Abubakar Shekau, un exalté à la tête de Boko Haram

TerrorismeAbubakar Muhammad Shekau, le chef du groupe islamiste est un extrémiste ultraviolent.

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Comme le laisse voir cette morbide sentence tirée de l'une de ses vidéos en 2012: «J'aime tuer quiconque Dieu me demande de tuer, de la même manière que j'aime tuer des poulets et des moutons».

Selon le département américain de la Justice, Shekau pourrait être né en 1965, 1969 ou 1975. Il est né dans un village d'agriculteurs et d'éleveurs proche de la frontière avec le Niger, dans l'Etat de Yobe (nord-est), puis a étudié la théologie auprès de religieux locaux à Maiduguri, la capitale de l'Etat voisin de Borno.

C'est à ce moment-là qu'il fait la connaissance du prêcheur Mohammed Yusuf, le fondateur de Boko Haram il y a plus de dix ans.

Shekau décide alors de prendre part au mouvement lancé par Yusuf, qui séduit la jeunesse désoeuvrée de Maiduguri en accusant les valeurs occidentales, instaurées par les colons britanniques, d'être responsables des maux dont souffre le Nigeria, comme la corruption rampante et l'immense pauvreté de la majorité de la population.

«Plus impitoyable»

Boko Haram, qui signifie «l'éducation occidentale est un péché», est un surnom désavoué par le groupe lui-même. Il lui préfère Jama'tu Ahlis Sunna Lidda'awati wal-Jihad, «le peuple engagé dans la propagation de l'enseignement du prophète Mahomet et du jihad».

Le monde entier s'est indigné des propos tenus par Shekau dans une vidéo diffusée cette semaine, dans laquelle il revendique, exalté, l'enlèvement des quelque 200 lycéennes de Chibok, dans l'Etat de Borno, mi-avril, qu'il promet de traiter «en esclaves» et de «vendre sur le marché».

Pour les Nigérians, cette nouvelle vidéo est à l'image du chef islamiste, à qui l'on attribue un grand nombre d'attaques sanglantes depuis qu'il a pris la place de Mohammed Yusuf à la tête de Boko Haram, suite à l'exécution de celui-ci par la police nigériane en 2009. «Avec Shekau aux commandes, Boko Haram est devenu beaucoup plus impitoyable, violent et destructeur», note l'International Crisis Group (ICG) dans un récent rapport.

Distanciations

Ansaru, une faction du groupe islamiste qui a notamment revendiqué des enlèvements d'étrangers et diffusé des vidéos de leur exécution sur Internet, a même décidé de «prendre ses distances avec Boko Haram parce qu'il désapprouve les massacres à l'aveugle et le manque de tact de Shekau», analyse l'ICG.

Du temps de Mohammed Yusuf, Boko Haram était déjà violent, mais surtout focalisé sur l'application de la sharia, la loi islamique, dans le nord du Nigeria, majoritairement musulman.

Avec l'arrivée de Shekau à la tête du groupe, les attaques à répétition contre les populations civiles, chrétiens et musulmans ont fait oublier les prêches de Yusuf contre le régime nigérian corrompu, selon les experts. Avant la mort de Yusuf, Shekau l'accusait déjà «d'être trop modéré», selon l'ICG.

Avec l'attentat contre le siège des Nations unies à Abuja, en août 2011, qui a fait 23 morts, Boko Haram est passé à un stade supérieur, laissant craindre une récupération du groupe par une mouvance djihadiste internationale.

Certains pensent que des cadres de Boko Haram ont reçu des entraînements en Algérie et en Somalie, mais les liens établis par le groupe à l'étranger, qui font l'objet de débats entre les experts, n'ont pu être confirmés.

Leader déconnecté

Depuis 2011, les islamistes ont pris pour cible des églises, des mosquées et des symboles du pouvoir mais aussi des écoles, des universités et même des dortoirs. Ils y ont massacré des étudiants dans leur sommeil.

Considéré comme un «terroriste à l'échelle mondiale» par les Etats-Unis, qui l'ont mis à prix pour 7 millions de dollars (6,2 millions de francs), Shekau a déjà été donné deux fois pour mort par les forces de l'ordre nigérianes, avant de réapparaître dans des vidéos, son principal moyen de communication.

Dans ses interventions filmées, un Shekau vociférant et agité profère régulièrement des menaces contre des cibles nigérianes qu'il met ensuite parfois à exécution. A d'autres moments, il paraît totalement déconnecté de l'actualité, menaçant des dirigeants mondiaux déjà morts, tels que l'ancienne première ministre britannique Margaret Thatcher, ou l'ancien pape Jean-Paul II.

(ats/nxp)

Créé: 13.05.2014, 07h08

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