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Comment Daech s'est préparé à sa défaite militaire en Irak et en Syrie

L’organisation Etat islamique s’effondrera-t-elle si elle est vaincue en Irak et en Syrie? Son «calife» parie sur le réseau mondial développé depuis 2015.

Entre Syrie et Irak, les djihadistes contrôlent de moins en moins de territoire.
Entre Syrie et Irak, les djihadistes contrôlent de moins en moins de territoire.

La fin est proche. Près de trois ans après la proclamation du califat à Mossoul, en juin 2014, par le leader du groupe Etat islamique (Daech), la deuxième ville d’Irak semble en passe d’être reconquise dans les prochains mois par les forces de Bagdad, avec l’appui de la coalition internationale menée par les Etats-Unis. A présent, les djihadistes contrôleraient moins de 7% du territoire national, selon l’état-major irakien. Et ils sont également en recul en Syrie, où même leur «capitale», Raqqa, pourrait bientôt être menacée. C’est dire qu’une victoire militaire sur le groupe terroriste semble de plus en plus plausible. Cela n’aura évidemment pas échappé à son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, et à ses lieutenants. Quelle stratégie préparent-ils pour l’après? Leur mouvement pourra-t-il y survivre? Et sous quelle forme?

Un piège tendu à l’Occident

Daech : origines et enjeux from IRIS on Vimeo.

«La défaite militaire, le leadership de Daech s’y prépare depuis très longtemps. La mutation est déjà entamée», affirme Kader Abderrahim, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur chez Eyrolles de Daech: histoire, enjeux et pratiques de l’Organisation de l’Etat islamique. Il note que le groupe djihadiste a essaimé au Moyen-Orient, en Afrique, en Europe et en Asie. «A mon sens, al-Baghdadi n’a jamais vraiment cru pouvoir vaincre une coalition internationale en Irak et en Syrie. Il s’agissait plutôt de tendre un piège aux Occidentaux, de faire en sorte qu’ils se focalisent sur un territoire constitué à partir des deux îlots symboliques de Raqqa et Mossoul, déployant une incroyable armada, tandis que des foyers de tension étaient attisés ailleurs dans le monde.»

La métamorphose planifiée

Son analyse rejoint le témoignage d’un ancien combattant de Daech interviewé sur WhatsApp en septembre par le quotidien britannique The Independent. Sous le pseudonyme de Faraj, celui-ci assurait que le leadership du groupe avait commencé à envisager l’éventualité d’une défaite dès août 2015, c’est-à-dire à l’apogée de ses conquêtes, alors que le califat autoproclamé contrôlait les villes de Ramadi (à 100 km de Bagdad) et de Palmyre (à 200 km de Damas). «Nos commandants ont commencé à dire que Daech vaincrait même s’il était défait en Irak et en Syrie», se souvient-il. Et ils prenaient des mesures concrètes pour développer des bases ailleurs dans le monde, notamment en Libye…

La mort du «califat»

Tout autre est l’analyse de Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève et qui vient de publier chez Erick Bonnier une mise à jour augmentée du Petit lexique pour comprendre l’islam et l’islamisme. «Le projet d’Etat islamique a échoué. Et il sera difficile de justifier en Libye ou ailleurs un soi-disant califat dont la direction est assurée par des Irakiens essentiellement. Ses combattants en majorité étrangers ont été chassés de Syrte, l’ancien fief des Kadhafi. Au Sahel également, le groupe a du mal à s’enraciner parmi les Touaregs. Il réussit mieux dans le Sinaï égyptien, où les djihadistes sont des Bédouins locaux. Mais ceux-ci n’hésiteront pas à changer d’affiliation si Daech perd son aura.» Bref, en se décentralisant, l’organisation court le risque de se désagréger.

Une perpétuelle réinvention

«La menace djihadiste ne va pas nécessairement diminuer», prévient Hasni Abidi, qui s’attend plutôt à une escalade de la violence, conséquence de la compétition à laquelle se livreront différents groupes terroristes pour tenter d’imposer aux autres leur leadership. «Mais on pourrait tout aussi bien assister à un retour en vogue d’Al-Qaida et de son réseau d’organisations franchisées.» En tout cas, pour le chercheur genevois, une chose est claire: la mouvance djihadiste saura se réinventer. «N’oublions pas que ce qui a fait la grande force de Daech, c’était de compter dans ses rangs d’anciens gradés de Saddam Hussein: des membres de l’ex-parti Baas, socialiste et laïque! Les idéologies changent, mais les combattants vont toujours là où la résistance est la plus prometteuse.»

Les volontaires du djihad

Il reste que Daech a offert en Syrie et en Irak un terrain d’entraînement à 40 000 combattants étrangers de plus de 100 pays, si l’on en croit l’estimation avancée ce mois-ci à Washington par le lieutenant général Michael Nagata, chargé de la planification stratégique au sein du Centre de lutte contre le terrorisme. Ceux-ci iront grossir les rangs de groupes radicaux dans les pays musulmans ou fomenter des attentats en Occident. «Cela prendra des années pour en venir à bout!»

Pour Kader Abderrahim, le terrorisme islamiste continuera à exister si on ne s’attaque pas aux causes profondes qui poussent des jeunes à s’y engager. «Notamment les accointances occidentales avec des régimes autoritaires, non seulement en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, mais surtout en Asie, où vit aujourd’hui la majorité des musulmans. Les Arabes ne représentent plus que 8% de l’islam. D’ici à 2060, la Chine sera le pays comptant le plus de musulmans au monde!»

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