Les scénarios d’une guerre avec l’Iran

Moyen-OrientWashington ne veut pas d’un conflit mais se tient prêt, alors que Riyad a préparé un plan d’invasion de l’Iran.

Une femme brandit des effigies à l'occasion du 40e anniversaire de la révolution islamique, le 11 février dernier à Téhéran.

Une femme brandit des effigies à l'occasion du 40e anniversaire de la révolution islamique, le 11 février dernier à Téhéran. Image: AP

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«Ni guerre, ni paix». Depuis plus de trente ans, les États-Unis et l’Iran s’en tiennent à cette posture prudente. Mais avec Donald Trump, la situation a changé. Après s’être retiré de l’accord nucléaire de 2015 et avoir inscrit les Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations terroristes, il va déployer au Moyen-Orient le porte-avions USS Abraham Lincoln, accompagné d’une task force aérienne.

Alors qu’en réaction Téhéran devrait annoncer ce mercredi son retrait «partiel» de l’accord nucléaire, le renforcement de la présence militaire américaine est justifié par «une menace crédible» contre des cibles américaines en Irak et en Syrie, voire, selon la presse israélienne, après des informations transmises via le Mossad, sur un «plan» iranien de s’en prendre aux intérêts américains dans le Golfe.

Risque d'accrochage

Quelle que soit la réalité de cette «menace», le risque d’un accrochage s’est accru. «Les différents éléments de ces derniers mois vont dans une seule direction: la confrontation, décrypte un analyste français, familier du Golfe. J’exclus une guerre avec l’Iran, mais pas un dérapage dans les eaux du Golfe.»

L’Iran répète «ne pas vouloir la guerre» mais ajoute que «si on nous attaque, nous riposterons». En représailles à l’interdiction américaine à l’Iran de vendre son pétrole, Téhéran menace également de bloquer le détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes les plus stratégiques à l’échelle mondiale. Bref, chaque camp se tient prêt. Dans les eaux du Golfe, la république islamique a mis au point une stratégie navale basée sur la guerre asymétrique, reposant sur la pose de mines dans le détroit d’Ormuz, le harcèlement par des essaims de vedettes rapides de bâtiments américains et des tirs de missiles antinavires terre-mer, prépositionnés sur ses côtes.

«En cas de conflit, nous serons partout et nulle part pour pouvoir atteindre nos ennemis», avertit le contre-amiral Ali Fadavi, ancien chef de la marine des Gardiens de la Révolution. Le but est clair: «saturer l’espace» pour compliquer la tâche des systèmes de défense américains.

«Il n’y a qu’un chenal en eaux profondes dans le Golfe pour faire passer les navires de guerre américains, constate l’analyste. Les Iraniens vont arriver avec leurs drones pour essayer de voir ce qui se passe. Si les Gardiens de la Révolution s’approchent trop près du navire américain, ça peut partir en sucette», redoute l’expert.

Vedettes iraniennes

Au cœur de cette guérilla maritime pour mener des embuscades et attaquer rapidement des pétroliers, les vedettes iraniennes peuvent aller jusqu’à 65 nœuds, une vitesse supérieure à celle des navires américains. L’Iran en a produit de nombreuses, permettant la constitution de meutes, armées de lance-roquettes et de missiles de dernière génération. «Des dizaines de vedettes suicides sont capables de mettre à mal les navires de guerre les plus puissamment armés, mais non préparés à cette forme de guérilla», souligne un rapport du centre d’études supérieures de la Marine française.

Les centaines de vedettes rapides sont également capables de mouiller entre deux et six mines. Destinées à entraver la circulation dans le détroit d’Ormuz, les mines sont le deuxième élément de la guérilla maritime iranienne. Leur pose doit être rapide et discrète dans les passages les plus étroits du détroit. Outre des reconstitutions de stocks provenant de Russie, de Chine et de Corée du Nord, l’Iran a créé sa propre industrie - mines à contact M-08 notamment - via des répliques de mines chinoises. Téhéran en posséderait plusieurs milliers, mais d’après des experts américains, 300 seulement suffiraient pour bloquer Ormuz.

Pour le mouillage de ces mines, «les Iraniens ont aussi des petits sous-marins de poche avec deux personnes à l’intérieur, comme des cimetières flottants au fond de l’eau attendant qu’il y ait un porte-avions en face pour remonter à la surface et tirer deux torpilles», explique notre analyste. Téhéran disposerait au total d’une quinzaine de sous-marins (de type Kilo et Ghadir), capables de mettre à l’eau entre 8 et 24 mines par sortie, et un plus large de classe Nahang.

Un minage du détroit d’Ormuz entraînerait un arrêt probable du trafic, les compagnies d’assurances maritimes refusant alors de couvrir le risque. Sachant que la neutralisation d’une mine prend 200 fois plus de temps que son mouillage, et même si les supertankers sont capables de survivre à l’explosion d’une mine, le déminage du détroit serait long et périlleux. Car les marines étrangères s’exposeraient aux missiles tirés depuis les côtes iraniennes. Les stratèges iraniens ont compris que les lanceurs de missiles installés sur leurs bateaux de guerre ne pèseraient pas lourd face à leurs ennemis. Ils ont donc opté pour un déploiement sur leurs côtes, jalonnées de criques où les Gardiens de la Révolution disposent de nombreuses aires de transit, de batteries de missiles antinavires, dont le C-802, modèle subsonique évoluant au ras des vagues et d’une portée de 120 kilomètres.

«Prix disproportionné»

Bref, «si les autorités iraniennes sont conscientes qu’elles ne peuvent pas affronter militairement une puissance comme les États-Unis, selon le rapport de la Marine française, leur but est de convaincre l’adversaire que le prix à payer pour remporter la victoire est disproportionné au regard des dommages qui lui seront infligés».

C’est bien pourquoi, ces dernières années, tout en se regardant en chiens de faïence, marines américaine et iranienne se respectaient. «Les harcèlements par l’Iran avaient diminué», selon l’analyste, «les lignes rouges étaient connues de part et d’autre, mais aujourd’hui on n’est pas à l’abri d’un dérapage». Washington est poussé par ses alliés saoudien et émirien. «Riyad et Abu Dhabi parient sur un dérapage, ajoute-t-il, ils savent qu’ils doivent aller vite face à l’Iran, ils n’ont qu’un an environ, d’ici à l’élection présidentielle américaine.»

Soutenu à bout de bras par Donald Trump, le jeune prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman a demandé à ses généraux de lui préparer un plan pour envahir l’Iran, révèle au «Figaro» une source militaire française. «Oui, c’est vrai», confirme l’analyste qui rappelle le jeu vidéo, non-officiel bien sûr mais diffusé sur un média saoudien, d’une telle invasion.

«Des généraux saoudiens nous ont parlé de ce plan, confie le militaire français. «MBS» leur a réclamé une doctrine amphibie. L’Arabie nous a demandé des embarcations pour débarquer sur les côtes iraniennes. Je leur ai répondu: «Mais vous êtes sérieux? Vous avez en face des centaines de milliers de gars qui savent faire la guerre.»

Sur le jeu vidéo, disponible sur YouTube, des soldats débarquent sur les côtes iraniennes et des chars saoudiens défilent sur la célèbre place Azadi de Téhéran sous les clameurs d’Iraniens, heureux d’agiter des fanions saoudiens. On voit même le général Qassem Soleimani, l’ennemi juré d’Israël et de ses alliés sunnites du Golfe, se rendre dans son bunker! Scénario plus qu’improbable. Certes, «mais avec Trump, les faucons John Bolton, «MBS», Mohammed Ben Zayed des Émirats et l’Israélien Benyamin Netanyahou, il y a un dangereux alignement des planètes. Je n’ai jamais vu autant de dirigeants du Moyen-Orient aussi anti-iraniens.» Malgré les dangers d’un tel dérapage, le pire n’est pas à exclure.

Créé: 08.05.2019, 11h17

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