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Le péril atomique, une urgence suisse

Que peut faire la Suisse pour encourager la non-prolifération et le désarmement nucléaire? Cette question est la plus brûlante qui soit en Suisse et dans le monde ce printemps. D’abord parce que la Confédération préside depuis la mi-mars la Conférence du désarmement à Genève. Et qu’après vingt ans de léthargie, cette instance s’est réveillée sous l’impulsion de la diplomatie suisse.

Neuf puissances disposent de 15 000 têtes nucléaires quand six suffiraient à rendre la terre invivable

Cinq groupes de travail ont été créés, dont quatre concernent le nucléaire militaire: désarmement, prévention d’un conflit, garantie de non-emploi de la bombe contre un État qui ne la possède pas, course aux armements spatiaux. Toutes les puissances nucléaires du monde y sont présentes, parmi 65 pays membres.

En rejetant ce printemps la motion du Genevois Carlo Sommaruga appelant le pays à signer le traité d’interdiction des armes nucléaires, le Conseil national a dessiné une stratégie: ne pas s’opposer aux possesseurs de l’arme fatale, mais travailler avec eux à une réduction des arsenaux. Ceci coïncide avec l’attitude du Conseil fédéral, qui hésite à signer ce texte. L’attribution du Prix Nobel de la paix à la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), une coalition de 475 ONG dont le siège est à Genève, poussait pourtant à prendre une autre direction. Ce traité qui vise à l’interdiction de la production et de l’utilisation d’armes nucléaires va entrer en vigueur sous peu: 58 pays l’ont en effet signé et neuf l’ont déjà ratifié. La Suisse peut-elle être absente de ce mouvement?

Quoi qu’il en soit, l’urgence est mondiale. Et l’actualité le prouve. Contrairement aux apparences, le rapprochement de la Corée du Nord avec son ennemi du Sud et une rencontre Trump-Kim Jong-un, d’ailleurs récemment remise en cause par ce dernier, ne porte pas que des espoirs de désarmement. Ce revirement diplomatique de part et d’autre peut être interprété d’une autre manière. Il peut en effet signifier que la Corée du Nord est désormais reconnue par Washington comme étant de fait la neuvième puissance nucléaire au monde. Avec le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, un autre risque pointe. Celui d’une reprise de ce programme par Téhéran, au milieu d’un Moyen-Orient totalement explosif et en proie à la guerre en Syrie et au Yémen.

La prolifération est donc loin d’être en recul alors que la course aux armements connaît une accélération. Les désormais neuf puissances nucléaires disposent de 15 000 têtes nucléaires quand six suffiraient à rendre la terre invivable. Les deux principaux acteurs, la Russie d’abord, les États-Unis à la suite, se sont lancés dans des programmes de modernisation, de miniaturisation et d’augmentation de leur arsenal. Alors que Donald Trump annonçait la date de sa rencontre avec le leader nord-coréen, le Pentagone présentait un plan de plusieurs milliards de dollars afin de développer une nouvelle génération d’armes nucléaires sur le site de Savannak River, en Caroline du Sud. Moscou a de son côté intégré à sa doctrine de Défense la possibilité d’user de petites bombes à portée limitée qu’elle possède déjà et dont la puissance est mille fois celle de la bombe d’Hiroshima.

Bref, comme le déclarait en janvier le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, «les inquiétudes dans le monde au sujet des armes nucléaires ont atteint leur niveau le plus haut depuis la guerre froide. Cela dans un contexte d’augmentation des budgets militaires et de suraccumulation d’armes.» Une urgence, donc.

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