La réélection promise d’Erdogan se complique

TurquieLe président turc a appelé à des élections anticipées le 24 juin. Plusieurs partis d’opposition tentent désormais de lui barrer la route.

Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, lors d’un meeting de l’AKP samedi passé.

Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, lors d’un meeting de l’AKP samedi passé. Image: Reuters

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Recep Tayyip Erdogan multiplie déjà meetings et promesses électorales, quand bien même la campagne officielle n’a pas encore démarré. Les élections anticipées auront lieu le 24 juin, et le président turc a deux soucis: une multiplication des rivaux pour la présidentielle et un front de plus en plus uni pour les législatives.

Sur le front de la présidentielle, l’opposition échafaude les scénarios possibles pour tenter de priver le chef de l’État d’un nouveau mandat. En ligne de mire: cinq années supplémentaires aux commandes de la Turquie, dans un costume de président aux prérogatives fortement renforcées depuis le vote – à une très courte majorité – du projet de réforme constitutionnelle lors du référendum de l’an dernier.

Pendant plusieurs semaines, les observateurs turcs misaient sur une éventuelle candidature d’Abdullah Gül, ex-président de la République et ancien compagnon de route d’Erdogan, avec qui il a bâti l’AKP, un parti islamo-conservateur devenu une véritable machine électorale. L’image d’un islamiste modéré, critique envers la crise démocratique traversée par son pays, aurait pu séduire bon nombre d’électeurs déçus du «Reis» (le chef) au pouvoir depuis plus de quinze ans. Fin du suspense le 28 avril dernier: Gül a jeté l’éponge, faute d’un «consensus large» autour de sa candidature, a-t-il justifié.

Le nom qui retient l’attention est celui de Meral Aksener, ancienne ministre de l’Intérieur et fondatrice du Bon Parti (BP), formation de centre droit lancée l’automne dernier. Plusieurs sondages donnent déjà cette figure du nationalisme turc au second tour, dans un duel avec Recep Tayyip Erdogan. Le CHP, principal parti d’opposition de centre gauche, devrait dévoiler le nom de son candidat ce vendredi. Le même jour, Selahattin Demirtas, ancien leader du parti prokurde HDP, devrait officialiser sa candidature. Emprisonné depuis plus de dix-huit mois, cet avocat charismatique de 45 ans est accusé par la justice d’être lié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et risque jusqu’à 142 ans de prison.

Multiplication de candidats

Cette multiplication de candidatures pourrait jouer en faveur de l’opposition. «Pour l’heure, Erdogan a consolidé un vote autour de 50%. Mais plus il y a de candidats, plus ce socle s’émiette», souligne Sinan Ülgen, à la tête du Center for Economics and Foreign Policy Studies (Edam). De quoi forcer l’actuel président à remettre son pouvoir en jeu au cours d’un second tour où un front anti-Erdogan pourrait bien voir le jour.

Les affaires se corsent également du côté du scrutin législatif. Jeudi, la création d’une alliance d’opposants regroupant le CHP et le BP avec deux formations politiques plus petites a suscité la surprise. Ce front uni, qui prône un retour au système parlementaire, devrait assurer à chacune de ses composantes de franchir le seuil électoral de 10% nécessaire pour siéger au parlement. «Cette alliance peut capter large: elle va du centre gauche au centre droit, en passant par le vote démocrate islamiste. Cela peut vraiment changer la donne», estime Sinan Ülgen.

Certes, cette alliance demeure limitée et s’est construite sans les candidats du parti prokurde HDP, cibles régulières de l’Exécutif turc – neuf élus sont actuellement incarcérés – et dont la présence aurait pu froisser les électeurs nationalistes, très convoités comme à chaque scrutin. Mais une alliance après le scrutin reste possible, selon Sinan Ülgen: «Cela offrirait à l’opposition une majorité au parlement.» Signe que la situation se complique pour le pouvoir, l’annonce de ce front commun a provoqué une vive réaction des autorités. «Ce qui les motive, ce ne sont pas les intérêts de la Turquie (…), c’est simplement l’opposition à Recep Tayyip Erdogan», a ainsi critiqué le porte-parole du gouvernement, Bekir Bozdag, qui dénonce un «mariage forcé».

Créé: 03.05.2018, 21h10

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