L’organisation terroriste ETA disparaît à Genève

GenèveLe groupe séparatiste basque a choisi la Suisse pour mettre un terme à son existence et promettre une réconciliation.

Photo d'illustration

Photo d'illustration Image: Herrmann

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Pas de représentants de l’ETA mais un communiqué lu jeudi en début d’après-midi par David Harland, le directeur du Centre Henry Dunant pour le dialogue humanitaire, installé à Genève. C’est le mode de communication choisi par l’organisation séparatiste basque pour annoncer le démantèlement de «l’ensemble de ses structures».

Dans cette «déclaration finale», le groupe affirme «mettre fin à toute activité politique». Une décision consécutive à un vote interne qui aurait recueilli 93% des voix. La sobriété de l’événement pourrait s’expliquer par la volonté de réconciliation des auteurs du communiqué. Depuis sa création en 1959, l’organisation ETA a fait au moins 829 morts. Des assassinats commis au nom de l’indépendance d’Euskal Herria, le Pays basque espagnol et français ainsi que la Navarre. Après la lecture du texte entérinant la fin de l’organisation, une minute de silence a été observée en souvenir des victimes des violences qui ont ensanglanté l’Espagne pendant plusieurs décennies. «Le mea culpa des séparatistes basques ne signifie pas pour autant la fin des poursuites contre les auteurs des violences commises au nom de l’ETA», a toutefois réagi le ministre espagnol de l’Intérieur, Juan Ignacio Zoido. Des intellectuels ont d’ailleurs demandé que toute la lumière soit faite sur les affaires non élucidées. Reste qu’une page a bien été tournée.

Cette dissolution «montre que l’accomplissement d’une paix durable est possible», s’est réjoui l’ancien ambassadeur suisse Raymond Loretan, membre du conseil de fondation du Centre Henry Dunant. Son directeur, David Harland, ne boude pas son plaisir. «De tels moments sont rares. Ce que nous venons de vivre est historique. C’est la fin du terrorisme européen. Bien sûr, il y a encore des attentats, mais ils sont le fait de groupes fondamentalistes religieux extérieurs», explique ce dernier, convaincu que cette déclaration finale «donne un réel espoir de réconciliation pour le futur».

Comme à son habitude, le Centre Henry Dunant pour le dialogue humanitaire ne donne aucun détail sur les rencontres qui lui ont permis d’arracher ce résultat. Mais David Harland avoue qu’il «aurait été difficile d’arriver à ce résultat sans des contacts directs avec des représentants de l’ETA». Ont-ils eu lieu à Genève? «Je ne peux rien vous dire si ce n’est que la Suisse a un rôle spécial dans le domaine de la médiation du fait de sa neutralité», répond David Harland. Il y a dix ans, le gouvernement espagnol, sous José Luis Rodríguez Zapatero, et les responsables de l’ETA avaient déjà trouvé sous le toit du centre le lieu parfait pour mener leurs pourparlers.

Depuis sa création il y a bientôt vingt ans, le Centre Henry Dunant pour le dialogue humanitaire œuvre à la prévention des conflits comme à leur résolution. Il a par exemple participé à la mise en place, en mai 2015, du pacte de réconciliation nationale en République centrafricaine. L’organisme a aussi abrité de discrètes négociations entre les différentes parties engagées dans le processus démocratique en Tunisie, et cela dès le tout début de la révolution, en 2011.

Créé: 03.05.2018, 20h28

Articles en relation

«ETA peut nommer son dernier tour de piste comme il veut mais qu’il disparaisse!»

Interview Interview Le philosophe et professeur basque Daniel Innerarity analyse l'annonce de la dissolution d'ETA après plus de cinquante ans de terrorisme Plus...

Ils attendent des explications sur les crimes de l'ETA

Espagne Une centaine d'intellectuels demandent que toute la lumière soit faite sur les crimes inexpliqués de l'organisation basque ETA. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.