Poutine s’impose en gendarme du conflit au nord de la Syrie

SommetLe chef du Kremlin et le président turc se sont entendus sur un retrait des combattants kurdes d’une nouvelle zone tampon.

Recep Tayyip Erdogan (à g.) et Vladimir Poutine sont parvenus à un accord après plus de six heures de discussions à Sotchi.

Recep Tayyip Erdogan (à g.) et Vladimir Poutine sont parvenus à un accord après plus de six heures de discussions à Sotchi. Image: EPA

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Juste avant l’expiration du cessez-le-feu négocié par les Américains, Vladimir Poutine dit avoir obtenu de Recep Tayyip Erdogan les garanties d’une désescalade élargie dans le Nord-Est syrien. «Ces solutions décisives vont permettre de résoudre une situation très tendue», s’est félicité le chef du Kremlin après plus de six heures de discussions bilatérales mardi à Sotchi, la cité balnéaire russe sur les bords de la mer Noire. «Un accord historique pour la lutte contre le terrorisme, l’intégrité territoriale et l’unité politique de la Syrie, ainsi que pour le retour des réfugiés», a insisté le président turc. Quelques heures avant ce sommet, il s’était pourtant montré menaçant, prêt à «continuer notre opération là où nous l’avons laissée, cette fois avec une bien plus grande détermination».

Chaque côté de la frontière

Au cœur du mécanisme imaginé à Sotchi: des patrouilles russo-turques, dans le nord-est de la Syrie, devront veiller au désarmement des milices kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), considérées comme «terroristes» par Ankara, mais aussi, paradoxalement, empêcher un embrasement avec les forces syriennes. Sur le terrain, les militaires russes seront donc présents des deux côtés de la frontière. En effet, avec le départ des troupes américaines de leurs bases, Vladimir Poutine avait déjà donné son aval pour que l’armée de Damas accompagnée de patrouilles russes en prenne le contrôle. Officiers et drapeaux venus de Moscou dominent désormais là où les Américains soutenaient les forces kurdes, jusque-là leurs alliées.

Ainsi Moscou se porte-t-il garant du retrait kurde de la frontière syro-turque. Cette large présence militaire russe, qui doit apporter de la stabilité et éviter toute reprise d’affrontement, confirme le rôle accru joué par le Kremlin dans la région. Calmant les menaces de Recep Tayyip Erdogan, Vladimir Poutine a en fait essayé de rapprocher les positions turques, syriennes et kurdes. Seul chef d’État à parler à tout le monde, il a ménagé son allié d’Ankara tout en continuant de soutenir son allié de Damas. D’où la difficile et fragile architecture imaginée à Sotchi pour la «zone de sécurité» séparant la Turquie des territoires kurdes le long de la frontière syrienne. Ce n’est plus le vaste espace long de plus de 400 km souhaité initialement par Recep Tayyip Erdogan.

150 heures pour se retirer

L’accord conclu avec Vladimir Poutine porte surtout sur les secteurs du nord-est de la Syrie dans lesquels les YPG sont présentes, mais où l’offensive turque n’avait pas eu le temps de s’étendre du fait de la trêve négociée avec les Américains. Le retrait des forces kurdes prévu dans ce cessez-le-feu, effectif depuis mardi, selon leurs dirigeants, concerne une zone longue de 120 km entre les localités de Tal Abyad et Ras al-Aïn, principales cibles de l’offensive turque. L’accord de Sotchi, lui, élargit la zone de désescalade en ciblant l’est et l’ouest de ce secteur: les forces des YPG doivent s’en retirer avec leurs armes sur 30 km de profondeur dans les cent cinquante heures (un peu plus de six jours) à compter de ce mercredi midi.

Deux semaines après le début de l’offensive turque contre les Kurdes dans le nord-est de la Syrie, Vladimir Poutine, qui n’a jamais explicitement condamné ce coup de force, s’est ainsi imposé en arbitre et gendarme de la région. Hier faiseur de guerre avec son opération militaire pour sauver le régime d’El-Assad, il se veut aujourd’hui faiseur de paix pour favoriser le dialogue entre Damas et les Kurdes et éviter l’affrontement entre la Turquie et la Syrie. Vladimir Poutine a cherché à trouver un compromis sur l’élargissement du retrait des forces kurdes et donc sur l’étendue de la «zone de sécurité». Mais aussi sur les forces qui seraient en charge de la contrôler. Alors que Recep Tayyip Erdogan avait prévu d’établir douze postes d’observation en Syrie, il a fait machine arrière, sans doute sous la pression du Kremlin, et assuré n’avoir «aucune intention de rester dans le nord de la Syrie». À la place, ce seront avant tout des militaires russes qui se déploieront dans cette zone.

Créé: 22.10.2019, 21h52

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