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AfghanistanLa paix avec le «Boucher de Kaboul» mal vue

Le possible retour en politique de Gulbuddin Hekmatyar provoque l'indignation d'une partie de la population.

Des centaines de personnes ont manifesté jeudi pour dénoncer cet accord, avec des pancartes proclamant: «Jamais nous n'oublierons le Boucher de Kaboul».
Des centaines de personnes ont manifesté jeudi pour dénoncer cet accord, avec des pancartes proclamant: «Jamais nous n'oublierons le Boucher de Kaboul».
Keystone

L'Afghanistan a signé jeudi un accord de paix avec avec le mouvement Hezb-e-Islami de Gulbuddin Hekmatyar. Cet accord garantit au «Boucher de Kaboul» encore en exil l'immunité et un possible retour en politique malgré les protestations.

Pour les habitants de la capitale afghane, Gulbuddin Hekmatyar est celui qui ordonna le bombardement aveugle de la ville au début des années 90, alors qu'il était Premier ministre. Quelques centaines de personnes ont manifesté jeudi pour dénoncer cet accord, avec des pancartes proclamant: «Jamais nous n'oublierons le Boucher de Kaboul».

Mais sceller la paix avec le Hezb-i-Islami, deuxième principal réseau insurgé du pays, constitue une avancée symbolique pour le président Ashraf Ghani, alors que les pourparlers avec les talibans sont au point mort et que la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader.

Vers «une paix durable» ?

L'accord a été signé entre le Haut Conseil pour la paix, organisme gouvernemental chargé de négocier une réconciliation nationale, et une délégation du Hezb-i-Islami, censé désormais déposer les armes et muer en parti politique.

J'espère que cela ouvrira la voie à une pays durable dans notre pays», a déclaré Sayed Ahmad Gilani, président du Haut Conseil de paix. L'accord entrera en vigueur quand le président Ghani et Hekmatyar lui-même l'auront à leur tour officiellement paraphé.

Né à Kunduz (nord), Hekmatyar, l'homme au turban noir aujourd'hui âgé de 67 ans, est un vétéran du djihad anti-soviétique des années 80. Chassé par les talibans, il aurait vécu les deux dernières décennies en exil, en Iran puis au Pakistan, d'où il a appelé en 2004 à la «guerre sainte» contre les Etats-Unis.

Washington le maintient d'ailleurs sur la liste des «terroristes internationaux» - ce qui n'a pas empêché son ambassade à Kaboul de saluer la conclusion de l'accord «comme un pas vers une résolution pacifique» du conflit afghan. L'Union européenne et la Mission d'assistance des Nations unies à l'Afghanistan y ont vu également «un puissant signe d'espoir».

Impunité

L'accord en 25 points garantit au chef de guerre une immunité juridique pour «toutes les actions politiques et militaires du passé». Le texte prévoit aussi la libération de prisonniers du Hezb en échange de son renoncement à toute activité militaire et à «tout lien ou tout soutien à des organisations terroristes».

Le texte est à ce titre dénoncé par les organisations de défense des droits de l'Homme, d'autant qu'il ne devrait entraîner aucune amélioration immédiate de la situation sécuritaire en Afghanistan, principalement troublée par les talibans et l'organisation Etat islamique (EI).

Pour Human Rights Watch (HRW), le retour d'exil de Hekmatyar «va conforter cette culture d'impunité que le gouvernement afghan et les bailleurs internationaux ont entretenue en renonçant à poursuivre les responsables des si nombreuses victimes (de) Hekmatyar et d'autres chefs de guerre qui ont dévasté le pays dans les années 1990».

L'ONG rappelle que Hekmatyar est accusé de nombreuses atrocités. Parmi celles-ci, un bombardement particulièrement dévastateur en août 1992 qui a fait plus d'un millier de morts et 8000 blessés selon la Croix Rouge, la disparition de nombreux opposants, et le recours à la torture dans des prisons clandestines.

Appel au dialogue inter-afghan

Le Hezb-i-Islami est resté largement inactif récemment. Sa dernière attaque à Kaboul remonte à 2013. Son négociateur, Mohammad Amin Karim, a assuré jeudi que «depuis l'ouverture des négociations, le but du Hezb-i-Islami était de parvenir à une paix immédiate, durable et nationale».

«Nous avons appelé à un dialogue inter-afghan, avec les factions présentes en Afghanistan, et nous demandons à tous les groupes engagés dans des combats de reprendre les discussions de paix quels que soient les objectifs poursuivis», a-t-il ajouté à destination des talibans.

De même, le vice-président Abdullah Abdullah a appelé sur Twitter «les talibans à choisir la paix plutôt que la violence».

ats

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