Pékin reprend le contrôle de l’information

CoronavirusLe pouvoir chinois impose un contrôle rigoureux à la population et aux médias dans la «bataille contre l’épidémie».

À l’entrée du métro, à Pékin, le personnel de sécurité, en combinaison, utilise une caméra thermique pour contrôler la fièvre des voyageurs.

À l’entrée du métro, à Pékin, le personnel de sécurité, en combinaison, utilise une caméra thermique pour contrôler la fièvre des voyageurs. Image: NICOLAS ASFOURI / AFP

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Le président chinois a sifflé la fin de la récréation. Après une période de relative ouverture, propice aux critiques, Xi Jinping a appelé en début de semaine à «renforcer le contrôle» en ligne de l’information. Dans le viseur, les reproches de la population qui se sont concentrés dans un premier temps sur l’attitude des autorités locales de Wuhan et de la province de Hubei, foyer de l’épidémie. Par la suite, le mécontentement s’est dirigé vers les autorités centrales, un pas inacceptable pour le pouvoir chinois. Depuis l’annonce de Xi Jinping, plusieurs comptes WeChat (l’application chinoise à tout faire) de citoyens se plaignant de leur gouvernement ont été suspendus, en Chine comme à l’étranger.

L’autre victime est la presse chinoise. Muselée depuis l’arrivée du président à la tête du pays en 2012, elle avait retrouvé quelques-unes de ses lettres de noblesse, avec en chef de file le magazine financier «Caixin», fondé en 2010. Considéré comme indépendant, le journal a envoyé ses journalistes à Wuhan pour couvrir le début de l’épidémie. Ces derniers ont décidé de rester dans la ville à l’aube de sa mise en quarantaine. Sur le terrain, ses reporters ont mis au jour les failles du système de santé local, interviewé des experts critiques de la gestion de la crise par les autorités chinoises et relayé les cas de personnes atteintes du coronavirus non soignées faute de matériel médical disponible.

Une liberté de ton fugace

Dans une tribune d’une rare liberté de ton, «Caixin» appelait même à plus de transparence dans la divulgation de l’information. «Le président Xi Jinping a déclaré: «L'épidémie est un diable, et nous ne devons pas le laisser se cacher.» Mais le diable se cache dans les détails et, si le processus n'est pas transparent, il aura inévitablement une cachette.» Un journaliste citoyen, Fang Bin, a, lui, été arrêté puis relâché par des policiers habillés en personnel médical, pour avoir diffusé en ligne des vidéos de patients morts dans les couloirs d’un hôpital de Wuhan.

Les médias d’État ont pris le relais et diffusent dorénavant les bonnes nouvelles, tout en s’entêtant à taper sur les États-Unis et leurs mesures de restrictions à l’encontre des voyageurs chinois. Xinhua, l’agence de presse officielle, a appelé la propagande à se concentrer sur les «accomplissements émouvants depuis les premières lignes dans la prévention de l’épidémie» et à «montrer l'unité et l'esprit du peuple chinois dans les moments difficiles». Dans la foulée, plus de 300 journalistes d’organes officiels étaient envoyés sur le terrain par le Département central de la propagande.

Cette reprise en main démontre une certaine tension à la tête de l’État, alors que Xi Jinping a brillé par son absence la semaine passée. Si son nom apparaissait encore dans les articles de propagande, son visage était absent de la une du «Quotidien du peuple», principal journal de Chine. Il est réapparu mercredi, lors de la visite du premier ministre cambodgien Hun Sen. Allié de la Chine, qu’il considère comme un «pays ami», le dirigeant autoritaire s’est vanté de ne pas avoir suspendu les voyages à destination de la Chine et a même proposé de visiter le foyer de l’épidémie, en signe de bonne volonté.

À Wuhan, quelque 50 millions de citoyens sont toujours soumis à un isolement forcé. Des drones surveillent la ville et rappellent aux imprudents osant sortir dans la rue de rentrer chez eux «pour leur propre sécurité». D’autres régions sont astreintes à des mises en quarantaine similaires. À l’est du pays, les agglomérations de Hangzhou, Ningbo, Taizhou et Wenzhou (27 millions de personnes en tout) ont mis en place des restrictions concernant leurs habitants. Dans chaque foyer, un seul membre peut sortir tous les deux jours pour aller faire les courses.

Une population affolée

À Pékin, aucune mise en quarantaine officielle, mais les rues sont désertées par une population affolée, alors que le bilan du coronavirus dans la capitale s’élève à 274 cas pour un mort. Malgré des vacances prolongées jusqu’à lundi prochain, certains Pékinois sont revenus dans leur ville. À leur retour, ils ont dû se soumettre à un contrôle de température devant leur résidence. Beaucoup s’imposent l’isolement pour se prémunir du virus. «Je suis rentrée ce week-end de la province du Liaoning. Depuis, je reste confinée chez moi durant quatorze jours par précaution», explique Qiang, jeune Pékinoise qui fait du télétravail depuis le début de la semaine.

Certaines résidences imposent à leurs habitants revenus de provinces étrangères de rester à l’isolement pendant deux semaines, la période d’incubation du coronavirus. À l’entrée des lotissements, des gardiens contrôlent la température de chaque résident. Les personnes qui n’y ont pas d’appartement ont interdiction de traverser les grilles. Effrayée à l’idée d’être contaminée, la population n’a guère d’autre choix que d’accepter toutes ces mesures drastiques, alors que les voix dissonantes sont étouffées par le pouvoir chinois.

Créé: 06.02.2020, 19h58

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