«Le plan israélien, c’est gagner du terrain et jamais négocier»

Territoires palestiniensDe passage à Genève, le directeur exécutif de l’ONG B’Tselem dresse un tableau des plus sombres.

Hagai El-Ad, directeur exécutif de l’ONG iB’Tselen

Hagai El-Ad, directeur exécutif de l’ONG iB’Tselen Image: Ammar Awad

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Hagai El-Ad ne se fait guère d’illusions pour l’avenir. Dans son pays, le directeur exécutif de l’ONG israélienne B’Tselem passe pour un traître, lui qui dénonce l’occupation des territoires palestiniens et les violations des droits de l’homme. De passage lundi à Genève pour une table ronde au Graduate Institute, il livre son analyse. Désespérante.

– Qu’est-ce qui a changé avec la présidence Trump?

– Des ministres israéliens commencent à dire ouvertement qu’ils peuvent se permettre de faire ce qui était interdit quand Barack Obama était encore président des États-Unis. Depuis cinquante ans que dure l’occupation des territoires palestiniens, Israël a toujours évolué à la limite de l’indignation internationale. Quand cette limite recule, la marge de manœuvre s’étend. Ainsi, le ministre Avigdor Lieberman (ndlr: en charge de la Défense) a estimé qu’il est possible à présent de démolir totalement un village palestinien par mesure de rétorsion – une punition collective condamnée par le droit international. De même, Yariv Levin élabore une loi permettant de bannir les ONG critiques si celles-ci reçoivent des financements étrangers. À B’Tselem, nous comptons parmi nos donateurs divers États, dont la Suisse! Jusqu’à présent, le contrôle de l’État sur nos finances ne servait qu’à nous faire passer pour des traîtres…

– La guerre en Syrie n’a-t-elle pas également détourné l’attention de l’Europe?

– Franchement, je ne vois pas d’évolution. Comme avant, les pays européens font des déclarations, ça s’arrête là.

– Il y a moins de pression pour un processus de paix, non?

– C’est vrai. Mais les négociations ont surtout servi de couverture à la poursuite de la colonisation. Depuis cinquante ans, tous les gouvernements israéliens, de droite comme de gauche, ont accru l’emprise sur les territoires palestiniens. Un seul premier ministre a fait exception: Yitzhak Rabin, assassiné en 1995. Et il y a peu de chances que le prochain leader, après Benyamin Netanyahou, renonce à poursuivre la colonisation. Du moins, tant que la communauté internationale ne mettra pas les pieds au mur…

– Qu’est-ce qui déclencherait une réaction internationale?

– Le droit international humanitaire n’est pas respecté dans les territoires palestiniens. Cela le fragilise partout dans le monde. C’est un mauvais message. Qui acceptera de l’appliquer ailleurs si Israël n’y est pas tenu? En outre, il y a une question financière: l’Europe couvre en grande partie le budget de l’Autorité palestinienne, prenant à son compte ce qui légalement devrait être la responsabilité de la puissance occupante, c’est-à-dire Israël. L’idée, au départ, c’était de soutenir l’émergence d’un nouvel État (ndlr: la Palestine), mais cela devait n’être que transitoire. Or depuis des années, les dirigeants européens répètent que la possibilité d’une solution à deux États «s’érode» dangereusement. Cela devient ridicule. Que faudra-t-il pour atteindre le point de non-retour? En 2014, 500 enfants sont morts dans l’opération israélienne dans la bande de Gaza sans provoquer de changement international…

– Quel est le plan israélien pour l’avenir?

– Le plan, vous l’avez sous les yeux. Gagner du terrain tant que c’est possible en espérant n’avoir jamais à négocier. Entre la Méditerranée et le Jourdain vivent treize millions d’habitants sous administration israélienne. En gros, une moitié de juifs et une moitié d’Arabes. Mais ceux-ci sont divisés: certains forment une minorité de 20% en Israël, d’autres ont un statut de «résident étranger» dans la partie est de Jérusalem, annexée illégalement, ceux de la bande de Gaza sont gérés de l’extérieur, et en Cisjordanie l’administration diffère dans les zones A, B et C. Le pouvoir israélien décide quel Palestinien a le droit de voyager à l’étranger, qui peut travailler en Israël, qui peut cultiver sa propre terre ou encore qui a le droit de se marier avec quelqu’un de la bande de Gaza. C’est l’oppression administrative. Il y a ensuite les colonies juives en Cisjordanie, illégales au vu du droit international, qui accaparent du terrain. La barrière de sécurité en englobe une grande partie, coupant les Palestiniens de 10% de leur territoire. Des routes pour les colons contournent les localités. L’armée est déployée. Et les violences sont couvertes par un niveau impressionnant d’impunité et des mécanismes légaux pour rassurer les Israéliens qui s’en inquiètent et éviter des sanctions internationales. Et ça marche! Il y a peu, Benyamin Netanyahou s’est moqué de son prédécesseur Ehoud Barak, qui prédisait un «tsunami diplomatique» contre Israël. Ceux qui disent que le monde n’acceptera pas un État d’apartheid en Israël doivent se demander: où en est-on? (TDG)

Créé: 13.11.2017, 21h12

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