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ÉlectionsEn Irlande, des comptes législatifs d'apothicaire

Le premier ministre sortant Leo Varadkar est confronté à l'irruption du parti républicain Sinn Fein au tout premier plan du paysage politique.

AFP

Le décompte a commencé à 9 heures (10 heures en Suisse). Mais en raison du complexe mode de scrutin, les résultats risquent de ne pas être connus avant plusieurs jours. Selon un sondage Ipsos MRBI réalisé à la sortie des urnes pour les médias irlandais, le Fine Gael du chef du gouvernement obtiendrait 22,4% des voix, le parti républicain Sinn Fein 22,3% et l'autre grand parti de centre-droit, le Fianna Fail, 22,2%.

Rien n'est joué néanmoins compte tenu de la marge d'erreur de 1,3% de cette étude réalisée sur un échantillon de 5000 électeurs. Reste également à voir comment ces chiffres se traduiront en terme de répartition sur les 160 sièges de députés que compte le Dail, la chambre basse du Parlement irlandais.

Le Sinn Fein, qui milite pour la réunification de la province britannique d'Irlande du Nord avec la république d'Irlande, ne présentait que 42 candidats, soit environ deux fois moins que les deux grands partis centristes.

Selon le responsable du service politique de l'«Irish Times» Pat Leahy, un tel résultat est inédit. «C'est une égalité entre désormais trois grands partis», a-t-il souligné, dans un pays traditionnellement dirigé - alternativement ou en coalition comme dans le gouvernement sortant - par les deux grands partis de centre-droit.

«Former un gouvernement va être un exercice très difficile si les partis maintiennent leurs positions d'avant le scrutin», a-t-il ajouté samedi soir à la télévision publique RTE. Fianna Fail comme Fine Gael ont exclu de former une coalition avec le Sinn Fein, en raison de ses liens avec l'IRA, organisation paramilitaire opposée à la présence britannique en Irlande du Nord.

Brexit en arrière-plan

Jeune (41 ans), métis, homosexuel, incarnant une Irlande autrefois très catholique qui se modernise, Leo Varadkar a vu après presque trois ans au pouvoir sa popularité s'émousser. Il a notamment été critiqué pour avoir privilégié le Brexit dans sa campagne - sujet qui n'a déterminé le vote que de 1% des sondés interrogés samedi - au détriment des sujets comme le logement ou la santé, au cœur des préoccupations des électeurs.

Une semaine après la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, l'Irlande et ses 4,9 millions d'habitants se trouvent en première ligne. Des discussions commerciales entre Londres et Bruxelles approchent, aux conséquences considérables pour les échanges sur l'île d'Irlande. Leo Varadkar a mis en avant son rôle dans la mise au point d'une solution évitant le retour à une frontière physique entre les deux Irlande.

«Extrêmement démocratique», le décompte qui commence dimanche peut durer plusieurs jours, en raison du mode de scrutin, à vote unique transférable, explique Eunan O'Halpin, professeur d'histoire contemporaine au Trinity College de Dublin. Concrètement, les électeurs ne votent pas pour une liste constituée, mais élaborent leur propre liste en classant les candidats par ordre de préférence.

Ce système date des débuts de l'Etat irlandais il y a près d'un siècle. Dans les années 1990, une tentative de le remplacer par un système informatisé a échoué, car personne ne lui «faisait confiance», poursuit-il.

A moins qu'une majorité claire n'émerge, ce qui semble en l'état peu probable, les partis devront commencer à négocier pour former un gouvernement de coalition. Après les dernières élections, en 2016, il avait fallu plus de deux mois pour parvenir à un résultat.

AFP

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