Rohani imite Trump dans l’escalade des menaces

IranL’Iran viole l’accord nucléaire et annonce une nouvelle entorse tous les 60 jours. Un bluff périlleux!

Hassan Rohani et Donald Trump sont à couteaux tirés concernant l'accord nucléaire.

Hassan Rohani et Donald Trump sont à couteaux tirés concernant l'accord nucléaire. Image: Reuters

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Donald Trump serait-il une source d’inspiration pour le président iranien Hassan Rohani? Ce dimanche, Téhéran a repris la production d’uranium enrichi à 5%, brisant le plafond de 3,67% inscrit en 2015 dans l’accord de Vienne sur les activités nucléaires de la République islamique. Puis son chef négociateur nucléaire Abbas Araghchi a prévenu: tous les 60 jours, il y aura une entorse supplémentaire au deal international tant que son pays n’obtient pas satisfaction. Bref, c’est le même genre de procédé que pratique Washington en menaçant d’augmenter les taxes à l’importation tous les trois mois dans l’espoir de faire plier la Chine ou encore le Mexique…

Que veut donc l’Iran? Pouvoir à nouveau exporter 2,5 millions de barils de pétrole par jour, comme c’était le cas avant que les États-Unis ne se retirent de l’accord de Vienne le 8 mai 2018, réimposant par la même occasion des sanctions qui affectent fortement l’économie iranienne. Actuellement, la République islamique ne vend plus à l’étranger que 300 000 barils par jour. Téhéran exige qu’une solution soit assurée par les autres signataires de l’accord de 2015 – Chine, Russie, mais surtout France, Royaume-Uni, Allemagne et Union européenne.

Macron au téléphone

Le chantage a fait son petit effet. Samedi soir, le président français Emmanuel Macron, lors d’un entretien téléphonique d’une heure avec son homologue Hassan Rohani, obtenait un délai jusqu’au 15 juillet pour «explorer les conditions d’une reprise du dialogue». Deux jours plus tôt, Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie, déclarait que «dans quelques jours» aurait lieu en principe la première transaction dans le cadre du système Instex, un instrument imaginé par les Européens pour continuer à commercer avec l’Iran malgré les sanctions des États-Unis.

Téhéran, de son côté, fait attention de violer l’accord modestement. En enrichissant l’uranium à 5%, l’Iran reste bien en dessous des 20% qu’il avait atteint avant l’accord de Vienne. Et surtout, extrêmement loin des 90% nécessaires pour produire une arme nucléaire. Tout se joue en réalité dans le registre de la menace: «Nous sommes totalement prêts à enrichir de l’uranium à n’importe quel niveau et en n’importe quelle quantité», a déclaré Behrouz Kamalvandi, porte-parole de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran.

Le président Rohani joue gros depuis que les États-Unis se sont retirés de l’accord. Il avait été élu en 2013 sur la promesse de négocier la levée des sanctions internationales qui étranglaient les Iraniens. Puis les Iraniens l’avaient largement réélu en 2017 suite au deal nucléaire. Mais à présent, les durs du régime ne manquent pas une occasion de railler son échec et plaider pour la manière forte. L’heure est donc au défi. Le 8 mai dernier, un an après le retrait étasunien, Téhéran a donné 60 jours aux signataires européens pour résoudre le problème. Ce dimanche, le délai ayant été écoulé, une violation de l’accord de Vienne a été publiquement annoncée.

Voilà qui met les Européens en mauvaise posture: s’ils choisissent d’aider Téhéran à contourner les sanctions, ils subiront les foudres de Washington. Et pour corser l’affaire, États-Unis et Iran sont déjà à couteaux tirés, les premiers accusant le second d’attaques contre des pétroliers notamment. Le Pentagone a augmenté sa présence dans la région du Golfe, y expédiant un porte-avions et des milliers de soldats.

Créé: 07.07.2019, 19h35

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