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Le pétrole du Venezuela, une cible à haut risque

Une quinzaine de pays européens ont reconnu ce lundi la présidence de Juan Guaido. Une guerre du cash fait rage.

Depuis l’annonce des sanctions pétrolières, de longues files d’attente se sont formées devant les stations service au Venezuela.
Depuis l’annonce des sanctions pétrolières, de longues files d’attente se sont formées devant les stations service au Venezuela.
Reuters

Ça y est. Depuis ce lundi, Nicolás Maduro n’est plus considéré président du Venezuela par quatorze pays de l’Union européenne. Il a en effet refusé d’organiser dans un délai de huit jours un scrutin pour légitimer son nouveau mandat (entamé le 10 janvier). Sa victoire l’an dernier dans les urnes avait été qualifiée de «farce électorale». À sa place, c’est désormais le président du Parlement, Juan Guaido, qui est reconnu par la moitié du Vieux-Continent, après qu’il s’est autoproclamé «président par intérim» (le 23 janvier).

Paris, Berlin, Londres, Madrid, Vienne, Lisbonne, Stockholm ou encore Copenhague, ont ainsi emboîté le pas à Washington, Ottawa et les dix capitales d’Amérique latine qui avaient immédiatement applaudi le jeune opposant.

Coup dur pour Maduro? Sans doute. Mais pas vraiment de quoi faire trembler le pâle successeur du charismatique Hugo Chavez. À vrai dire, ce qui pourrait le déstabiliser davantage, ce sont les sanctions décrétées lundi dernier par les États-Unis contre la compagnie nationale Petróleos de Venezuela (PDVSA). En interdisant toute transaction avec cette société publique, la Maison-Blanche espère priver Caracas de sa principale source de revenus.

Couper le robinet financier

En effet, pas moins de 41% des exportations de brut vénézuélien sont vendues à des raffineries aux États-Unis. En plus, celles-ci paient cash, contrairement à la Chine et à la Russie, qui reçoivent du pétrole en guise de remboursement de milliards de dollars de dette. Bref, en coupant le robinet financier ou en redirigeant le flux vers des comptes contrôlés par le Parlement de Juan Guaido, Washington espère faire plier le leader chaviste.

Le plan n’est pas sans failles. Caracas pourrait proposer ses invendus à prix cassé à Delhi et à Pékin, note Ronak Desai, associé au Lakshmi Mittal South Asia Institute de l’Université Harvard. La Chine est à la fois le plus grand consommateur et importateur de pétrole au monde. L’Inde est le troisième consommateur (derrière les États-Unis) et le quatrième importateur. Surtout, ce dernier a été obligé de se priver du brut iranien à cause de possibles sanctions étasuniennes suite à la dénonciation par Washington de l’accord nucléaire avec Téhéran. Bref, le Venezuela de Nicolas Maduro pourrait limiter en partie les dégâts financiers de l’embargo.

Effet boomerang

Autre problème: depuis l’annonce des sanctions pétrolières, de longues files d’attente se sont formées devant les stations service au Venezuela, en prévision d’une sévère pénurie d’essence. Le pays n’ayant pas d’infrastructures adéquates pour raffiner le brut, le carburant doit être importé… des raffineries étasuniennes! Bref, pour la population, une pénurie d’essence viendrait s’ajouter au manque d’aliments et de médicaments, dans un contexte d’hyperinflation galopante. Cela pourrait certes faire augmenter la pression de la rue sur Nicolas Maduro. A moins que les souffrances quotidiennes ne finissent par discréditer Juan Guaido.

Last but not least, les Etats-Unis importent quotidiennement près de 500000 barrils de brut du Venezuela. C’est beaucoup moins qu’il y a dix ans, mais cela en fait tout de même le troisième ou quatrième pays fournisseur. Difficile de le remplacer rapidement. La production de brut est en baisse au Mexique. Le Canada, par contre, dispose d’un surplus considérable, mais «il n’y a pas assez d’oléoducs pour acheminer tout ce pétrole» jusqu’aux raffineries situées au sud des Etats-Unis, assure Jim Burkhard, analyste à IHS Markit, dans les colonnes du «New York Times». Il reste bien sûr l’option du Moyen-Orient, mais avec d’importants frais de transport. Autant dire que les Etats-Unis pourraient eux-même pâtir des sanctions contre le Venezuela. Combien de temps?

«C’est un hold-up!»

En attendant, la guerre financière fait rage. L’opposant Juan Guaido a accusé ce lundi Nicolas Maduro de vouloir transférer à l’étranger 1,2 milliard de dollars. «Ils sont en train d’essayer de transférer depuis la BANDES (ndlr: Banque de développement du Venezuela) l’argent qui est sur l’un des comptes, vers l’Uruguay. J’appelle l’Uruguay à ne pas se prêter à ce hold-up!»

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