Pyongyang et Washington, un remake au ralenti de la crise des missiles de Cuba?

Etats-Unis - Corée du NordEntre rhétorique guerrière et manœuvres militaires, l’escalade des menaces fait craindre, comme en 1962, une spirale atomique.

Image: Reuters

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Mais qui arrêtera cet engrenage? Ces derniers jours, Pyongyang a menacé de «rayer de la surface de la Terre» les Etats-Unis si une intervention est ordonnée par Donald Trump, qui promet d’en finir avec le problème nucléaire nord-coréen. Martelant que la «politique de patience stratégique est terminée», Washington assure qu’il y aura une réplique «écrasante et efficace» si Kim Jong-un lance une attaque «conventionnelle ou nucléaire».

Joignant le geste à la parole, les Etats-Unis ont livré mercredi les premiers éléments du bouclier antimissile THAAD à la Corée du Sud. La veille, le sous-marin USS Michigan, équipé de 150 missiles de croisière Tomahawk, mouillait dans le port de Busan, tout au sud de la péninsule. Et le porte-avions Carol Vinson est attendu d’ici à la fin de la semaine.

Pour sa part, après avoir raté il y a dix jours un nouveau test balistique, Pyongyang a annoncé qu’il allait «mener davantage d’essais de missiles de manière hebdomadaire, mensuelle et annuelle», selon les propos tenus par Han Song-Ryol, vice-ministre nord-coréen des Affaires étrangères, dans une interview à la BBC. Mardi, le 85e anniversaire de l’armée a été célébré par «les plus importants exercices d’artillerie jamais conduits».

Risque d’apocalypse

Le monde assiste impuissant à une «crise des missiles cubains au ralenti», a déclaré au New York Times le chercheur Robert Litwak, vice-président du Woodrow Wilson International Center for Scholars, prestigieux think tank basé à Washington, mais aussi expert associé au Centre de politique de sécurité (GCSP), à Genève.

C’est la volatilité extrême de la situation, nourrie par la véhémence du nouveau président étasunien et la paranoïa du leader nord-coréen, qui justifie cette référence aux treize jours de tension absolue vécus en octobre 1962, quand le président Kennedy a découvert que son homologue soviétique, Nikita Khrouchtchev, faisait installer des missiles sur l’île communiste. Tout le monde retenait son souffle, se croyant à la veille d’une apocalypse nucléaire…

Là s’arrête la comparaison. Car Pékin, pourtant allié de Pyongyang, désapprouve ses provocations. La compagnie Air China a suspendu en avril tous ses vols vers le pays de Kim Jong-un. Les importations de charbon nord-coréen ont cessé depuis février. Officiellement, l’Empire du Milieu est opposé au programme nucléaire de son petit voisin, qui cherche à réduire la taille de ses têtes nucléaires pour les placer sur des missiles à longue portée capables de frapper les Etats-Unis. Il veut aussi développer une bombe à hydrogène mille fois plus puissante que celle lâchée sur Hiroshima. Malgré toutes les condamnations de l’ONU, un sixième test nucléaire serait imminent…

La logique nord-coréenne

Folie pure? Pas du tout, estime Harlan Ullman, conseiller à l’Atlantic Council, autre think tank de Washington. Kim Jong-un a pour priorité absolue de garantir la survie de son régime, rappelle l’analyste américain sur le site de United Press International. Or le leader nord-coréen a vu la chute de Saddam Hussein en Irak, puis celle de Muammar Kadhafi en Libye, tous deux ayant abandonné les armes de destruction massive. Conclusion: seule l’arme atomique dissuadera les Etats-Unis de tenter de le renverser. Cela dit, pour le chercheur, ce régime ne déclenchera pas une guerre qui signerait sa mort.

Reste donc à espérer que Pékin saura calmer le jeu. Mais la Chine veut aussi démontrer sa force, elle qui revendique la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale et ses réserves de gaz et de pétrole. Mercredi, le premier porte-avions 100% «made in China» a été mis à l’eau dans le port de Dalian. Selon la presse officielle, il en faudra six. Les Etats-Unis, eux, en ont dix.

(TDG)

Créé: 26.04.2017, 20h35

Articles en relation

Après l’attaque en Syrie, Trump lance un avertissement à Pyongyang

Etats-Unis Parti de Singapour, le porte-avions «Carl Vinson» fend les eaux de la mer Jaune au large de la péninsule coréenne. Plus...

Une partie du bouclier anti-missiles est arrivée

Corée du Sud Les premiers éléments du bouclier THAAD sont arrivés en Corée du Sud mercredi. Objectif : contrer la menace nord-coréenne. Plus...

La Chine lance son deuxième porte-avions

Défense La mise à l'eau du 2e porte-avions chinois, mercredi, survient en plein regain de tension internationale autour de la Corée du Nord. Plus...

Les Etats-Unis menacés d'être rayés de la carte

Corée du Nord Un site officiel nord-coréen prévient Washington que ce serait «une erreur grossière» de s'en prendre à Pyongyang. Plus...

La Corée du Nord met au défi l’administration Trump

Sécurité en Asie Durant la rencontre en Floride entre Donald Trump et le premier ministre japonais, Pyongyang a tiré un missile. Un premier test. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les dangers de no Billag
Plus...