Nicaragua: un opposant meurt dans une prison

NicaraguaLe gouvernement a expliqué que l'homme était décédé après un «incident» avec un membre du personnel dans une prison.

Eddy Montes était âgé de 57 ans.

Eddy Montes était âgé de 57 ans. Image: Leandro Zuniga

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Un opposant détenu au Nicaragua pour avoir participé à des manifestations anti-gouvernementales, qui avait la double nationalité nicaraguayenne et américaine, est mort jeudi à la suite d'un incident survenu dans une prison de haute sécurité, a annoncé le ministère de l'Intérieur.

Le décès de cet opposant a suscité des protestations de l'opposion, de l'Organisation des Etats américains (OEA) et des Etats-Unis. Eddy Montes, 57 ans, a été blessé au cours d'un «affrontement» avec un membre du personnel de sécurité auquel il voulait prendre son arme, a déclaré le ministère dans un communiqué. L'opposant a été transporté vers un hôpital où il est décédé alors que les médecins tentaient de le réanimer, selon le ministère.

Au moins six fonctionnaires du personnel pénitentiaire de la prison Modelo, située à 20 kilomètres au nord de la capitale Managua, ont été blessés et reçoivent des soins, a déclaré le ministre de l'Intérieur, Luis Cañas.

L'incident a eu lieu pendant une visite d'une délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans la prison, précise le communiqué du ministère de l'Intérieur.

Forces anti-émeutes

Des parents et des proches de détenus manifestaient aux abords de la prison dans la nuit de jeudi à vendredi et exigeaient des informations sur le sort de ces détenus, tandis que des effectifs des forces anti-émeutes les empêchaient de s'approcher de l'établissement pénitentiaire.

A Matagalpa, ville située à 127 kilomètres au nord de Managua et où Eddy Montes résidait, des dizaines de personnes se sont rassemblées avec des photos du défunt pour réclamer justice, et des forces anti-émeutes ont été déployées, selon des médias locaux.

Eddy Montes avait été arrêté en novembre 2018 lors de manifestations contre le président nicaraguyen Daniel Ortega. Il était accusé d'actes terroristes, de vol, de détention et usage d'armes prohibées et d'autres délits.

Selon le ministère, l'incident de jeudi a commencé lorsqu'«un groupe de prisonniers s'est jeté sur le personnel de sécurité et a lutté avec l'une des sentinelles avec la claire intention de lui prendre son arme réglementaire. Au cours de cette lutte, un coup est parti et a atteint le détenu».

Toujours selon le ministère de l'Intérieur, c'est la neuvième fois que surviennent dans cette prison des troubles «commis par des personnes détenues pour atteintes à l'ordre public».

La plateforme d'opposition Alliance civique pour la justice et la démocratie (ACJD) a protesté sur Twitter contre les événements qui ont conduit à la mort de l'opposant. «Nous condamnons la répression menée par le gouvernement qui a provoqué la mort d'Eddy Montes Praslin», a déclaré l'ACJD.

«Force létale»

L'ambassade des Etats-Unis à Managua a condamné sur Twitter «l'utilisation de la force létale» contre Eddy Montes, en précisant qu'il était citoyen américain. L'ambassade a réclamé une enquête «exhaustive».

Luis Almagro, secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), a condamné les événements survenus dans la prison. Il a rappelé sur Twitter que le gouvernement nicaraguyen s'était récemment engagé à libérer les personnes arrêtées à la suite des manifestations contre le président Ortega. «Plus de prisonniers politiques, plus de morts», a écrit M. Almagro.

Le gouvernement a promis le 29 mars de libérer tous ces détenus dans un délai de 90 jours. Antonio Urrejola, un responsable de la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH), a déploré le décès de l'opposant, dont les circonstances, a-t-il écrit sur Twitter, «suscitent des doutes sur les protocoles de sécurité en vigueur dans les prisons du pays».

Carlos Tünnermann, un responsable de l'ACJD, avait déclaré mercredi que le CICR avait demandé au ministère de l'Intérieur l'autorisation d'«entrer dans les prisons afin de vérifier la situation des prisonniers politiques». Des centaines d'opposants au pouvoir du président Ortega qui ont participé aux manifestations de 2018 sont détenus à la prison Modelo.

Des familles de détenus et des organisations de défense des droits humains ont dénoncé dernièrement une détérioration des conditions de détention. Selon elles, les prisonniers souffrent d'une absence de soins médicaux et ils sont enfermés dans des cachots non ventilés alors que règne une forte chaleur.

Depuis avril 2018, la répression a fait 325 morts, des centaines d'opposants ont été emprisonnés et plus de 62'000 Nicaraguayens ont fui le pays, selon des organisations de défense des droits de l'Homme. (afp/nxp)

Créé: 17.05.2019, 03h05

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