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Une militante saoudienne risque la décapitation

Israa al-Ghomgham sera jugée pour avoir appelé à des réformes lors de manifestations pacifiques.

Riyad est régulièrement sous le feu de la critique des organisations de défense des droits l’homme, qui aujourd’hui se disent très préoccupées par le cas d’Israa al-Ghomgham.
Riyad est régulièrement sous le feu de la critique des organisations de défense des droits l’homme, qui aujourd’hui se disent très préoccupées par le cas d’Israa al-Ghomgham.
AFP

Son sort pourrait être scellé ce mercredi. Après trois ans de détention dans une prison de Dammam en Arabie saoudite, Israa al-Ghomgham, militante pacifiste chiite de 29 ans, est sous la menace de la peine capitale pour son engagement en faveur des libertés individuelles. Au royaume wahhabite, plusieurs femmes ont déjà été exécutées, notamment pour des crimes violents. Mais jusqu’à présent, aucune Saoudienne n’a été décapitée pour avoir défendu les droits fondamentaux.

Le procès, initialement prévu le 28 octobre, a été reporté au 21 novembre. Un ajournement perçu «comme une conséquence de l’affaire Khashoggi» par le Centre du Golfe pour les droits de l’homme (CGHR), partenaire du Service international pour les droits de l’homme (ISHR), une ONG basée à Genève. La tempête internationale déclenchée par l’assassinat du journaliste et opposant le 2 octobre au consulat saoudien à Istanbul a remis le triste bilan de cette pétromonarchie en matière de droits humains sur le devant de la scène.

Répression systématique de la liberté d’expression, interdiction des rassemblements pacifiques, liberté de culte inexistante, discrimination envers les femmes et la minorité chiite, procès inéquitables, torture, condamnations à mort arbitraire. Riyad est régulièrement sous le feu de la critique des organisations de défense des droits l’homme, qui aujourd’hui se disent très préoccupées par le cas d’Israa al-Ghomgham, dont l’exécution pourrait être imminente.

Privée d’avocat

La jeune militante a été arrêtée avec son mari, Moussa al-Hashem, en décembre 2015. Israa al-Ghomgham est accusée d’avoir participé à des manifestations antigouvernementales dans la province chiite de Qatif – région stratégique de l’est du pays, riche en hydrocarbures – au lendemain du Printemps arabe, et d’avoir posté des vidéos sur les réseaux sociaux. Depuis, celle qui était à la tête d’un mouvement de femmes croupit derrière les barreaux sans possibilité de bénéficier de l’aide d’un avocat. En août, le ministère public saoudien a requis la peine de mort contre plusieurs militants, dont Israa al-Ghomgham et son époux. Ce mercredi, ce sera au Tribunal pénal créé en 2008 pour juger les affaires de terrorisme de suivre ou non cette réquisition. En plein scandale Khashoggi, va-t-il prendre le risque de confirmer ces peines? «C’est totalement imprévisible. L’exécution d’Israa al-Ghomgham est tout à fait possible. Peut-être attendront-ils toutefois que la communauté internationale détourne un peu le regard. D’où notre profonde préoccupation», explique Salma El Hosseiny, responsable de la région Moyen-Orient pour l’ISHR.

Pour Ali Adubisi, président de l’organisation européenne pour les droits de l’homme en Arabie saoudite (ESOHR), basée à Berlin, contacté par nos confrères de France 24, «le mouvement de protestation en Arabie saoudite est porté par les femmes car les autorités ont muselé les hommes. Avant, le gouvernement n’arrêtait pas les femmes. Le roi Salmane et MBS (ndlr: le prince héritier Mohamed ben Salman) ont aujourd’hui changé de politique et pourraient vouloir faire d’Israa un exemple.»

Répression féroce

Selon le CGHR, une centaine de défenseurs des droits humains seraient actuellement sous les verrous en Arabie saoudite. Un chiffre qui pourrait en réalité s’élever à plus d’un millier, précise l’organisation. «Il est extrêmement difficile d’obtenir des informations fiables en raison de la répression féroce exercée contre la société civile. Les familles ont peur d’entrer en contact avec les ONG», poursuit Salma El Hosseiny.

Ce dont on est sûr en revanche, c’est que sept des onze femmes arrêtées en mai dernier lors d’une vague de répression sans précédent contre les mouvements féministes sont toujours détenues «sans inculpation», précise la spécialiste. Considérées comme une menace pour la sécurité de l’État, elles risquent jusqu’à 20 ans de prison.

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