Le pari gagnant de Bachar el-Assad

Nouvelle donne en SyrieIndéboulonnable, le maître de Damas? Il est toujours là après quatre ans de crise. Et Obama combat les djihadistes dans le nord-est syrien.

Bachar el-Assad.

Bachar el-Assad. Image: Keystone

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Etonnant Bachar el-Assad. Qui aurait parié sur sa survie politique quatre ans après les premières manifestations du Printemps arabe en Syrie le 11 mars 2011? Le leader alaouite est toujours là, apparemment indéboulonnable. Et même détendu, à voir l’interview surréaliste diffusée mardi sur la chaîne britannique BBC.

Il a de quoi fanfaronner: pendant que son armée, avec les alliés libanais et iraniens, part à la reconquête des provinces du sud tenues par les rebelles et les djihadistes du Front Al-Nosra (branche d’Al-Qaida au Levant), les Etats-Unis mènent au nord-est une campagne internationale de frappes contre le groupe Etat islamique (Daech en arabe).

Hier ennemis, Damas et Washington agissent à présent en alliés objectifs. Sans se concerter, nous dit-on. Certes, mais sans s’attaquer non plus! Comment donc Bachar el-Assad a-t-il réussi cet exploit?

La rébellion discréditée

Le pari initial d’Assad, c’était que les puissances occidentales réclamant sa démission ne prendraient pas le risque de déstabiliser le Moyen-Orient en intervenant en Syrie. C’est d’autant plus vrai depuis que Washington négocie avec l’Iran sur le nucléaire et que les relations avec la Russie sont tendues à cause de l’Ukraine. Mais Damas s’est aussi efforcé de rendre les insurgés suspects aux yeux des Occidentaux. En mai 2011, des centaines d’islamistes ont été libérés des geôles syriennes, allant rejoindre des groupes djihadistes dans la nébuleuse rebelle. Des groupes relativement épargnés par l’armée, qui frappe sans pitié les forces d’opposition laïques et leurs fiefs peuplés de civils.

Le conflit a déjà fait plus de 210 000 morts et un million de blessés. Plus de 10 millions de personnes ont fui leur domicile. Un Syrien sur deux. Parmi eux, 4 millions ont quitté le pays. Mais rien de tout cela n’a déclenché une intervention militaire de l’Occident. Ou l’envoi d’armes à des rebelles jugés peu fiables. Pas même après l’utilisation en août 2013 à Ghouta d’agents chimiques, prétendue «ligne rouge» de Barack Obama.

La naissance d’un monstre

N’en déplaise à l’opposition syrienne, il aura fallu attendre la montée en force de Daech pour que les puissances occidentales et les monarchies du Golfe entrent en action. Lutter contre ledit Etat islamique, qui massacre chrétiens et yézidis, viole les femmes et envoie de jeunes terroristes en Occident, est devenu la priorité absolue. Mercredi, Barack Obama a demandé au Congrès des Etats-Unis d’autoriser pour trois ans la poursuite des 2000 frappes effectuées depuis le 8 août en Irak (avec les alliés occidentaux) et depuis le 23 septembre en Syrie (avec les monarchies du Golfe). Sans toucher au régime.

A Washington, on dément toute collaboration avec Damas: «Nous ne communiquons pas et nous ne nous coordonnons pas avec le régime Assad sur nos opérations militaires», affirmait mardi la porte-parole Jennifer Psaki. Mais elle ne nie pas les échanges entre autorités irakiennes et syriennes.

Champ libre au sud

Pour la toute première fois, un officier syrien a confirmé mercredi à la télévision nationale que des combattants du Hezbollah chiite libanais et des officiers iraniens épaulent l’armée dans la vaste offensive lancée dimanche pour reprendre les territoires du sud aux mains des forces rebelles et des djihadistes d’Al-Nosra, près de la frontière jordanienne et du fameux plateau du Golan administré depuis 1967 par Israël.

Ce paria qu’on tolère

Tout indique que l’Occident ne cherche plus à faire tomber le régime Assad et pourrait tolérer ce «moindre mal» au Moyen-Orient. Dans l’opposition syrienne, on en est convaincu. Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a soutenu en janvier les discussions à Moscou entre officiels syriens et opposants jugés «acceptables» par Damas. Oubliée Genève II, la conférence de janvier 2014 sur la transition politique? Devant l’impasse militaire et la catastrophe humanitaire, le départ d’Assad n’est plus une précondition avant des pourparlers. Envoyé spécial de l’ONU, Staffan de Mistura, qui présentera mardi son rapport au Conseil de sécurité, cherche pour sa part à obtenir un simple «gel» du conflit à Alep, la ville du nord-ouest où s’écharpent rebelles et loyalistes.

Victoire à la Pyrrhus?

Il reste que le maître de Damas ne contrôle plus aujourd’hui qu’une moitié du pays, principalement entre la capitale et la côte méditerranéenne. Et il est entièrement dépendant de ses deux parrains, Iran et Russie, qui défendent leurs propres intérêts. Enfin, qu’arrivera-t-il si la coalition écrase Daech?


Asphyxier Daech

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit adopter ce jeudi une résolution pour étrangler financièrement le groupe Etat islamique (Daech) combattu par Obama, mais aussi le Front Al-Nosra que traque Assad.

Créé: 12.02.2015, 16h46

Asphyxier Daech

Le Conseil de sécurité de l’ONU devrait adopter jeudi soir une résolution pour étrangler financièrement le groupe Etat islamique (Daech) combattu par Obama, mais aussi le Front Al-Nosra que traque Assad. AFP

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