Le pot-de-vin qui coûte sa place au ministre

Russie Le responsable de l’économie Alexeï Oulioukaïev arrêté en pleine nuit pour avoir encaissé deux millions de dollars

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«C’est la dernière personne qu’on aurait pu soupçonner d’une chose pareille…» Sergueï Chvetsov, premier directeur adjoint de la Banque centrale de Russie, ne s’est toujours pas remis de l’inculpation de son ancien collègue. En pleine nuit, Alexeï Oulioukaïev, ministre de l’Economie depuis 2013, a été arrêté hier pour un pot-de-vin de deux millions de dollars dans le cadre d’une transaction entre deux entreprises d’Etat. Inculpé pour corruption et extorsion, il risque jusqu’à quinze ans de prison. «Oulioukaïev a été pris la main dans le sac», a déclaré Svetlana Petrenko, porte-parole du comité d’enquête.

Dossier empoisonné

Cet économiste de 60 ans, personnalité plutôt terne, passait pour un libéral. Défenseur des privatisations et pourfendeur de la corruption, il avait une solide réputation d’intégrité. Mais, à son ministère, il a hérité d’un dossier empoisonné: la vente de Bashneft, entreprise publique et sixième producteur de pétrole du pays. Dès le départ, le géant de l’or noir Rosneft s’est porté acquéreur. Mais, comme d’autres ministres libéraux, Oulioukaïev s’est opposé à ce rachat d’un groupe public par un autre, contraire à toute logique de privatisation.

Après des mois de négociations, il a dû céder et l’acquisition par Rosneft a été conclue en un temps record. C’est à ce moment-là qu’Oulioukaïev aurait fait du chantage, menaçant de nuire à Rosneft et exigeant deux millions de dollars en échange de son approbation. Les enquêteurs l’auraient piégé grâce à des écoutes téléphoniques et de faux intermédiaires. Interrogé toute la journée d’hier, Alexeï Oulioukaïev a nié en bloc.

Règlement de comptes?

L’arrestation du plus haut responsable russe en fonction depuis la chute de l’URSS en 1991 est-elle une étape clef dans la lutte anticorruption ou un règlement de comptes accélérant la redistribution des cartes au sommet? Cette affaire s’inscrit dans une vague d’arrestations pour divers pots-de-vin alors que Vladimir Poutine a lancé un énième plan anticorruption. Mais Rosneft est soupçonné de prendre sa vengeance et d’avoir «piégé» le ministre. D’autant plus que son PDG, Igor Setchine, ancien agent du KGB, fait partie des cercles de «siloviki», ces représentants des forces de sécurité opposés aux clans des libéraux dans les coulisses du Kremlin. Ils auraient choisi une victime facile: le ministre de l’Economie qui, contrairement à d’autres figures libérales, restait peu influent et n’a jamais été un proche du président. Sa chute envoie un message aux autres.

Créé: 15.11.2016, 21h27

Epinglée par Transparency International

La Russie fait partie des sept pays épinglés par la dernière étude de Transparency International sur l’Europe et l’Asie centrale. Ses propres citoyens perçoivent le gouvernement et le parlement comme largement corrompus. Et ils estiment que les autorités ne font rien pour lutter contre ce fléau. Figurent aussi dans le haut de ce palmarès des pays comme la Serbie, l’Ukraine, la Moldavie, la Bosnie-Herzégovine, l’Arménie et la Lituanie. Le seul pays dont ses habitants estiment qu’il lutte contre la corruption, c’est la Suisse. En revanche, deux tiers de nos concitoyens considèrent que «les particuliers fortunés ont une trop grande emprise sur l’activité du gouvernement». En outre, la moitié pense que «les cas de corruption ne sont pas dénoncés de peur de représailles».
Globalement, Transparency International note une
dégradation de la situation parmi les 42 pays d’Europe et d’Asie centrale étudiés. Seuls les Allemands, les Suédois, les Suisses et les Néerlandais considèrent que la corruption ne fait pas partie des principaux problèmes auxquels leurs pays sont confrontés.
En revanche, en Moldavie, en Espagne, au Kosovo, en Slovénie et en Ukraine, dans cet ordre, la corruption apparaît comme un souci majeur. Les individus les plus corrompus, selon l’enquête de Transparency auprès de 60 000 citoyens d’Europe et d’Asie centrale, sont les parlementaires, puis les membres du gouvernement, devant les entrepreneurs, les membres de la police et de la justice. Transparency a aussi demandé aux citoyens ce qu’ils pensent de la lutte contre la corruption menée par leur gouvernement. Les plus critiques sont les Ukrainiens, les Moldaves ou les Espagnols, qui ont suivi cet automne le procès pour corruption de 37 politiciens du Parti populaire au pouvoir et chefs d’entreprise.
Enfin, un tiers des citoyens des pays de la Communauté des Etats indépendants (Russie et Asie centrale) témoignent qu’ils ont dû payer un bakchich pour accéder
à un service public au cours
des douze derniers mois.
O.B.

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