain leader du parti. Fin stratège, il préférera sans doute laisser David Cameron en poste pour prendre sa place en 2018 ou 2019. En cas de maintien dans l’UE, le travail du leader conservateur sera tout aussi intense. Malgré une réputation et une autorité fortement entamées, David devra recoller un parti déchiré. Où la place de Boris ne cessera de grandir. TdB

(TDG)

Créé: 21.06.2016, 22h55

Malaise chez les Irlandais, les Gallois et à Londres

Les Ecossais ne seraient pas les seuls Britanniques à enrager si le Royaume-Uni venait à quitter l’Union européenne (UE). Le référendum de jeudi donne aussi des sueurs froides aux Irlandais, aux Gallois et aux… Londoniens. Le Brexit, en effet, c’est le vote de «la province anglaise contre la capitale et les Celtes», résume Peter Kellner, qui présidait jadis l’institut de sondage YouGov.


En Irlande du Nord, on craint de voir voler en éclats l’Accord du Vendredi-Saint signé à Belfast le 10 avril 1998 entre les deux Etats qui se disputent la province d’Ulster: la République d’Irlande et le Royaume-Uni. Aujourd’hui, chacun peut circuler sans contrainte entre toutes les îles irlandaises et britanniques. Il n’y a pas le moindre poste de douane entre Dublin et Belfast. Ils sont des dizaines de milliers à vivre au sud et travailler au nord de la frontière invisible. Mais en cas de Brexit, cela pourrait changer. Collé à l’Angleterre, le Pays de Galles semble très partagé. Son niveau de pauvreté étant comparable à ceux du Portugal, de la Grèce ou des pays de l’Est, personne ne veut perdre les subventions versées par l’UE (700 millions d’euros annuels). Mais le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) séduit bien des électeurs en jurant que des fonds britanniques compenseront les pertes…


Cela dit, le premier ministre gallois, Carwyn Jones, a averti dans le Financial Times que «le Royaume-Uni ne pourra pas garder sa forme actuelle si l’Angleterre vote la sortie (ndlr: le Brexit) et tous les autres (ndlr: Ecosse, Irlande du Nord et Pays de Galles) votent pour rester!»


Le spectre d’un éclatement du royaume en cas de Brexit est si présent qu’on trouve même des Londoniens affichant des revendications… autonomistes! Ambiance. Andres Allemand

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