Louisa Akavi, otage de Daech depuis cinq ans

SyrieLe CICR révèle l’enlèvement le plus long de son histoire. L’infirmière néo-zélandaise était encore en vie en décembre.

Le CICR a décidé de garder le silence sur son enlèvement il y a 5 ans pour maximiser les chances de libérations des otages.

Le CICR a décidé de garder le silence sur son enlèvement il y a 5 ans pour maximiser les chances de libérations des otages. Image: DR

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Jamais personne au CICR n’avait vécu une si longue prise d’otage. Après plus de cinq ans de silence, le Comité international de la Croix-Rouge a révélé ce dimanche l’enlèvement de l’infirmière néo-zélandaise Louisa Akavi et des chauffeurs syriens Alaa Rajab et Nabil Bakdounes le 13 octobre 2013, alors qu’ils se rendaient en convoi à Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie. Dans une vidéo émouvante, le chef des opérations Dominik Stillhart lance un vibrant appel à témoins pour tenter de les retrouver. À défaut d’avoir la moindre information sur le sort réservé aux deux employés locaux, l’institution humanitaire sait que l’expatriée néo-zélandaise âgée de 62 ans a été détenue par le groupe État islamique (Daech) et qu’elle était vivante en décembre dernier.

Étonnant, cet appel urgent, plus de cinq ans après la prise d’otages. Pourquoi ce long silence? Et pourquoi le rompre maintenant? «La décision de ne pas communiquer publiquement sur ces enlèvements avait été prise dans le souci de maximiser les chances de libération des otages», explique Dominik Stillhart. Mais «avec la reprise du dernier territoire contrôlé par le groupe État islamique, nous avons estimé que le temps était venu de sortir de notre réserve. Nous espérons que la chute du dernier bastion (ndlr: de Daech) nous ouvrira de nouvelles opportunités d’en apprendre davantage sur le sort de Louisa, tout en étant conscients qu’il existe un risque accru de perdre sa trace.»

Recherche de contact

«Durant ses premiers mois de captivité, à la fin 2013 et en 2014, nous communiquions régulièrement avec le groupe État islamique. Nous n’avons cependant pas réussi à les convaincre de la relâcher et les contacts se sont ensuite interrompus», raconte le chef des opérations. Il a alors fallu diversifier les démarches. Le CICR, de par sa mission, entretient des relations avec des acteurs armés dans le monde entier. «Nous avons donc exploré toutes les pistes possibles de ce côté-là pour parvenir à une issue favorable», note Dominik Stillhart. L’institution basée à Genève a notamment pris langue avec des cheikhs en Europe, au Moyen-Orient et en Asie, pour tenter d’établir le contact avec les dirigeants de Daech et si possible les influencer. Des détenus ont aussi été interrogés, dans l’espoir de grappiller des indices.

«Nous savons que Louisa a été souvent déplacée et qu’elle a transité par Raqqa», affirme le haut responsable du CICR. Le «New York Times», de son côté, croit savoir qu’elle aurait partagé la cellule de l’humanitaire américaine Kayla Mueller, kidnappée alors qu’elle effectuait un travail pour Médecins sans frontières. En 2014, le ratage d’une opération commando lancée par Washington pour libérer plusieurs otages occidentaux aurait fait craindre le pire pour leur vie.

«La fin de 2017 a marqué un tournant dans nos recherches, quand le groupe État islamique a commencé à perdre une partie du vaste territoire qu’il contrôlait. Les gens se sont mis à fuir la région. Des personnes rencontrées dans des camps en Irak nous ont dit qu’elles avaient été soignées par Louisa en Syrie. Nous en avons déduit qu’elle s’était trouvée fin 2018 à Al-Susah et Al-Bukamal, deux villes situées le long du fleuve Euphrate près de la frontière. Ces renseignements étaient inespérés.»

Par ailleurs, en février, «The Times» rapportait que, selon des commandants des forces kurdes en Syrie, certains membres de Daech tentaient de négocier un libre passage en échange d’informations permettant de localiser Louisa Akavi, le journaliste britannique John Cantlie et le prêtre italien Paolo Dall’Oglio.

«Louisa, Alaa et Nabil, je veux vous dire que nous avons toujours continué à vous chercher tout au long de ces années et que nous n’abandonnerons pas l’espoir de vous revoir parmi nous», lance Dominik Stillhart dans la vidéo diffusée dimanche. Les deux chauffeurs, précise-t-il, sont mariés et pères de plusieurs enfants.

«Abnégation remarquable»

Louisa Akavi effectuait en Syrie sa 17e mission en tant qu’infirmière de la Croix-Rouge. En trente ans de carrière, elle a exercé en Somalie, en Bosnie-Herzégovine, au Sri Lanka, en Éthiopie, en Irak ou encore en Afghanistan. En décembre 1996, en Tchétchénie, elle a survécu à l’assaut donné par des hommes armés dans l’hôpital de Novye Atagi, au cours duquel périrent six délégués du CICR. Malgré cette tragédie, elle est pourtant retournée en zone de guerre pour aider les populations, note Dominik Stillhart. «C’est faire preuve d’une abnégation remarquable.»

(TDG)

Créé: 15.04.2019, 20h31

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