L’embargo contre le Qatar a un an

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Le conflit qui oppose le Qatar à ses voisins est entré dans sa deuxième année. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), Bahreïn et l’Égypte se sont efforcés, sans beaucoup de succès, d’isoler Doha en l’accusant de «soutien au terrorisme».

Il est désormais connu que cette crise a été déclenchée par une cyberattaque lancée par les EAU, qui visait le changement du régime. Il est devenu clair pour les observateurs que l’Arabie saoudite n’a jamais accepté la réussite du petit émirat sur le terrain de la communication régionale à la fois politique et religieuse.

Un an après la mise en œuvre d’un embargo terrestre rigoureux assorti de diverses mesures de boycott, la détermination des deux camps n’a pas évolué. Pour leur part, les Occidentaux, dont la Suisse, sont demeurés dans une prudente neutralité.

Du côté des pays du blocus, la sensation d’avoir perdu la bataille de l’image et de faire face à une résistance aussi coriace qu’inattendue n’a fait qu’enflammer les esprits. Il est difficile de comprendre que la tension et les motivations persistent malgré le coût très élevé de cette crise sans précédent. En effet, le conflit s’enlise et les chances de survie du Conseil de coopération du Golfe et de la Ligue arabe sont désormais limitées. En plus, la crise a brisé les liens de confiance et créé des animosités entre les peuples. En janvier dernier, un rapport de l’ONU mettait en avant une série d’atteintes aux droits et libertés fondamentaux liées à cette crise.

La semaine dernière, le Ministère qatarien de l’économie a ordonné le retrait sur l’ensemble du territoire de tous les produits provenant des pays du blocus. Aujourd’hui, l’économie du Qatar semble bien résister et le pays a mobilisé ses richesses pour amortir le choc et les attaques sur son système financier, et il semble avoir sécurisé les approvisionnements alimentaires. En outre, dans son rapport publié au mois de mars dernier, le FMI affirmait que l’impact du blocus a été limité et que les fondamentaux macroéconomiques du pays restent solides. Néanmoins, le blocus a eu des effets négatifs dans les secteurs de l’immobilier, du tourisme et du transport aérien.

Pendant la même période, les adversaires du Qatar, qui étaient en difficulté en raison du recul des prix du pétrole, ont eux-mêmes subi des pertes du fait de la crise. Les pays occidentaux ont profité de la crise pour signer de juteux contrats militaires avec les deux parties. Ainsi les accords historiques d’armement se chiffrent en centaines de milliards et ce sont les générations à venir qui vont payer le prix. Au milieu de ce ravage, certains responsables se comportent comme des chefs de tribu qui paient pour être protégés.

En même temps, la crise a favorisé l’émergence d’un nouvel axe diplomatique entre le Qatar, la Turquie et l’Iran, qui a de l’influence sur la scène internationale. D’un autre côté, Oman et le Koweït semblent s’aligner de plus en plus sur la position qatarienne. L’émir du Koweït a déclaré que le Qatar faisait face à des exigences que son pays lui-même n’aurait pas acceptées. Il avait affirmé devant Donald Trump «qu’une solution militaire avait été envisagée au début du conflit» et que sa médiation «a empêché une escalade militaire».

Les pays du blocus, alliés des États-Unis, ont d’énormes difficultés à convaincre leurs propres populations de leur légitimité sur le plan national et leur choix de suivre Donald Trump dans sa logique seul contre tous. Et le Congrès américain a rappelé unanimement à Trump qu’il ne pouvait mener une guerre sans son accord.

Les investissements des pays du Golfe, Qatar en tête, sont énormes en Suisse. Par conséquent, elle a tout intérêt à offrir ses bons offices pour trouver une solution durable à cette crise. (TDG)

Créé: 14.06.2018, 09h13

Anouar Gharbi, Conseil de Genève pour les affaires internationales et le développement


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