«Unia a relevé les progrès accomplis sur nos chantiers»

QatarLes organisateurs de la Coupe du monde 2022 affirment que la crise diplomatique n’a que peu de conséquences et assurent que les conditions de travail sur place sont bonnes.

Image: Getty Images

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En sortant de Doha en direction de la ville d’Al Wakrah, au sud-est du Qatar, l’effet est un peu surréaliste. Au beau milieu du désert, les 4x4 rutilants filent sur une imposante autoroute de huit pistes flambant neuve. Le bitume est immaculé, les lignes de démarcation entre les voies n’ont même pas encore été tracées. Le ruban d’asphalte, qui a tout juste trois mois, est l’une des nombreuses réalisations de la puissance pétrolière, qui dépense sans compter pour accueillir la grand-messe du foot dans un peu plus de quatre ans.

Le Qatar traverse une crise diplomatique depuis des mois, avec l’embargo imposé par ses voisins du Golfe parmi lesquels l’Arabie saoudite, avec qui l’émirat partage sa seule frontière terrestre. Malgré cela, les organisateurs du Mondial 2022 assurent que les délais seront respectés. Très critiquées par le passé, les conditions de travail sur les chantiers des stades se sont améliorées. Impliqués dans le dossier, le syndicat Unia et l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois confirment, mais avec des bémols (lire ci-contre). Mais Fatma Al-Nuaimi, directrice de la communication du Supreme Committee for Delivery and Legacy, le comité d’organisation, veut se montrer rassurante.

– La crise diplomatique que connaît le Qatar, l’embargo imposé par ses voisins du Golfe et la fermeture de plusieurs frontières affectent-ils l’organisation de la Coupe du monde 2022?

– Nous avons réussi à nous adapter rapidement, notamment en trouvant de nouvelles routes d’approvisionnement efficaces. Nous avons même réussi à faire de ce défi une opportunité. Par conséquent, les chantiers avancent rapidement. La construction du stade international Khalifa (ndlr: où se disputera la finale du Mondial 2022) est terminée et sept autres stades sont en chantier dans tout le pays. Nous sommes parfaitement dans les temps.

– Vous n’êtes donc pas inquiets des éventuelles conséquences de la crise?

– Non, grâce aux solutions trouvées avec nos partenaires. Le blocus n’affectera pas les chantiers ni les projets du Qatar à plus long terme.

– L’unique frontière avec l’Arabie saoudite étant fermée, comment gérez-vous l’importation des matériaux de construction pour les stades?

– Par la mer, grâce aux différents ports qataris, notamment celui de Doha. Sans oublier la voie des airs grâce à l’aéroport Hamad, qui continue d’opérer normalement. Il existe aussi des plans d’urgence conçus pour faire face à tout éventuel problème. Nous pouvons également compter sur un stock stratégique de matériaux de chantier, propriété du Qatar, dans lequel nous puisons au besoin.

– Pour contourner le blocus, quelles sont les nouvelles routes que vous empruntez?

– Elles passent notamment par Oman, le Pakistan ou la Turquie. De nombreuses critiques ont été formulées sur les conditions de travail et de mauvais traitements des travailleurs étrangers sur les chantiers.

– La situation s’est-elle arrangée?

– Le bien-être des ouvriers est l’une de nos plus hautes priorités et sera l’un des héritages sociaux les plus importants de la Coupe du monde. Nous avons mis en place un programme innovant de bien-être des travailleurs qui garantit des normes élevées d’hébergement et de sécurité pour ceux qui travaillent sur nos projets. Des normes strictes pour le bien-être des travailleurs sont mises en œuvre sur tous nos sites et comprennent des inspections régulières des conditions de travail et de vie.

– Il y a quelques mois, sous l’égide du Secrétariat d’État à l’économie (SECO), la FIFA et l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB) ont trouvé un accord pour améliorer les conditions de travail des ouvriers travaillant sur les stades. Que s’est-il passé depuis?

– Suite à l’accord que nous avons signé fin 2016, l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois effectue des inspections du travail et de l’hébergement sur nos sites depuis janvier dernier. En juin de cette année, Unia a relevé les progrès accomplis sur nos chantiers, ajoutant que les conditions d’hygiène et de sécurité étaient les mêmes que celles des chantiers suisses.


Conditions de travail à géométrie variable

Travail quasi forcé, confiscation des passeports, bas salaires, conditions d’hygiène déplorables… Depuis des années, les critiques sur le sort des employés qui travaillent sur les chantiers des futurs stades qataris sont légion. Le siège de la FIFA étant en Suisse, c’est auprès du Secrétariat d’État à l’économie (SECO) que l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB), basée à Genève, a porté plainte début 2015. Au terme d’âpres négociations, un accord a été trouvé en début d’année pour améliorer les conditions des travailleurs. Mais avec un bémol de taille: l’accord ne concerne que les chantiers liés au football et pas les nombreuses infrastructures annexes (hôpitaux, routes, autoroutes, ponts…) prévues. «Sur les stades, les conditions se sont nettement améliorées. Ailleurs, en revanche, on relève de sérieux problèmes, de sécurité notamment», indique Nico Lutz, membre de la direction d’Unia, qui faisait partie de la délégation syndicale.

Pour s’assurer de l’application des termes de l’accord, des inspections sur place ont lieu régulièrement. Directrice des campagnes auprès de l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois, Jin Sook Lee rentre à peine du Qatar. «Les conditions de ceux qui travaillent sur les sites des futurs stades sont bonnes. Les installations d’hébergement répondent aux normes fixées par le Comité suprême et les travailleurs ont accès à des ordinateurs pour communiquer avec leurs familles et jouissent d’installations de détente. Cependant, il y a des cas où des ouvriers ne sont pas logés à la même enseigne et dont les conditions de travail ne sont pas aussi bonnes. À certains endroits, les travailleurs ne sont par exemple pas payés à temps. Tout dépend des entreprises qui emploient et qui ont chacune leurs standards. Faire appliquer les mêmes normes sur tous les chantiers, c’est le défi à relever», conclut Jin Sook Lee.

Créé: 24.11.2017, 07h33

500 millions de dollars dépensés par semaine

Aujourd’hui, l’organisation de la grande fête du football ne communique plus sur le budget de la Coupe du monde 2022. Mais tel n’a pas toujours été le cas. En début d’année, Ali Shareef Al-Emadi, ministre des Finances qatari, révélait des sommes qui donnent le tournis. «Nous dépensons près de 500 millions de dollars par semaine sur les principaux projets, et cela va continuer durant les trois à quatre prochaines années, afin d’atteindre notre objectif, celui d’être vraiment prêts pour 2022», indiquait-il dans Le Figaro. Au total, ce seront donc 200 milliards de dollars qui seront investis pour la grand-messe du ballon rond. En plus des stades, cette enveloppe servira à financer des autoroutes, des voies ferrées, des ports, des aéroports, des hôpitaux… «En ne prenant en compte que les stades, la Coupe du monde 2022 ne sera pas la plus chère de l’histoire», assurait encore le ministre.

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