La rocambolesque affaire Hariri, de Riyad à Beyrouth via Paris

DiplomatieRien n’allait plus depuis la démission en Arabie saoudite du premier ministre libanais. La France a joué les démineurs: un coup de maître!

Saad Hariri

Saad Hariri Image: REUTERS

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Quel joli coup diplomatique! Paris vient sans doute de désamorcer une «bombe» qui menaçait de faire imploser le Liban. Le Pays du Cèdre était, en effet, aux cent coups depuis que son premier ministre, Saad Hariri, avait annoncé le 4 novembre sa démission depuis l’étranger, au cours d’une visite en Arabie saoudite. Sa déclaration avait immédiatement été jugée suspecte à Beyrouth, où le président libanais, Michel Aoun, a accusé Riyad, mercredi, de tenir en «otage» le chef du gouvernement et de le forcer à se dire menacé par le Hezbollah chiite, allié de l’Iran. Un sacré imbroglio, au cœur duquel la France a joué un coup de maître: le président Macron a invité Saad Hariri à se rendre à Paris, avec l’aval de Riyad.

Le premier ministre libanais a accepté ce jeudi l’invitation «amicale» de l’Élysée et déclaré qu’il se rendrait «très bientôt» en France avec sa famille. «Dans les quarante-huit heures», selon une source proche citée par l’agence Reuters. Binational, Saad Hariri a des enfants scolarisés à Riyad et ne pouvait donc pas partir immédiatement, note Le Figaro. Le passage par la France permet aux Saoudiens de «prouver» qu’il était bel et bien libre de ses mouvements, sans prendre le risque d’un retour triomphal directement au Liban. Ainsi, Riyad sauve la face et Beyrouth respire. Car au Pays du Cèdre, c’est bien connu, les équilibres sont instables. Au terme de longues années de guerre opposant ses diverses communautés, la paix a été rétablie au prix d’un deal politique: la présidence revient forcément à un maronite (chrétien), le premier ministre est choisi parmi les Libanais sunnites et le parlement doit toujours être présidé par un élu chiite. Quant au gouvernement lui-même, c’est une coalition hétéroclite comprenant aussi des représentants du puissant Hezbollah, sorte d’État dans l’État.

Voilà qui était sans doute insupportable pour le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman, le nouvel homme fort de Riyad, qui s’est déjà illustré en lançant l’Arabie saoudite dans une guerre sanglante au Yémen contre des Houthis chiites soutenus par Téhéran, mais aussi en déclenchant un boycott contre le Qatar, jugé beaucoup trop arrangeant avec l’Iran honni. Il n’est pas du genre à tolérer les accommodements de son allié Saad Hariri avec le Hezbollah, récemment accusé d’avoir aidé les Houthis à lancer depuis le Yémen un missile qui aurait pu frapper l’aéroport de Riyad s’il n’avait pas été détruit en vol.

Cela étant dit, on comprend mal la stratégie saoudienne. S’il s’agissait d’envoyer un avertissement à l’Iran, menaçant la position de force du Hezbollah libanais, c’est plutôt raté. Le parti chiite n’a pas tenté de profiter du vide de pouvoir. Cet épisode a plutôt réuni les diverses communautés libanaises dans un appel patriotique à la «libération» de Saad Hariri et à son retour au pays. Pire encore, diverses diplomaties ont évoqué l’éventualité de saisir le Conseil de sécurité de l’ONU si le premier ministre libanais était retenu à Riyad.

Il reste que le Liban est bel et bien déstabilisé. Le président Aoun attend impatiemment la venue du premier ministre pour vérifier s’il maintient ou non sa démission. Il ne serait guère facile de trouver, pour le remplacer, un sunnite jugé acceptable par le parrain saoudien… mais aussi par le Hezbollah! (TDG)

Créé: 16.11.2017, 21h05

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