Les Afghans se rendent aux urnes la peur au ventre

AfghanistanLes menaces des talibans et le climat d’insécurité ont pesé sur toute la campagne présidentielle, jusqu’au scrutin de samedi.

Des meetings d’Ashraf Ghani, candidat à sa propre réélection, ont été visés par des attentats.

Des meetings d’Ashraf Ghani, candidat à sa propre réélection, ont été visés par des attentats. Image: Keystone

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«C’est drôle, nous avons affaire à une élection sans campagne électorale!» À quatre jours du scrutin présidentiel, un responsable étranger en charge du dossier électoral à Kaboul ironise en haussant les épaules. Et pour cause: la période préélectorale aura été aussi tendue que monotone.

Les meetings politiques se tiennent derrière des murs antiexplosions, ou dans des bâtiments placés sous haute sécurité. Souvent, ils prennent la forme de discours sans grande effervescence, devant un parterre de responsables locaux venus de province pour apporter leur soutien officiel au candidat.

Dans les rues, la plupart des portraits des candidats ne sont affichés que depuis deux semaines… Et ils représentent surtout les principaux candidats: Ashraf Ghani, en lice pour sa propre réélection, et Abdullah Abdullah, son «CEO» – un titre à peu près équivalent à celui de premier ministre et qui fut inventé après le scrutin de 2014 pour sortir d’une crise politique, lorsque les deux rivaux refusèrent de reconnaître la victoire de l’autre.

L’élection, jusqu’à récemment, était même presque devenue un non-sujet. L’heure était aux négociations entre délégations américaine et talibane qui, depuis près d’un an, tentaient d’arriver à un accord. Celui-ci devait favoriser un dialogue entre le groupe armé et le gouvernement afghan, ce qui aurait probablement repoussé l’échéance électorale. Ce n’est que lorsque le président américain Donald Trump mit brutalement fin aux négociations, le 7 septembre, que l’élection revint au goût du jour.

L’escalade de la violence ces dernières semaines a aussi découragé la plupart des candidats à faire campagne. Dès l’annonce de l’élection, les talibans ont promis qu’ils entraveraient le scrutin et ils ont exhorté la population à se tenir éloignée des bureaux de vote. Fin juillet, le candidat à la vice-présidence Amrullah Saleh a échappé de peu à un attentat suicide. Des bureaux de campagne et meetings d’Ashraf Ghani ont été ciblés par des attentats dans au moins trois provinces du pays. À ces attaques s’ajoutent des attentats meurtriers contre des cibles qui ne sont pas directement liées à la campagne, mais qui alimentent le climat d’insécurité généralisée.

Meetings «virtuels»

Face aux menaces, le président-candidat a ainsi axé sa campagne sur les réseaux sociaux, s’affichant sur Instagram et organisant des meetings électoraux via Skype… Des «meetings virtuels» inédits dans ce pays où la couverture internet est aléatoire. Le quartier général de sa campagne, à Kaboul, s’étend jusque dans un ancien parking souterrain transformé en gigantesque call center où s’affairent des dizaines bénévoles. «De 8 heures à 22 heures, nous appelons des électeurs… Nous recevons aussi des appels de curieux qui veulent en savoir plus sur le programme d’Ashraf Ghani», explique Ahmad, venu de la province du Helmand où sévissent les talibans, pour prêter main-forte à son candidat préféré: «Un progressiste qui pense au futur du pays, donne de l’espoir aux jeunes et ne veut faire aucune concession avec les extrémistes.»

Ce système de campagne «à distance» donne l’impression d’un fonctionnement à l’américaine. Justement, la plupart des bénévoles qui occupent des postes à responsabilités sont de jeunes membres de la diaspora, qui ont mis leurs carrières entre parenthèses pour soutenir la campagne d’Ashraf Ghani. Venus de Chicago, de Californie ou encore de Berlin, ils sont avocats, consultants ou gérants de restaurants. Zaki, 31 ans, a grandi aux États-Unis et n’est venu pour la première fois en Afghanistan qu’il y a six ans. «Mes parents étaient contre mon voyage dans ce pays dangereux, mais j’ai insisté pour venir. C’est comme si je renouais avec mon identité», assure-t-il.

Peu motivés

Les électeurs ont donc le choix entre un candidat qui se veut moderne et connecté, et d’autres plus traditionnels qui surfent sur des thèmes comme la sécurité et le respect des valeurs conservatrices. Mais peu inspirés par cette campagne tardive, inquiets de possibles violences électorales, et anticipant des fraudes massives, peu d’Afghans disent compter aller voter samedi. Au volant de son taxi, Obaidullah, 28 ans, est catégorique: «Je n’ai aucune envie de périr dans un attentat en faisant la queue à un bureau de vote, pour une élection qui est jouée d’avance à cause des fraudes!»

Créé: 25.09.2019, 22h26

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