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Pékin booste la course aux nouvelles armes nucléaires

États-Unis et Russie sont déjà en pleine escalade atomique. L’ICAN, Nobel de la paix 2017, appelle la Suisse à soutenir le traité d’abolition.

L’arsenal russe d’armes nucléaires tactiques est imposant, selon le Pentagone. À l'arrière-plan de cette image qui montre une exposition de matériel militaire à Moscou, des missiles Iskander susceptibles de porter une charge nucléaire tactique.
L’arsenal russe d’armes nucléaires tactiques est imposant, selon le Pentagone. À l'arrière-plan de cette image qui montre une exposition de matériel militaire à Moscou, des missiles Iskander susceptibles de porter une charge nucléaire tactique.
Keystone (archives)

La course aux armes atomiques est bel et bien relancée. Après la Russie puis les États-Unis, il semble que la Chine, à son tour, développe à marche forcée une nouvelle génération d’armement nucléaire, dite «tactique». En clair, l’objectif n’est plus d’augmenter le nombre de mégabombes portées par des missiles intercontinentaux, mais de constituer un arsenal de petites ogives à placer sur des missiles de faible portée, capables de frappes précises et de destructions limitées. Bref, des armes qui sont davantage susceptibles d’être utilisées en cas de conflit. Or, paradoxalement, pour les théoriciens de la dissuasion, c’est justement parce que le risque de contre-attaque nucléaire devient plus réel que l’ennemi hésitera davantage à lancer une offensive.

Pékin met vraiment le paquet, affirme le quotidien hongkongais «South China Morning Post», en se basant sur un document officiel publié par la China Academy of Engineering Physics. Dans les tunnels creusés sous les montagnes du Sichuan, les scientifiques chinois mènent des essais en laboratoire à un rythme cinq fois plus soutenu que leurs homologues travaillant pour le Pentagone, notamment dans les installations ultrasécurisées du Nevada. Pourquoi une telle frénésie? «Il est possible que nous soyons pressés de rattraper notre retard», répond pudiquement le professeur Wang Chuanbin, de l’Université de technologie de Wuhan.

En février dernier, les États-Unis ont en effet présenté leur «Nuclear Posture Review», document qui résume leur doctrine. La priorité aux armes nucléaires tactiques y est clairement affichée. Selon le Pentagone, la Russie dispose depuis longtemps d’un tel arsenal et il serait à présent particulièrement imposant.

Dissuasion plus risquée

«C’est extrêmement dangereux! Les puissances nucléaires rendent beaucoup plus plausible l’utilisation d’armes atomiques lors d’un conflit. Or vous voyez bien qu’il y a régulièrement des incidents susceptibles d’entraîner une escalade militaire», s’alarme Beatrice Fihn, directrice de l’ICAN (Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires). Basée à Genève, cette coalition d’ONG s’est vu remettre en décembre dernier le Prix Nobel de la paix.

À ses yeux, le fait que ces têtes nucléaires soient de faible puissance n’y change rien. «Si vous lancez un missile sur un ennemi, il n’aura pas le temps de vérifier s’il s’agit d’une petite ogive ou d’une grande bombe! lance Beatrice Fihn. En plus, puisque ces armes sont censées pouvoir être utilisées, on verra se multiplier les exercices militaires… et donc le risque d’incident atomique!»

Poussée abolitionniste

Plus largement, la directrice de l’ICAN accuse les neuf puissances nucléaires de moderniser leur arsenal alors même qu’un traité sur l’interdiction des armes nucléaires vient d’être adopté en juillet à l’Assemblée générale de l’ONU (par 122 pays sur 193). Depuis, 58 États l’ont signé et dix l’ont ratifié. Il entrera en vigueur après la 50e ratification. La Suisse, pour l’instant, ne se précipite pas. Le gouvernement a même refusé en février une motion du conseiller national genevois Carlo Sommaruga qui l’exhortait à faire le pas. Mais le Conseil fédéral doute de l’efficacité d’un traité que boudent toutes les puissances nucléaires. «Il est d’autant plus important de mettre la pression sur ces puissances!» lance Beatrice Fihn, appelant notre pays à jouer un rôle moteur. Le parlement doit justement se prononcer mardi sur la question. Et Peter Maurer, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a clairement affiché son soutien au traité.

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