«Le deal du siècle» de Trump devient «la claque du siècle» pour les Palestiniens

ConflitLes Palestiniens avaient peu d’espoir dans le plan de «paix» américain, mais ils ne s’attendaient pas à un tel affront.

Des Palestiniens dénoncent le plan Trump au Sud-Liban.

Des Palestiniens dénoncent le plan Trump au Sud-Liban. Image: AP

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«Rien n’est vraiment nouveau, mais ça acte l’abandon de la solution à deux États», soupire Mohammed, Palestinien de 45 ans qui habite à Ramallah. Ce qu’il retient, c’est le ton de Donald Trump, son air fier et condescendant, et un plan qui met «les Palestiniens plus bas que terre. Je ne sais pas ce qui est le pire entre Jérusalem, capitale d’Israël, ou la souveraineté israélienne sur le Jourdain», continue-t-il en haussant les épaules.

Les Palestiniens soulignent le déséquilibre du plan. Les compensations financières (50 milliards de dollars d’investissements à partager avec les pays arabes voisins), les maigres consolations territoriales (des poches désertiques dans le Néguev, le long du Sinaï), ainsi que l’autoroute souterraine Gaza-Cisjordanie ou encore l’île artificielle avec aéroport au large de Gaza ne font pas le poids en regard des cadeaux offerts aux Israéliens: Jérusalem comme capitale et l’annexion par Israël de toutes les colonies de Cisjordanie. Car ce qui est «accordé» aux Palestiniens est conditionnel.

«On vole des ressources»

«Déjà au lendemain des accords d’Oslo, on nous avait dit que Gaza serait le Singapour du Moyen-Orient. On nous avait promis monts et merveilles pour le commerce et la prospérité économique. On a vu ce que ça a donné», explique Qassam Mohadi, journaliste palestinien indépendant de 31 ans. «Injecter de l’argent de manière artificielle ne générera pas un développement à long terme, car dans ce plan, on vole en même temps les ressources naturelles qui se trouvent dans les Territoires palestiniens.»

Ces ressources naturelles, ce sont les terres fertiles et l’eau, concentrées essentiellement dans la vallée du Jourdain, une bande de terre qui s’étend du sud du lac de Tibériade au nord de la mer Morte, située en grande partie en Cisjordanie occupée. Une région réputée pour son industrie agricole, mais où vivent déjà près de 8000 Israéliens répartis dans une trentaine de colonies. Un territoire occupé depuis plus de cinquante ans, où Israël contrôle déjà les constructions, les axes routiers, les accès à la mer Morte et les ressources naturelles. Pour les Palestiniens, cette annexion est donc déjà une réalité sur le terrain.

«Cette occupation était déjà le fait d’un État intrinsèquement antidémocratique», explique Hagai El-Ad, directeur exécutif de BTselem, une organisation israélienne de défense des droits palestiniens. «Le principal changement aujourd’hui est qu’Israël et l’administration Trump vont encore plus loin qu’auparavant: cette fois, ils rendent transparente leur volonté de perpétuer la réalité de l’annexion. Au moins, c’est clair et explicite. Ce que les Palestiniens se voient offrir en ce moment, ce ne sont pas des droits ou un État, mais un état permanent d’Apartheid.»

«Passer à autre chose»

«La claque du siècle», selon Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne. Toutes les factions – du Hamas au Fatah – ont rejeté ce plan. Le négociateur historique des Accords d’Oslo, Saeb Erekat, a appelé les pays arabes à participer à des pourparlers de paix. Mais les Palestiniens ont peu d’options à court terme pour empêcher Israël de mettre en œuvre ce plan. «Ils sont divisés, la perspective régionale est défavorable, et les Européens n’ont pas une ligne claire et unie», précise Hugh Lovatt, analyste au Conseil Européen des Affaires étrangères. «Le message envoyé aux Palestiniens est clair: il faut passer à autre chose.»

Côté israélien, la gauche est inaudible. Le centriste Benny Gantz, favorable à l’annexion des colonies depuis qu’il vise le poste de premier ministre, se range du côté américain. À droite, le Likoud de Benyamin Netanyahou salue un plan qui répond à ses rêves les plus fous. Critiqué toutefois par les colons et la droite ultranationaliste. «Tous les territoires doivent être annexés, et maintenant», a déclaré le ministre de la Défense Naftali Bennett, chef de file du parti Le Foyer juif.

Créé: 29.01.2020, 20h33

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