Les populistes déclarent la guerre aux journaux

ItalieDes membres du gouvernement italien menacent de couper les financements aux médias qu'ils accusent de «polluer le débat public».

Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement 5 étoiles, est convaincu que les médias souhaitent l'échec de leur alliance avec l'extrême droite de Matteo Salvini.

Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement 5 étoiles, est convaincu que les médias souhaitent l'échec de leur alliance avec l'extrême droite de Matteo Salvini. Image: AFP

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Luigi Di Maio, l'un des deux poids lourds du gouvernement populiste italien, est parti en guerre contre les journaux, accusés de «polluer le débat», menaçant de leur retirer la publicité des sociétés publiques.

«Les journaux (...) polluent désormais chaque jour le débat public et le pire, c'est qu'ils le font grâce, également, à l'argent de la collectivité», a dénoncé cette semaine sur Facebook le chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème).

Dans le prochain budget italien, «nous allons prévoir une réduction des contributions publiques indirectes (à la presse) et nous sommes en train de préparer une lettre aux sociétés dans lesquelles l'État détient des participations pour leur demander d'arrêter de payer les journaux» en achetant des espaces publicitaires, a-t-il prévenu.

A l'instar de son fondateur Beppe Grillo, le M5S est convaincu que les médias classiques souhaitent l'échec de leur expérience gouvernementale en alliance avec la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite).

M. Di Maio et les ministres M5S, tout comme le chef du gouvernement Giuseppe Conte et nombre de ministres de la Ligue, communiquent essentiellement via Facebook et Twitter, ne manquant jamais de critiquer la presse traditionnelle et ses contenus, au nom de la défense du «peuple» contre l'«establishment». «Ce n'est pas du journalisme, c'est juste de la propagande visant à défendre les intérêts d'une petite élite qui pense pouvoir continuer à faire la pluie et le beau temps», s'est ainsi emporté le jeune vice-Premier ministre de 32 ans, également ministre de l'Emploi et du Développement économique.

Et d'ajouter: «je ne lis pas les journaux italiens pour m'informer (...) mais seulement pour comprendre comment ils veulent nous attaquer». M. Di Maio, qui n'a effectué qu'un mandat de député dans les rangs de l'opposition avant d'arriver au pouvoir, «n'est pas habitué à la pression de la presse et au fait que la presse est libre», assure Raffaele Lorusso, secrétaire général de la Fédération nationale de la presse italienne (FNSI), interrogé par l'AFP.

- «Dire n'importe quoi» -

M. Di Maio et son allié Matteo Salvini -- ancien journaliste d'une radio de la Ligue et politicien plus aguerri -- «privilégient les réseaux sociaux car comme ça ils parlent directement à leurs sympathisants et peuvent dire n'importe quoi», ajoute-t-il. A longueur de journée, les deux hommes multiplient les vidéos sur Facebook et les messages sur Twitter.

Dans une récente interview, M. Salvini a affirmé qu'une de ses vidéos postées sur Facebook avait été vue par 8 millions de personnes, «un chiffre bien plus important que ce que j'aurais obtenu avec un média traditionnel». Cette attaque en règle de la part du chef de file d'un mouvement qui prône la démocratie directe via l'internet, et s'en prend régulièrement aux «fake news» de la grande presse, inquiète au plus haut sommet de l'État.

Le président italien Sergio Mattarella a ainsi pris samedi la défense de la presse en soulignant que «la liberté sans condition de la presse constitue une clé de voûte et un élément fondamental de la démocratie», dans un message adressé à des journaux siciliens. «Dans le monde occidental dans lequel nous vivons pour le moment, la vitalité des journaux est considérée comme un indice de démocratie et de civisme», écrit de son côté Ezio Mauro, directeur pendant de longues années de deux quotidiens, dans un éditorial publié par La Repubblica.

«Dans le monde à part de Di Maio, les journaux sont des ennemis, des intrus, des clandestins, des parasites», ajoute M. Mauro, estimant que les mesures qu'il envisage «révèlent sa peur d'une opinion publique libre, indépendante, pluraliste et autonome». M. Di Maio s'en est pris également à la réforme du droit d'auteur, qui vise à mettre à contribution financièrement les géants du net pour les contenus artistiques et les articles qu'ils utilisent et qui a reçu mercredi le feu vert du Parlement européen. Pour M. Di Maio, c'est une «honte»: «avec l'excuse de cette réforme du droit d'auteur, le Parlement européen a de fait légalisé la censure préventive».

«Ce sera un vrai plaisir de voir après les prochaines élections européennes» en mai 2019 «une classe dirigeante communautaire complètement rénovée qui ne pensera même pas à faire passer des cochonneries pareilles», a-t-il conclu. (afp/nxp)

Créé: 16.09.2018, 09h53

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