Plan Condor: quinze ex-militaires condamnés

ArgentineCréé en 1975 sous les auspices de Pinochet, l’opération Condor visait tous les opposants aux régimes militaires sud-américains. Après trois ans d'audiences, le verdict est tombé vendredi.


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Quinze anciens militaires ont été condamnés vendredi à Buenos Aires pour leur implication dans le Plan Condor. Dans les années 1970 et 1980, cette structure permettait d'éliminer des opposants aux dictatures sud-américaines.

Le dernier dictateur de l'Argentine, Reynaldo Bignone (1982-1983), 88 ans, fait partie des condamnés de ce procès. C'est la première décision judiciaire à se focaliser sur le Plan Condor, à l'origine de l'élimination ou de l'enlèvement de 105 personnes, dont une femme enceinte.

Le verdict a été accueilli par des applaudissements dans la salle d'audience du tribunal de Buenos Aires. La plupart des dix-huit accusés ont été condamnés pour crime commis en bande organisée, à l'issue de 3 ans d'audiences. Les accusés n'étaient pas présents dans la salle d'audience lors de la lecture du jugement par le président du tribunal Oscar Almirante.

Washington était au courant de l'existence du Plan Condor, et ne s'y est pas opposé. «S'il y a des choses qui doivent être faites, faites-les rapidement. Mais vous devez reprendre rapidement les procédures normales», a répondu le secrétaire d'Etat Henry Kissinger à un ministre argentin qui l'informait de l'opération, selon un document versé au dossier d'accusation.

Jorge Videla, trouvé mort dans sa prison

C'est la première fois qu'un procès est consacré au Plan Condor en tant qu'organisation criminelle, même si des militaires sud-américains ont déjà été condamnés pour des meurtres perpétrés dans le cadre de ce plan.

Le verdict prononcé vendredi met fin à un procès qui a débuté en février 2013. Ils étaient 25 accusés, ils n'étaient plus que 18, âgés de 77 à 92 ans. Sept sont décédés, notamment l'ancien dictateur argentin Jorge Videla (1976-1981), trouvé mort dans sa prison, trois jours après son témoignage. Il avait été précédemment condamné pour crime contre l'humanité.

Des réfugiés politiques

Parmi les 105 victimes du Plan Condor, la plupart étaient des réfugiés politiques qui avaient fui leur pays: 45 Uruguayens, 22 Chiliens, 13 Paraguayens, 11 Boliviens et 14 Argentins.

La plupart des exécutions ou enlèvements (89) ont été perpétrés en Argentine, où de nombreux Uruguayens, Chiliens et Paraguayens ayant fui leur pays vivaient comme réfugiés politiques.

«C'est le premier procès qui établit ce qu'on sait depuis des dizaines d'années: l'existence d'un plan criminel qui a été le Plan Condor (...), un système criminel et institutionnalisé», note Luz Palmas, l'avocate du Centre d'études légales et sociales (CELS), ONG argentine défendant les droits de l'Homme et représentant les intérêts des familles de victimes.

«De nombreux pays latino-américains attendent le verdict comme un des événements judiciaires les plus importants», souligne-t-elle.

Une sorte de Nuremberg de la dictature

Le procès se tient à Buenos Aires, car la plupart des crimes ont été commis en Argentine, mais surtout parce que l'Argentine est le seul pays d'Amérique latine ayant entrepris une sorte de Nuremberg de la dictature qui a dirigé le pays de 1976 à 1980.

La justice argentine a jugé et condamné plusieurs centaines de militaires, reconnus coupables de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité.

Dans d'autres pays de la région, de nombreux dirigeants de l'armée impliqués dans des actes de répression ont été amnistiés. Environ 300 témoins ont été appelés à la barre durant les trois ans du procès.

Grâce aux Archives de la terreur

Les magistrats se sont appuyés sur ce que l'on appelle les Archives de la terreur, découvertes au Paraguay dans les années 1990, et sur des documents déclassifiés par les Etats-Unis.

Le dernier dictateur de l'Argentine, Reynaldo Bignone (1982-1983), 88 ans, l'ex-général Santiago Omar Riveros, 92 ans, et l'ancien colonel uruguayen Manuel Cordero Piacentini, 77 ans, qui rapatriait les opposants uruguayens, figurent parmi les accusés de plus haut rang.

Si leur pays d'origine avait accepté leur demande d'extradition, le nombre des accusés aurait été supérieur.

Assassinat de Letelier

Le Plan Condor prévoyait trois phases, détaille l'avocate argentine. Premièrement, l'identification des opposants. Deuxièmement, leur élimination ou leur enlèvement dans les pays sud-américains.

La troisième phase étant la neutralisation d'exilés en Europe ou à l'extérieur de l'Amérique du sud, poursuit Luz Palmas. Mais cette étape a finalement été suspendue après l'attentat mené par un agent des services chiliens et de la CIA contre Orlando Letelier.

Letelier, ancien ministre de Salvador Allende, a été tué lors d'un attentat à la voiture piégée à Washington le 21 septembre 1976. Un acte considéré comme l'une des premières attaques terroristes sur le sol américain. «Des opérations étaient en préparation en France et au Portugal. Mais il y a eu des fuites et tout a été annulé», indique Luz Palmas.

Un cas emblématique est celui d'un couple de militants opposés à la junte militaire, Maria Garcia et Marcelo Gelman, arrêtés le 24 août 1976 à Buenos Aires et conduits dans l'atelier mécanique Orletti, transformé en centre de torture. Lui est tué. Elle, enceinte et de nationalité uruguayenne, est transférée à Montevideo. Sa famille reste sans nouvelles à ce jour.

Sa fille, Macarena, confiée en adoption à une famille proche de la dictature uruguayenne, fera la connaissance de sa famille de sang à l'âge de 23 ans, en 2000.

Militaires amnistiés

Des centaines de militaires et policiers ont été jugés en Argentine pour des crimes commis pendant les années de dictature (1976-1983). Dans les autres pays voisins, les tortionnaires ont bénéficié de lois d'amnistie, notamment au Brésil.

«Le procès a permis de mieux comprendre comment fonctionnait le Plan Condor, et sa dimension. Jusque-là, il n'y avait eu que des investigations d'historiens et des journalistes», souligne l'avocate argentine.

Un télex, baptisé «condortel»

Les militaires communiquaient entre eux avec une sorte de télex, baptisé «condortel». Ils en avaient appris le maniement lors de formations organisées par l'armée américaine à l'Ecole des Amériques au Panama.

Outre Videla, le dernier général à avoir présidé l'Argentine (1982-1983), Reynaldo Bignone, risque 20 ans de prison de plus. Il a déjà été condamné en 2012, en même temps que Videla, pour vols de bébés d'opposants qui étaient ensuite adoptés par des fonctionnaires du régime.

(afp, ats/nxp)

Créé: 27.05.2016, 11h36

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