RDC: un consensus en trompe-l’œil

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Finalement, au terme de tractations laborieuses, le Conseil des droits de l’homme a adopté ce vendredi à Genève une résolution qui entérine l’ouverture d’une enquête internationale sur les violations des droits de l’homme commises dans la région du Kasaï en République démocratique du Congo (RDC).

Officiellement, c’est une bonne nouvelle dans la mesure où cette décision a été adoptée par consensus. Pour autant, les pays européens et les Etats-Unis qui avaient mis la pression pour que soit créée une commission d’enquête indépendante n’ont pas eu totalement gain de cause. Le groupe des pays africains a serré les rangs derrière la RDC pour atténuer la portée de cette résolution.

Le texte adopté vendredi évoque une «enquête conjointe» menée avec les autorités congolaises. Autrement dit, le succès de cette mission d’enquête restera subordonné au bon vouloir des autorités de Kinshasa au nom de la «souveraineté» territoriale. Pour la société civile congolaise c’est un camouflet. Joseph Kabila est parvenu à gagner du temps.

Malgré l’abomination des crimes commis par son armée et ses milices, il garde la main. Le Conseil des droits de l’homme, lui, a sauvé les apparences. Sur le papier, le texte adopté par consensus semble marquer une avancée puisqu’il brandit le spectre de l’impunité pour les auteurs des crimes commis dans la région du Kasaï. Les diplomates comme le haut-commissaire aux droits de l’homme ont applaudi à l’annonce de son adoption. Pourtant, une nouvelle fois, tout reposera sur le bon vouloir des autorités congolaises. Lesquelles n’ont, jusque-là, rien fait pour aider les experts onusiens.

Ce consensus en trompe-l’œil porte les germes du discrédit tant redouté. Si les violences se poursuivent comme le redoutent les défenseurs des droits de l’homme congolais, le Conseil des droits de l’homme aura signé son impuissance et offert aux Etats-Unis un argument supplémentaire pour s’en retirer. Si le représentant américain a salué l’adoption de cette résolution, il a émis des doutes sur les résultats qu’on pouvait en attendre. Le lourd silence qui a accompagné l’annonce du consensus sur le cas de la RDC était écrasant, comme si un sentiment de culpabilité pesait sur certains membres du Conseil. Le prix à payer risque d’être très lourd.

Créé: 23.06.2017, 16h55

Alain Jourdan, rubrique Monde

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