Quand l’Occident trahit sa parole

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Qui peut encore croire en la parole des puissances d’Occident? Pas les Kurdes, assurément. Ces civils, hommes et femmes, qui ont pris les armes pour combattre Daech dans le nord de l’Irak et en Syrie, connaissent aujourd’hui les déconvenues de ces peuples qui ont cru en un soutien occidental.

Pour croire en l’appui des pays occidentaux, les peuples demanderont désormais des preuves en actes. Et ils auront raison de le faire.

Les dirigeants et les intellectuels occidentaux ont glorifié ces héros, qui ont repris au péril de leur vie, village après village, quartier après quartier, des territoires conquis par les djihadistes. Les grands pays de la coalition les ont abandonnés quand l’armée turque a entrepris de les déloger d’Afrin. Les Kurdes pouvaient bien se battre pour notre cause et la leur. Il serait toujours temps de les trahir.

En matière géopolitique, qu’est-ce que le prix du sang? Pas grand-chose quand il n’est pas celui des siens. L’allié turc au sein de l’OTAN ne veut pas d’un État kurde indépendant à sa frontière. La cause était entendue d’avance. Cela n’a pas empêché Paris de promettre à une délégation kurde, pas plus tard qu’en mars dernier, que des soldats français pourraient intervenir sur le terrain, avant de se rétracter.

Les rebelles syriens de la première heure ont aussi cru que leur désir de démocratie ne pouvait qu’être encouragé par l’Ouest. Certes divisés, bientôt débordés par des groupes islamistes devenus dominants, ils n’auront pas eu le temps de s’apercevoir qu’ils avaient placé leur espoir dans une défense déjà dépréciée de nos valeurs.

En Ukraine aussi, on a cru que l’Europe accueillerait à bras ouverts des citoyens aspirant à un mode de vie occidental et à une gouvernance débarrassée d’une corruption endémique. Aujourd’hui, les drapeaux bleus étoilés de Maïdan sont en berne. La guerre pourrit petit à petit le pays. Dans le Donbass, à l’abandon. À Kiev, livré aux surenchères nationalistes.

D’autres vont rapidement déchanter. À Séoul, tout le monde ne se résout pas à abandonner à leur sort les Coréens du Nord dans une paix de façade. Beaucoup craignent même que Donald Trump, après avoir traité Kim Jong-un de «rocketman», ne se fasse balader par le dirigeant nord-coréen, bien décidé à conserver ses missiles nucléaires, qui ont valeur d’assurance-vie pour lui et son régime.

À Tokyo, on doute de plus en plus de la fiabilité de l’allié américain alors que Pékin multiplie les affirmations de sa puissance, notamment dans les îles disputées de mer de Chine. Qu’attendre du président Trump, qui par un simple tweet revient sur ses engagements précédents et ceux de ses prédécesseurs.

L’Iran, qui n’est certes pas un allié aujourd’hui, avait renoncé à son programme nucléaire militaire à force de négociations – dont une grande partie s’est déroulée à Genève – obtenant une levée partielle des sanctions. L’Occident avait choisi la diplomatie pour encourager l’Iran à sortir de son isolement et à s’ouvrir. Qu’en sera-t-il demain si le président américain refuse de signer un accord qui engageait son pays ou s’il en change les termes? Alors, Téhéran reprendra l’enrichissement d’uranium. Le président Rohani l’a déjà fait savoir. Et l’Iran se consolera dans les bras de son parrain russe.

De cet Occident qui se paie de mots, les précédents historiques ne manquent pas. Les tergiversations de ceux qui ont dessiné des «lignes rouges» sur l’usage d’armes chimiques ont décrédibilisé toute mise en garde occidentale. Malgré une frappe tardive et, somme toute, bien symbolique.

(TDG)

Créé: 25.04.2018, 16h08

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