«L’indépendance du Qatar est la vraie raison de la crise dans le Golfe»

Moyen-OrientLe 5 juin 2017, les voisins du petit émirat l'accusaient de soutenir le terrorisme et décrétaient un blocus. Entretien avec Ali al-Mansouri, ambassadeur qatari à Genève.

Ali al-Mansouri, ambassadeur qatari à Genève.

Ali al-Mansouri, ambassadeur qatari à Genève. Image: Maurane Di Matteo

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Il y a un an, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Bahreïn et l’Egypte décidaient de rompre leurs relations avec le Qatar. Ali al-Mansouri, ambassadeur qatari à Genève, en tire un premier bilan et appelle à une sortie de crise.

Pourquoi le Qatar a-t-il été visé par un blocus de ses voisins?
Différentes accusations ont été portées à notre encontre: ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays, soutien et financement du terrorisme, relations avec l'Iran et les Frères musulmans ou coopération militaire avec la Turquie. Mais nous pensons que notre indépendance et notre politique sont la vraie raison de cette crise.
Les progrès du Qatar en ont peut- être été une autre raison. Les grands pays n’admettent pas qu’un plus petit prenne de l’influence. Le Qatar a été un acteur international actif à travers l'utilisation claire, publique et transparente des mécanismes internationaux pour essayer de rassembler les peuples, d'instaurer la paix, de fournir de l’aide humanitaire et de l’aide au développement.
Et puis, il y a une divergence de vue sur le soutien aux révolutions du printemps arabe. Certains aspirent au changement et d’autres le considèrent comme une menace. Ils sont prompts à décrire quiconque s’oppose à eux comme des terroristes. Or, les pays du blocus n'ont pas réussi à prouver l’accusation de terrorisme lancée contre le Qatar. Celui-ci a été à l'avant-garde des pays qui se sont dressés contre le terrorisme en tant qu'acteur clef dans la coalition internationale. En effet, notre pays abrite la base aérienne américaine d'al Udeid d’où la coalition bombarde les sites du groupe Etat islamique.

Une mission des Nations Unies s'est rendue au Qatar en novembre dernier pour évaluer l'impact de la crise sur les droits de l'homme. Que pensez-vous de son rapport?
Ce rapport est la première évaluation neutre et objective de la part des Nations Unies. En particulier, il confirme que les mesures ciblant les individus sur la base de leur nationalité qatarie ou affiliation à l'État du Qatar peuvent être qualifiées de mesure disproportionnée et discriminatoire. Cela constitue, à notre avis, une violation des droits de l'homme par les pays du blocus. Le rapport a souligné dans une conclusion très importante que «l'impact économique considérable de la crise prend la dimension d'une guerre économique, avec des pertes financières importantes pour l'État, les entreprises et les individus, et la confiance des investisseurs s'érode». Il affirme aussi que cet état de fait risque d'affecter durablement les victimes, en particulier celles qui ont souffert de la séparation de leur famille, de la perte d'un emploi ou qui ont été exclues de l'accès à leurs avoirs. Le rapport a également souligné l'approche du Qatar pour faire face à la crise et ne pas céder aux propos des agences de presse des pays du blocus à son encontre.

Qu’a entrepris le Qatar au niveau des organisations internationales basées à Genève?
La Mission permanente de l'État du Qatar à Genève a agi pour contester les abus et les violations commises par les pays du blocus. Au niveau du Conseil des droits de l'homme, la Mission permanente a dénoncé les faits liés aux violations des droits de l'homme qui ont accompagné le blocus et les mesures coercitives unilatérales. Dans ce même but, la Mission permanente a été en contact régulier avec le Haut-Commissaire aux droits de l'homme. Celui-ci s'est déclaré préoccupé par l'impact négatif de ces mesures. Neuf titulaires de mandat ont adressé des lettres conjointes le 18 août 2018 à l'Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et à Bahreïn afin d’enquêter sur les violations commises par ces pays dans le cadre des mesures prises contre l'État du Qatar. Le Qatar a aussi déposé deux plaintes contre l'Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis devant le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale.
L'État du Qatar a aussi déposé une demande pour consultation avec ces trois pays voisins au sein de l’OMC à cause de la violation d’une série d’accords commerciaux. L’OMC a donné son accord pour la création d’un comité d’arbitrage en vue de statuer sur notre plainte.

Quelles sont les dispositions prises par l'État du Qatar visant à diminuer l’impact des mesures prises à son encontre?
Un plan de diversification de l’économie a été mis en place. Parmi ces mesures, l’inauguration du port de Hamad, l’un des plus grands du Moyen-Orient, vise à promouvoir le secteur des services commerciaux. De même, de nouvelles routes aériennes ont été ouvertes.
Après l’impact négatif du blocus sur l’importation des biens de nécessité - en particulier les produits alimentaires et les médicaments - et le retrait des fonds financiers des banques qataries, Doha a procédé à l’ouverture de nouvelles routes commerciales. Les banques sont aussi alimentées par des fonds étatiques pour aider au développement de la production de certains produits de base.
À long terme, il est vraisemblable que l’économie nationale en bénéficiera, et l’investissement sera renforcé par l’augmentation de la production de gaz liquéfié à côté de la promotion des investissements étrangers par l’introduction de nouvelles lois comme la loi de la résidence permanente et la législation autorisant la pleine propriété aux étrangers.

Comment cette crise pourrait-elle se régler?
Nous croyons que la seule solution passe par des pourparlers tout en confirmant la nécessité de respecter la souveraineté et l’indépendance de chaque Etat et en fournissant toutes les garanties pour éviter de nouvelles crises à l’avenir. La médiation du Koweït est à ce titre très importante, de même que l’aide des États-Unis.
L’entêtement des pays du blocus à ne pas vouloir trouver un règlement rapide à cette crise aura des effets néfastes sur la stabilité de la région tout en réduisant tous les efforts consentis par la communauté internationale pour combattre le terrorisme, l’extrémisme et le fanatisme.
Dans l’immédiat, nous voulons trouver une solution pour les familles séparées et les obstacles auxquels font face les citoyens qataris qui veulent accomplir leur pèlerinage dans les lieux saints en Arabie saoudite. (TDG)

Créé: 06.06.2018, 14h30

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