Les pressions sur Kiev inquiétaient dès juillet

Affaire ukrainienneDeux hauts responsables de la Maison Blanche ont saisi les services juridiques avant même l'appel de Trump au président ukrainien.

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Inquiets d'un chantage exercé sur Kiev par un proche de Donald Trump, des conseillers à la Maison Blanche avaient sonné l'alarme deux semaines avant que le président américain ne demande à son homologue ukrainien d'enquêter sur un de ses rivaux, ce qui lui vaut d'être menacé de destitution.

Fiona Hill et Alexander Vindman, membres de l'influent Conseil de sécurité nationale, ont expliqué lors de témoignages à huis clos au Congrès qu'ils avaient saisi les services juridiques de la Maison Blanche dès le 10 juillet, selon les transcriptions de leurs auditions rendues publiques vendredi.

Ils venaient d'assister à une réunion au cours de laquelle l'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne, Gordon Sondland, avait annoncé à une délégation ukrainienne que leur nouveau président Volodymyr Zelensky serait reçu à la Maison Blanche s'il annonçait des investigations sur le démocrate Joe Biden, bien placé pour affronter Donald Trump lors de la présidentielle de 2020.

Signalement

«L'ambassadeur Sondland a expliqué en présence des Ukrainiens qu'il avait un accord avec le chef de cabinet du président, Mick Mulvaney, pour une rencontre s'ils avançaient avec des investigations» politiques, a déclaré Fiona Hill, collaboratrice du conseiller à la Sécurité nationale John Bolton. Ce dernier, qui a été démis de ses fonctions en septembre, s'était «raidi» et «avait mis un terme de manière abrupte à la réunion», selon Fiona Hill et Alexander Vindman.

Gordon Sondland, un homme d'affaires qui a donné de larges sommes pour la cérémonie d'investiture de Donald Trump, avait poursuivi l'échange avec les Ukrainiens dans une autre salle de la Maison Blanche. Selon Alexander Vindman, l'ambassadeur avait alors explicitement mentionné Joe Biden, dont le fils Hunter a longtemps fait des affaires en Ukraine.

Furieux, John Bolton avait ensuite demandé à Fiona Hill d'aller faire un signalement auprès de l'avocat du Conseil de sécurité. «Dites lui que je ne suis pas dans l'espèce de trafic de drogues que Sondland et Mulvaney préparent», avait-il intimé à sa collaboratrice.

En parallèle, Alexander Vindman, avait lui aussi «relaté l'incident» à ce juriste, s'inquiétant que des pressions politiques «entrent dans une discussion de sécurité nationale».

«Grenade dégoupillée»

À une autre occasion, John Bolton avait formellement interdit à ses équipes de parler avec l'avocat personnel de Donald Trump, Rudy Giuliani, engagé dans une campagne de pressions en Ukraine. «Il a dit: Rudy est une grenade dégoupillée qui va tout faire sauter», a rapporté Fiona Hill.

Malgré ces mises en garde, le président Trump a demandé le 25 juillet à Volodymyr Zelensky de «se pencher» sur les Biden et de parler avec Rudy Giuliani. Le lieutenant-colonel Vindman qui écoutait en direct la conversation téléphonique s'est précipité dès la fin de l'appel «partager ses inquiétudes» avec l'avocat du Conseil de sécurité nationale.

Fiona Hill, qui n'a pas assisté à l'échange, a été «choquée» en lisant sa transcription. «J'ai vu beaucoup d'appels en deux ans et demi à la Maison Blanche et jamais rien de tel», a-t-elle confié aux parlementaires.

«Abus de pouvoir»

Ces témoignages viennent affaiblir la défense de Donald Trump qui assure que son appel était «irréprochable». Se disant victime d'une «chasse aux sorcières», il a intimé à ses conseillers de ne pas participer à l'enquête du Congrès. Vendredi, son chef de cabinet Mick Mulvaney, qui aurait pu être un témoin-clé, a donc ignoré une convocation au Capitole.

Outre son rôle dans la promesse d'une visite à la Maison Blanche, Mick Mulvaney a également ordonné à la fin juin le gel d'une aide militaire de 400 millions de dollars destinée à l'Ukraine. Au détour d'une conférence de presse, il avait lâché l'avoir fait pour des considérations politiques, avant de rétropédaler.

Les démocrates accusent Donald Trump d'avoir utilisé cette aide pour faire pression sur Kiev, ce qui, selon eux, constitue un «abus de pouvoir». La Chambre des représentants, chargée par la Constitution de la mise en accusation du président (impeachment) avant son procès au Sénat, pourrait retenir ce chef contre lui. Si la Chambre à majorité démocrate vote en ce sens, Donald Trump devrait échapper à une destitution, le Sénat restant aux mains des républicains. (afp/nxp)

Créé: 09.11.2019, 00h09

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