Netanyahou mise sur la colonisation pour être réélu

Proche-OrientLe premier ministre israélien promet d’annexer la vallée du Jourdain. Le candidat du Likoud cible l’électorat ultranationaliste.

Sur ses affiches électorales, Benyamin Netanyahou tient à rappeler à ses électeurs sa «relation personnelle» avec Donald Trump.

Sur ses affiches électorales, Benyamin Netanyahou tient à rappeler à ses électeurs sa «relation personnelle» avec Donald Trump. Image: AP/ODED BALILTY

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C’est le même scénario à chaque campagne et les Israéliens le savent. Une déclaration choc et, tout de suite, la surenchère. Mercredi, Benny Gantz, ancien chef d’état-major, principal rival centriste de Benyamin Netanyahou, ne s’est pas fait prier pour réagir au propos du premier ministre: «Dix ans après, je suis ravi que Benyamin Netanyahou reprenne nos propositions en décidant cette annexion. Mais nous allons bientôt le remplacer et nous ne nous contenterons pas de promesses.»

Mardi soir, Benyamin Netanyahou, dos au mur dans les sondages, a voulu réaffirmer sa stature d’homme d’État. Devant la carte de la vallée du Jourdain, baguette en main tel un professeur devant ses élèves, il a annoncé l’annexion d’un large pan stratégique de la Cisjordanie occupée. Autrement dit, faire appliquer – sans concertation avec l’Autorité palestinienne – «la pleine souveraineté d’Israël sur la vallée du Jourdain et la partie nord de la mer Morte». À une condition, celle d’être réélu.

«Une opportunité historique»

De telles déclarations viennent compléter des promesses qu’il a maintes fois annoncées au cours de sa campagne. Déjà en avril dernier, trois jours avant le scrutin, l’actuel premier ministre avait évoqué l’absorption des colonies et celles des avant-postes – des implantations qui n’ont pas été autorisées par les autorités israéliennes – sans toutefois passer à l’acte, ni fournir de plan précis.

Cette fois, Netanyahou en est convaincu: il dispose d’une «opportunité historique unique» pour entériner la prise de plus d’un tiers des territoires palestiniens. Celle que représente, à ses yeux, «le plan de paix» pour le Proche-Orient de l’administration Trump, qui pourrait être dévoilé quelques jours après les élections. «Nous n’avons pas eu de chance pareille depuis la guerre des Six-Jours, et je doute que nous en aurons une autre dans cinquante ans», a insisté Netanyahou mardi soir, brandissant l’étendard de sa «relation personnelle» avec le président américain, et s’appuyant sur les multiples gestes qu’il a faits en sa faveur. Une aubaine pour celui que l’on surnomme «Bibi».

Pour l’instant, il ne s’agit que d’une annonce électorale. «Netanyahou espère juste obtenir plus de voix, précise Ofer Zalzberg, chercheur à l’International Crisis Group. Il vise la vallée du Jourdain car l’armée israélienne la considère comme une zone tampon défensive, d’où elle surveille les hauteurs jordaniennes. Une zone où il faut garder une liberté d’opération militaire, en temps de guerre comme en temps de paix. Le premier ministre espère ainsi mobiliser davantage les électeurs de droite ultranationalistes, pro-colonies, sans toutefois perdre la confiance de ses électeurs du centre.»

Mais le pari est risqué pour le premier ministre. Si les partis arabes et ceux de la gauche se sont offusqués de sa déclaration, ses rivaux de droite, eux, doutent de sa sincérité. Avigdor Liberman – l’ultranationaliste que certains analystes voient comme le «faiseur de rois» de ces élections – s’est contenté d’un tweet ironique: «Déclaration dramatique» avec des émojis hilares; Ayelet Shaked, ancienne ministre de la Justice désormais à la tête de la formation d’extrême droite Yamina, se dit sceptique et précise qu’elle attend «des actions, non des déclarations». Dans les médias israéliens, les analystes ne cessent de le répéter: «Certains électeurs peuvent y croire, mais ça sent vraiment le désespoir. Après toutes ces années au pouvoir, Netanyahou n’a rien fait dans cette direction.»

«Cela pourrait faire naître grande instabilité»

Il n’empêche que cette annonce – vague et conditionnée – n’en reste pas moins inquiétante. Elle témoigne des intentions de Netanyahou. «Si cela se produit réellement, poursuit Ofer Zalzberg, les dirigeants palestiniens et jordaniens pourraient radicalement changer leur politique à l’égard d’Israël. Cela pourrait faire naître, tôt ou tard, une grande instabilité dans la région.»

D’autant que le Jourdain n’est qu’une première étape. Mais cette charge symbolique – annexer 30 à 40% de la Cisjordanie – catalyserait chez les Palestiniens de très forts sentiments, «à même de remettre en cause la légitimité et l’existence même de l’Autorité palestinienne».

Une droitisation de la campagne visant surtout la réélection de Netanyahou – à même de lui éviter une inculpation d’ici à la fin de l’année.


Les cadeaux de Donald Trump à Benyamin Netanyahou

Sur ses affiches électorales géantes, Benyamin Netanyahou met en scène sa proximité avec le président américain. Jamais la relation entre un premier ministre israélien et un locataire de la Maison-Blanche n’avait été aussi privilégiée. Donald Trump lui-même s’en est vanté il y a quelques jours: «Aucun président n’a fait ce que j’ai fait» pour Israël. La liste des cadeaux offerts à son ami «Bibi» est longue et chacun d’eux constitue un tournant majeur dans la politique étrangère américaine.

Premier tabou brisé en mai 2018: Washington inaugure son ambassade à Jérusalem, pour marquer sa reconnaissance de la ville comme capitale d’Israël, malgré l’occupation de la partie est de Jérusalem depuis 1967. En mars dernier, Donald Trump reconnaît la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, annexé en 1981 par l’État hébreu. Une rupture radicale avec la politique de ses prédécesseurs, incarnée par l’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, proche des milieux sionistes religieux. Il a lui-même financé des colonies en Cisjordanie, dont celle de Beit El, près de Ramallah.

Un ambassadeur qui franchit une nouvelle ligne en juin dernier, en avalisant l’annexion partielle de la Cisjordanie: «Sous certaines circonstances, explique-t-il dans une interview au «New York Times», je pense qu’Israël a le droit de conserver une partie, mais pas toute, de la Cisjordanie.» David Friedman avait déjà, à d’autres occasions, contesté le terme même d’occupation des territoires palestiniens (Jérusalem-Est et la Cisjordanie), un statut juridique reconnu par les Nations Unies et la plupart des États.

Une forme de bénédiction pour Benyamin Netanyahou, qui se targue du soutien inconditionnel de son allié américain pour capter les voix de la droite ultranationaliste. Il n’hésite pas à présenter son plan d’annexion de la vallée du Jourdain comme faisant partie du «deal du siècle» promis par Donald Trump pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Un plan de paix piloté par le gendre du président Jared Kushner, censé être dévoilé après les élections israéliennes.

Malika Nedir

Créé: 11.09.2019, 22h05

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