"Une multiplication des attentats était attendue un an après la proclamation du califat par Daech"

TerrorismeDes djihadistes ont frappé en France, en Tunisie, au Koweït et en Somalie. Analyse avec l'islamologue Mathieu Guidère

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Un homme a été décapité dans l’Isère, à seulement 85 km de Genève; une attaque a fait au moins 37 morts à Sousse, en Tunisie; une bombe a tué 27 fidèles dans une mosquée chiite au Koweït; un assaut contre une base de l’Union africaine en Somalie a coûté la vie à des dizaines de personnes: la liste d’attentats sanglants commis par des djihadistes ce vendredi 26 juin sur trois continents est longue et effrayante. Cette vague d’attaques n’a cependant pas surpris outre mesure les spécialistes du terrorisme islamique. D’autant moins que le groupe Etat islamique (Daech) a appelé mardi à la guerre sainte contre les «mécréants».

«On s’attendait en effet à une multiplication des attentats, affirme Mathieu Guidère, professeur à l’Université de Toulouse 2. Le califat proclamé par l’Etat islamique, à cheval sur la Syrie et l’Irak, fête sa première année d’existence le 29 juin. Ceci, malgré les bombardements occidentaux et les différents groupes qui combattent Daech sur plusieurs fronts. De nombreux sympathisants du califat veulent ainsi marquer cet anniversaire. De plus, nous sommes en période de ramadan. Pour les djihadistes, ce mois sacré est favorable à commettre des attaques. Ils prétendent ainsi aller au paradis en tant que martyrs.»

Nouvelle stratégie

Outre le fait que diverses organisations islamistes extrémistes ont prêté allégeance au califat au cours de l’année écoulée et commettent désormais des attentats en son nom dans leurs propres pays, de nouvelles attaques contre des cibles en Europe étaient également craintes depuis un certain temps. Et notamment en France.

Le 18 juin, Le Figaro révélait ainsi que selon la Commission d’enquête sur la surveillance des filières et des individus djihadistes, «il est désormais acquis que Daech souhaite utiliser des Occidentaux pour commettre des attentats dans leur pays d’origine».

La stratégie du groupe Etat islamique a en effet évolué. Au départ, Daech ne menaçait pas l’Occident. «Ce groupe prétendait surtout créer un Etat pour les sunnites entre l’Irak et la Syrie, explique Mathieu Guidère. Mais depuis le début des bombardements contre ses combattants, il a décidé de répliquer, de se venger. Ce changement de stratégie est également dû à une jonction avec certains éléments d’Al-Qaida, qui commettaient déjà des attaques sur sol étranger.»

Terrorisme «mimétique»

La politique des pays européens à l’égard des jeunes extrémistes accroît également les risques d’attaques sur le Vieux-Continent, suggère l’islamologue, ancien professeur de l’Université de Genève: «Nous faisons face à un double problème, affirme Mathieu Guidère. On empêche les candidats au djihad de rejoindre la Syrie. Et on arrête ceux qui en reviennent. Du coup, les volontaires bloqués en France, frustrés de ne pas pouvoir rejoindre les rangs de l’Etat islamique, préparent des attaques sur place pour se venger. Des attentats comme celui de Saint-Quentin-Fallavier risquent ainsi de se multiplier à l’avenir.»

Ces jeunes extrémistes ne répondent cependant pas forcément de manière hiérarchique au commandement de Daech. «On imagine mal l’Etat islamique ordonner une attaque contre une usine de gaz dans un coin perdu de la France, explique l’islamologue. Je pense ainsi qu’on va voir de plus en plus d’individus faire n’importe quoi en se revendiquant de l’Etat islamique. C’est ce qu’on appelle le terrorisme mimétique.» (TDG)

Créé: 26.06.2015, 21h52

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