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Malgré la guerre, le Liban pousse les réfugiés syriens à regagner leur pays

Des convois de retour sont coordonnés avec Damas. Mais le régime syrien exige un serment d’allégeance.

À l’instar de cette famille syrienne qui quitte le Liban, de nombreux exilés repartent au pays la peur au ventre.
À l’instar de cette famille syrienne qui quitte le Liban, de nombreux exilés repartent au pays la peur au ventre.
Reuters

«Vivre sous une tente au Liban, ce n’est pas une vie! On entend dire qu’en Syrie des propriétés vont être saisies, alors mon mari veut repartir pour sauver la maison et les terres. On a envie de rentrer chez nous mais on a très peur!» La famille de Sawsan quittait il y a quelques jours le camp de réfugiés As-Salam d’Ersal, dans le nord-est du Liban, à bord de son pick-up arborant encore les plaques syriennes d’origine. Son témoignage, recueilli par la chaîne RFI, fait écho à beaucoup d’autres. Le retour des Syriens aurait-il commencé?

Samedi passé, près de 400 réfugiés ont pris le chemin du retour sous escorte officielle. À la fin du mois de juin, 400 autres avaient déjà été convoyés jusqu’à leurs villages dans le Qalamoun, entre Damas et Homs. Et en avril, ils étaient 500 à partir du sud libanais. En tout, 3000 personnes se sont inscrites pour être rapatriées.

Le chiffre peut paraître négligeable, étant donné que le Pays du Cèdre abrite plus de 1,5 million de Syriens, soit un tiers de la population libanaise. Mais la pression politique est de plus en plus forte. À la fin mai, un haut responsable de la Sûreté générale a évoqué le départ prochain de «milliers» de réfugiés. Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah (milice chiite qui combat en Syrie aux côtés du régime), a annoncé fin juin la mise sur pied d’une «commission du retour» pour recueillir les demandes et accélérer les transferts.

Le Liban n’est pas le seul à mettre le holà. La Jordanie, qui compte plus de 650 000 réfugiés syriens, avait déjà fermé ses frontières au printemps 2016. L’an dernier, quelque 400 réfugiés ont été déportés chaque mois. Et Amman n’a pas ouvert ses portes, il y a dix jours, quand plus de 270 000 personnes ont fui l’offensive du régime syrien sur la région de Deraa, tout au sud du pays.

En Turquie, où se seraient réfugiés 3,5 millions de Syriens, l’opinion publique commence là aussi à se retourner. Selon une étude réalisée par l’Université Bilgi d’Istanbul, 86,2% des personnes interrogées estiment qu’il est temps pour les Syriens de rentrer au pays.

En soi, le retour de réfugiés en Syrie n’est pas nouveau. L’an dernier, ils étaient même 66 000 à rentrer chez eux sans aide officielle, rappelle le Norwegian Refugee Council. Si l’on ajoute les «déplacés internes» (qui ont fui sans traverser la frontière), on arrive même au chiffre impressionnant de 721 000 personnes. Mais 37 000 d’entre elles ont ensuite dû prendre à nouveau la fuite. Et durant la même année, 300 000 Syriens ont été empêchés de quitter leur pays malgré les violences, déplore l’organisation.

Crainte d’expropriations

Dès lors, comment expliquer les retours volontaires? Il y a d’abord les conditions de vie difficiles en exil: logement, travail, école ou soins médicaux, l’avenir paraît bouché pour les réfugiés. À cela s’ajoute la crainte de perdre le peu qui leur reste en Syrie, une nouvelle loi autorisant l’expropriation des maisons ou des terrains délaissés depuis plus d’un an.

Même si 90% des Syriens réfugiés au Liban disent vouloir rentrer au pays, la majorité ne le fera pas. À commencer par les hommes de 18 à 42 ans, susceptibles d’être envoyés au front. Par ailleurs, tout retour passe par une prestation d’allégeance au régime de Damas, rappelle Maha Yahya, directrice du Carnegie Middle East Center.

Si le gouvernement syrien vient de lancer un appel à ses ressortissants à revenir au pays, il n’est pas question en réalité de laisser rentrer des populations sunnites pauvres et hostiles au régime, note Jihad Yazigi, rédacteur en chef de «The Syria Report». Et sur le front intérieur, Bachar el-Assad n’a de toute manière plus à négocier. Il s’est encore rapproché de la victoire totale en reprenant jeudi Deraa. La ville faisait office de symbole: elle avait été la première en 2011 à connaître des manifestations.

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