La présidente du parlement est libre

CatalogneL'indépendantiste catalane Carme Forcadell a quitté la prison dans laquelle elle a passé une nuit. Elle a réglé sa caution de 150'000 euros.

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La présidente indépendantiste du parlement catalan Carme Forcadell, poursuivie pour «rébellion», restera libre sous caution, après s'être engagée à respecter «le cadre constitutionnel».

«Elle est sortie», a déclaré à l'AFP un porte-parole du ministère espagnol de l'Intérieur, tandis que des chaînes de télévision montraient une voiture officielle du parlement catalan quitter l'enceinte de la prison pour femmes d'Alcala Meco située près de Madrid où elle avait passé la nuit. Et ce à la veille d'une nouvelle journée de manifestations à Barcelone en faveur de la libération de dirigeants séparatistes incarcérés.

D'un montant de 150'000 euros, la caution réclamée à Mme Forcadell est six fois plus élevée que celle, de 25'000 euros, fixée pour cinq autres parlementaires.

Contrôle judiciaire

L'élue de 58 ans est placée sous contrôle judiciaire, celui-ci prévoyant la confiscation de son passeport, l'interdiction de sortie du territoire espagnol et l'obligation de se présenter une fois par semaine devant un juge.

De son côté, le président catalan destitué Carles Puigdemont se trouve actuellement en Belgique avec quatre ex-ministres de son gouvernement, dans l'attente de l'examen par la justice belge d'un mandat d'arrêt international émis par l'Espagne.

Mme Forcadell avait été entendue la veille, comme cinq autres parlementaires catalans, dans le cadre de l'enquête pour «rébellion», «sédition» et «malversations» déclenchée après la proclamation de l'indépendance par le parlement catalan, le 27 octobre.

Les parlementaires évitent donc la détention provisoire, à la différence de huit ex-«ministres» du gouvernement séparatiste catalan et des deux dirigeants d'associations indépendantistes incarcérés près de la capitale espagnole.

Trahison ?

Carme Forcadell, une indépendantiste de la première heure, avait compté un à un les bulletins des élus qui avaient voté pour la sécession le 27 octobre, soit 70 sur 135. Ce vote sans précédent en Espagne a été suivi de la mise sous tutelle de la Catalogne par le gouvernement central, qui a aussi destitué son exécutif, dissous son parlement et convoqué des élections régionales pour le 21 décembre.

Pour sa défense, Mme Forcadell a assuré devant le juge qu'elle n'avait pas, en tant que présidente du Parlement, «la liberté d'interdire un vote», a dit un de ses porte-parole. Elle a aussi expliqué que la déclaration d'indépendance était sans effets juridiques, selon des sources ayant assisté à l'interrogatoire.

Dans son arrêt sur ces comparutions, le juge Pablo Larrena précise que les élus ont devant lui «renoncé à toute activité politique future», ou dans le cas où ils poursuivraient leur carrière, «renoncé à tout acte hors du cadre constitutionnel». C'est ce qui explique sans doute, d'après le porte-parole du gouvernement conservateur espagnol Inigo Mendez de Vigo, que le juge accepte le maintien en liberté contre le versement de cautions.

«Cette déclaration selon laquelle ils ne feront rien contre l'ordre constitutionnel (...) me semble très bien», a réagi M. Mendez de Vigo. «Nous assistons au retour à la normalité en Catalogne».

Quid des indépendantistes ?

Les propos des parlementaires devant le juge pourraient fâcher une partie du camp indépendantiste, au sein duquel sont déjà récemment apparues des dissensions et qui n'a pas réussi à présenter une coalition en prévision des prochaines élections régionales.

Mais si le journal El Mundo (droite) voyait dans ces déclarations une «renonciation» de la présidente du parlement catalan à la sécession, le député Joan Josep Nuet, seul parmi les élus visés par l'enquête à n'avoir pas voté pour l'indépendance, a rejeté toute idée de «trahison» de la part des parlementaires. «Ils n'ont rien trahi du tout», a commenté M. Nuet, laissé libre sans contrôle judiciaire : ils ont simplement dit «des choses qui sont évidentes mais que les gens ne disent pas parce que ça ne fait pas bonne impression».

Droits humains

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a confirmé vendredi que «quatre requêtes catalanes» avaient été déposées devant elle contre l'Espagne. La Cour de Strasbourg doit maintenant les examiner avant de décider si elles les sont ou non recevables. La CEDH a précisé que l'une d'elles, reçue le 18 octobre, émanait de la présidente du parlement catalan, et que Carles Puigdemont l'avait également signée, aux côtés de plusieurs dizaines de parlementaires catalans.

Les indépendantistes, qui tentent de maintenir la mobilisation, ont appelé à une nouvelle manifestation samedi à Barcelone à partir de 17h00. Ils espèrent la même affluence qu'à l'occasion de la fête nationale de Catalogne, le 11 septembre, qui rassemble depuis 2012 des centaines de milliers de personnes. (ats/nxp)

Créé: 10.11.2017, 13h02

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