«Des mutations sont en cours. Entre Israël et Saoudiens, la normalisation est possible!»

Proche-OrientAncien ambassadeur israélien, le porte-parole du Ministère des affaires étrangères livre la vision de l’Etat hébreu.

Emmanuel Nahshon, porte-parole du Ministère israélien des affaires étrangères.

Emmanuel Nahshon, porte-parole du Ministère israélien des affaires étrangères. Image: DR

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Le Moyen-Orient serait-il à la veille d’une alliance durable entre Israël, l’Egypte et l’Arabie saoudite? Sans aller aussi loin, Emmanuel Nahshon constate un rapprochement stratégique autour d’intérêts communs. Le porte-parole du Ministère israélien des affaires étrangères (dirigé directement le premier ministre Benjamin Netanyahou) a livré lundi à Berne son interprétation des mutations en cours à trois journalistes. Entretien dans un anglais et un français impeccables avec un polyglotte qui fut ambassadeur à Berlin et qui représenta l’Etat hébreu à Bruxelles et à Ankara.

Nouvelle donne régionale?

«D’énormes mutations sont en cours. Le Printemps arabe a provoqué un bouleversement général, l’effondrement d’Etats, le chaos… Mais à présent, on voit des «modérés» comme l’Egypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite, les Emirats, œuvrer à une stabilisation de la région. Une normalisation. Deux événements encourageants viennent de se produire: d’une part la visite réussie de Donald Trump à Riyad et en Israël, d’autre part la décision par des Etats arabes (ndlr: dont l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Egypte) de rompre les relations avec le Qatar et dénoncer son double jeu. Pour eux comme pour nous, les deux grandes menaces sont l’Iran nucléaire et les extrémistes (ndlr: sunnites)

Et le terrorisme saoudien alors?

«Nous ne commentons jamais les affaires d’autres Etats. Mais laissez-moi vous dire ceci: il fut un temps où certains dansaient à toutes les fêtes, comme on dit chez nous. Ils ont dû choisir leur camp.»

Une normalisation, vraiment?

«Pas forcément une reconnaissance officielle! Plutôt l’approfondissement du dialogue, la réalisation de nos intérêts communs. Pas seulement pour combattre Iran et extrémistes, mais aussi pour faire face au problème de la désertification, au défi de l’eau potable, aux changements climatiques, aux enjeux économiques… et au boom énergétique! D’immenses réserves de gaz ont été découvertes en Méditerranée dans les eaux chypriotes et israéliennes, mais aussi palestiniennes (au large de la bande de Gaza). A l’échelle de la région, le gaz pourrait jouer un rôle comparable à celui du charbon et de l’acier à l’origine de la construction européenne!»

Et la paix avec les Palestiniens?

«Le chemin emprunté par les Palestiniens ces dernières années les a menés dans l’impasse. Au lieu de négocier avec nous, ils ont porté leur dossier à l’international pour mettre Israël sous pression. Sans succès. Ils ne réaliseront leurs aspirations nationales que par la négociation. Mais il y a une logique nouvelle. L’idée, avant, c’était qu’il fallait faire la paix avec les Palestiniens et que la région suivrait. A présent, la normalisation régionale pourrait permettre une avancée sur le dossier israélo-palestinien.»

Quel rôle jouera Trump?

«Nous sommes rassurés depuis la visite de Donald Trump. Il est réaliste, voit les choses comme nous. C’est le premier président en exercice à s’être rendu au mur des Lamentations, essentiel pour l’identité juive. Avec son style atypique, venu du monde des affaires, il pourrait réussir là où ses prédécesseurs ont échoué, plus de vingt ans après les accords d’Oslo.»

Et s’il veut le gel des colonies?

«Je ne sais pas. C’est très délicat. Quand le premier ministre a décrété plusieurs mois de gel, sur demande des Etats-Unis, cela n’a pas été vu comme un geste de bonne volonté par les Palestiniens mais comme un signe de faiblesse. Les tirs de roquettes ont alors repris depuis la bande de Gaza…»

La No 2 de votre diplomatie veut annexer la Cisjordanie, non?

«Israël est gouverné par des coalitions, donc plusieurs partis (dont celui de Tzipi Hotovely) qui ont des avis différents. Mais la position du gouvernement est toujours celle du premier ministre. Benjamin Netanyahou est très clair: il est favorable à la solution des deux Etats.»

Alors pourquoi les colonies?

«Je vous dirai trois choses. D’abord, les colons en Judée-Samarie (ndlr: la Cisjordanie) s’installent sur les lieux de naissance du peuple juif. Il y a une légitimité historique à vouloir y retourner. Ensuite, la situation juridique du territoire est indéterminée. Longtemps sous domination ottomane, il a été placé sous mandat britannique par la Société des Nations, puis il y a eu un plan de partition adopté par l’ONU. Israël l’a accepté, les Arabes l’ont refusé et déclaré la guerre. Au moment de l’armistice en 1948, la Jordanie contrôlait la Cisjordanie, l’Egypte contrôlait la bande de Gaza. Ils n’ont pas créé d’Etat palestinien. Quand nous avons conquis ces territoires en 1967, nous n’avons pas occupé un Etat indépendant et il n’y a pas eu d’annexion (contrairement à Jérusalem-Est). Leur statut devait être déterminé par des négociations, qui n’ont jamais abouti. Enfin, troisième point, nous avons déjà démantelé des colonies dans le passé. En cas d’accord de paix, nous pouvons démanteler les petites colonies et céder des territoires israéliens en échange des grands blocs de colonies. Depuis vingt ans, il n’y a pas de nouvelle implantation. Seulement une croissance naturelle de celles existantes, les familles religieuses ayant beaucoup d’enfants. Mais n’exagérons rien: les colonies ne représentent que 1% de la Cisjordanie (ndlr: sans compter Jérusalem-Est annexé).

Et l’ire du Congrès juif mondial?

«Sur Ronald Lauder, je n’ai aucun commentaire (ndlr: le président du Congrès juif mondial estime que Benjamin Netanyahou ne fait rien pour la paix). Sur Benjamin Netanyahou, je peux vous dire qu’il a été réélu trois fois. Il faut croire que pas mal d’Israéliens lui font confiance. Parfois on voit les choses différemment suivant où l’on vit.»

Créé: 13.06.2017, 17h32

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