L'OMS a enfin décrété «l'urgence internationale»

CoronavirusEmbarras à Pékin: les ressortissants étrangers sont évacués par avion. La Suisse, elle, fait patienter nos compatriotes.

À l'aéroport de Pékin, difficile pour certains voyageurs des compagnies pour sortir du pays.

À l'aéroport de Pékin, difficile pour certains voyageurs des compagnies pour sortir du pays. Image: Getty Images / Kevin Frayer

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Avec 171 morts et 8261 infections confirmées, l’épidémie apparue fin décembre en Chine et étendue à une quinzaine de pays, a enfin été déclarée, ce jeudi soir à Genève, «urgence de santé publique de portée internationale». Ainsi en a décidé l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le temps est venu de lancer toutes les procédures prévues dans les cas extrêmes. Dans l’après-midi, un communiqué inquiétant du Conseil de supervision de la préparation globale (GPMB) énumérait déjà toute une liste d’actions «immédiates» jugées nécessaires pour mieux «prévenir, détecter, informer et répondre à l’épidémie». Car «de nombreux pays ne sont toujours pas préparés» à faire face à la menace, selon cet organe indépendant lancé conjointement par l’OMS et la Banque mondiale.

Mais attention, n’y voyez surtout pas «un vote de défiance à l’égard de la Chine», a tenu à préciser Tedros Adhanom Ghebreyesus. Le directeur général de l’OMS ne recommande pas «de limitation de commerce ni de mouvement», remettant en cause sans les nommer les évacuations de ressortissants étrangers vivant dans la ville de Wuhan.

Sauve qui peut

Nombreux, en effet, sont les pays qui tentent des opérations d’évacuation de leurs ressortissants pris au piège dans l’énorme «ville fantôme» de Wuhan, mise en quarantaine par les autorités chinoises. Les États-Unis ont annoncé qu’un avion s’est envolé mercredi avec à son bord 240 citoyens américains, notamment le personnel consulaire. Le Japon a déjà pu rapatrier 400 des 650 Nippons vivant dans la région.

La France a envoyé ce jeudi un premier avion, pour ramener vendredi ou samedi une partie des 500 ressortissants inscrits au consulat de Wuhan. Un autre vol est prévu plus tard. Les Britanniques espèrent aussi ramener environ 200 concitoyens ce vendredi, sur un vol affrété par l’Espagne. L’Allemagne, elle, table sur un décollage samedi, pour évacuer 90 personnes. Beaucoup d’autres pays attendent encore le feu vert de Pékin.

Pékin est à cran

Ces évacuations, Pékin a tenté de les empêcher. Lundi, lors d’une réunion d’ambassadeurs étrangers, des diplomates chinois ont dit leur désapprobation, affirmant que la Chine est tout à fait capable de gérer cette crise, selon un témoignage recueilli par «Le Figaro». «Il y a obstruction, assure l’un des Européens présents. Les Chinois mettent les bâtons dans les roues», traînant les pieds pour délivrer les autorisations.

«Pour Pékin, c’est un terrible désaveu, tous ces pays qui évacuent leurs ressortissants! Face à la population chinoise, le pouvoir affirme que la situation est sous contrôle, mais les gens voient bien que la nourriture manque dans les villes en quarantaine et que les étrangers prennent la fuite», note Sungmin Rhô, professeure assistante à l’IHEID de Genève.

«Quand l’OMS félicite la Chine pour sa transparence et pour les mesures prises pour contenir l’épidémie, il s’agit surtout d’un encouragement», relativise la chercheuse. «Au départ, ni Pékin ni les autorités locales n’ont fait ce qu’il fallait. Durant le premier mois – crucial – de la dissémination du virus, le danger a été dissimulé pour éviter des troubles politiques. Il y a même eu des arrestations! Quand enfin la mise en quarantaine de Wuhan a été annoncée, sa mise en œuvre a tardé plusieurs heures. Nombreux sont ceux qui ont pu s’échapper. Aujourd’hui, il y a des cas dans tout le pays et au-delà! Alors en déclarant «l’urgence de santé publique de portée internationale», l’OMS confirme malgré elle que Pékin n’a pas su gérer l’épidémie», poursuit la professeure assistante.

Les Suisses attendront

Et les Suisses? Seule une douzaine de compatriotes se trouvant dans la zone de quarantaine ont émis le souhait d’être rapatriés. Mais leurs chances de revoir le sommet des Alpes ces prochains jours sont minimes. La Confédération ne dépêchera pas d’avion spécial pour venir à la rescousse.

Même si la loi sur les Suisses de l’étranger la contraint à aider ses ressortissants impliqués dans des situations de crise «dans la limite des mesures disponibles», «cette loi ne donne pas le droit à ces citoyens de prétendre à un départ organisé d’une zone de crise», précise le Département des affaires étrangères (DFAE). La Suisse cherche plutôt à se greffer sur des opérations de rapatriement organisées par d’autres pays «qui doivent et peuvent utiliser plus de fonds en raison du grand nombre de leurs propres ressortissants», pour reprendre les termes de Hans-Peter Lenz, chef du centre de gestion de crise du DFAE, dans une communication.

La tâche s’annonce malaisée. «Dans ce contexte, la Suisse doit entre autres tenir compte du fait que les capacités des États tiers ne sont pas illimitées et que la mise en œuvre pratique demeure complexe pour toutes les parties, précise Pierre-Alain Eltschinger, porte-parole du département. De plus, les États doivent respecter le cadre donné par les autorités locales avant de pouvoir réaliser un départ organisé de leurs ressortissants.»

Mardi, une Suissesse confinée à Wuhan interrogée par la télévision alémanique SRF a expliqué avoir contacté l’ambassade de Suisse. «Ils m’ont répondu qu’il n’existait actuellement aucune possibilité de me rapatrier.»


6000 croisiéristes bloqués sur un navire

Plus de 7000 passagers, dont des Suisses, bloqués depuis jeudi matin sur un navire au port de Civitavecchia, près de Rome, en raison de deux cas suspects du nouveau coronavirus chinois, ont été autorisés à débarquer jeudi soir. Les tests se sont révélés négatifs. Les tests de prélèvements sur un couple chinois dont l'épouse présentait des symptômes de la maladie, analysés dans un hôpital spécialisé de Rome, étaient négatifs, a confirmé le ministère de la Santé. Le millier de passagers qui devait débarquer à Civitavecchia est donc autorisé à le faire, selon les médias.

Selon des informations de la protection civile italienne, 63 ressortissants suisses se trouvaient à bord du navire, avait auparavant indiqué à Keystone-ATS le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), confirmant une information de plusieurs médias.

Le médecin de bord du Costa Smeralda, navire amiral - et l'un des cinq plus grands au monde - de l'armateur Costa Croisières, a signalé tôt jeudi aux autorités portuaires italiennes la présence à bord d'un couple chinois dont l'épouse présentait des symptômes suspects de toux et forte fièvre.

L'unité sanitaire locale (ASL) a envoyé à bord une équipe pour effectuer des prélèvements, a indiqué une porte-parole de l'ASL. Les échantillons ont été portés à l'hôpital romain Spallanzani, spécialisé dans les maladies infectieuses, pour y être analysés.

Une source du ministère de la Santé vers a indiqué vers 16 heures que les premières vérifications «paraissent donner des résultats négatifs, mais nous attendons le résultat final du test». Cette annonce rassurante est intervenue au moment où des informations filtraient sur le fait que plus de 1100 passagers, dont la croisière se termine à Rome, avaient été autorisés à débarquer du Costa Smeralda.

Le maire de la ville Ernesto Tedesco s'est précipité dans le port pour stopper ces opérations. Ce membre de la Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini a été vu en train de crier au commandant du port, Vincenzo Leone: «Mais vous êtes fou? Vous avez donné l'ordre de débarquer? Je vais vous coller un procès».

«Je dois protéger la santé de mes concitoyens. Pour le moment, seuls des bagages ont été débarqués du navire, pas les passagers. On attend encore les résultats des tests de l'hôpital Spallanzani», a-t-il déclaré à la chaîne Rainews24, peu avant les premiers résultats «négatifs».

Costa Croisières a précisé avoir «activé son protocole sanitaire» pour une touriste de Macao de 54 ans qui a été «placée à l'isolement» dans l'infirmerie de bord ainsi que son compagnon.

Le couple était arrivé à Milan le 25 janvier en provenance de Hong Kong, puis a embarqué à Savone (Italie), selon les médias italiens. Selon Ansa, 751 touristes chinois se trouvaient à bord du navire. (afp/ats/nxp)

Créé: 30.01.2020, 22h52

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Le chiffre du jour

171 Soit le nombre de décès confirmés dus au coronavirus, jeudi soir.

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