Moins de radiations, mais une tâche titanesque

FukushimaSix ans après l'accident, la centrale nucléaire commence à changer de visage, mais il reste beaucoup à faire.

Quelque 6000 hommes travaillent quotidiennement à la réparation du site ravagé par le tsunami de mars 2011. (Image - 23 février 2017)
Vidéo: Keystone

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Six ans après le terrible accident nucléaire au Japon, l'évolution positive de la situation dans la centrale nucléaire Fukushima Daiichi est tangible. Mais une fois in situ, le visiteur ressent l'incommensurabilité du chantier.

Quelque 6000 hommes vont et viennent chaque jour dans ce gigantesque site ravagé par le tsunami de mars 2011. Des masques faciaux, casques, combinaisons, gants et bottes couvrent encore intégralement ceux qui oeuvrent dans les bâtiments des réacteurs ou juste à côté.

Les ouvriers, que l'on aperçoit à proximité de réservoirs d'eau, dont le niveau de contamination varie, sont parfois plus légèrement vêtus. Tepco assure que la radioactivité sur une large partie n'exige plus le port d'une tenue digne de cosmonautes. La dizaine de journalistes invités sur place quelques heures jeudi n'ont cependant pu effectuer par eux-mêmes les mesures probantes.

Il est vrai cependant que l'un des grands changements, selon le constat fait cette semaine par un journaliste de l'AFP, qui s'était déjà plusieurs fois rendu sur place, c'est l'apparence du sol.

Refroidissement stabilisé

«Il a été couvert d'un revêtement de béton» évitant les tourbillons de poussières radioactives dans l'air, «ce qui améliore grandement les conditions de travail», confirme Shunji Uchida, directeur de la centrale exploitée par Tokyo Electric Power (Tepco). En outre, les quatre réacteurs les plus abîmés présentent des silhouettes bien différentes, moins désolantes, que huit mois après le drame quand, pour la première fois, des médias étaient allés voir les installations en péril. Et surtout «le refroidissement est continu et stabilisé», a affirmé Shunji Uchida.

En revanche, les grues encore présentes autour de plusieurs d'entre eux, d'où dépassent parfois des amas de ferrailles, montrent que l'on est encore affairé à déblayer le terrain. Sur le front de mer, face à l'océan Pacifique qui a déferlé dans les installations, un mur a été totalement refait, tandis que l'on n'y voyait que matériel en vrac et tuyauteries posées à la hâte lors de précédentes visites.

Intérieur des réacteurs

Voilà pour l'apparence, mais à Fukushima Daiichi, une des deux centrales nucléaires de cette province très agricole, est surtout problématique ce que ni les visiteurs ni l'opérateur ne voient: l'intérieur des réacteurs. Si Tepco montre des dessins censés représenter la situation «probable» dans chacune des tranches 1 à 3 dont le combustible a fondu, la compagnie n'est toujours pas en mesure d'affirmer avec certitude que cela correspond à la réalité.

Et c'est bien là la plus grosse difficulté du moment: localiser précisément le magma de matière ultra-radioactive dans les réacteurs, savoir dans quel état il se trouve (immergé ou non), quel niveau de rayonnement existe à proximité, et ce pour chacune des unités concernées, car les cas diffèrent, d'autant que le réacteur 3 fonctionnait au combustible Mox issu du recyclage.

Or, les missions de robots effectuées jusqu'à présent dans le réacteur 2 ont, certes, donné des informations et des images très utiles, mais qui permettent surtout de réfléchir à des moyens plus performants à mettre en oeuvre pour la mission suivante.

650 sieverts/heure

Et parfois, il y a des surprises comme la découverte d'un niveau de radiations de 650 sieverts/heure, qui tue un homme en 30 secondes et anéantit un robot spécialement conçu en moins de deux heures.

«Nous avons commencé par inspecter de la sorte l'unité 2, celle où nous pensons qu'il reste plus de combustible dans le coeur. Nous allons aussi effectuer des missions dans les réacteurs 1 et 3 où nous estimons que les conditions sont plus mauvaises», a reconnu Shunji Uchida.

Selon lui, l'ambition de «définir d'ici à cet été la politique de base (non les moyens techniques concrets) pour le retrait du combustible fondu est plutôt une affaire décidée à Tokyo, par l'Etat et les autorités compétentes, et il m'est difficile d'en parler» bien qu'étant en première ligne sur le terrain.

«La difficulté ici est que l'on ne peut pas employer les moyens conventionnels, car le combustible est en mauvais état, et en plus les circonstances sont très variables entre les réacteurs», a-t-il insisté.

Quant au fait d'évaluer à 40 ans la durée du démantèlement, comme cela a été officiellement dit, c'est, selon lui, «difficile à confirmer, car tant que l'on n'a pas défini les moyens techniques, on ne peut calculer le nombre des années». (ats/nxp)

Créé: 26.02.2017, 06h53

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