Le monde en 2016? Hillary, l'UE et la Syrie

Prospective 3/6L’ex-first lady pourrait devenir cette année la première présidente des Etats-Unis.

Hillary Clinton, âgée de 68 ans, aborde en position de force les caucus de l’Iowa le 1er février. Un sondage publié à la fin décembre par l’institut Gallup révèle d’autre part qu’elle est la femme la plus admirée des Américains.

Hillary Clinton, âgée de 68 ans, aborde en position de force les caucus de l’Iowa le 1er février. Un sondage publié à la fin décembre par l’institut Gallup révèle d’autre part qu’elle est la femme la plus admirée des Américains. Image: AP

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Elle rêvait d’être la femme de 2008, mais avait été éliminée cette année-là de la course à la Maison-Blanche par Barack Obama. Hillary Clinton a fermement l’intention de rattraper le temps perdu en 2016 en devenant la première femme présidente des Etats-Unis le 8 novembre prochain. L’investiture démocrate lui semble promise lors de la convention de son parti le 28 juillet à Cleveland dans l’Ohio, malgré la concurrence tenace de Bernie Sanders, le sénateur du Vermont. Quant au Parti républicain, il entame 2016 en cherchant nerveusement une alternative à Donald Trump et à ses provocations.

Hillary Clinton, âgée de 68 ans, aborde en position de force les caucus de l’Iowa le 1er février, qui lancent traditionnellement le processus d’investiture aux Etats-Unis. Un sondage publié à la fin décembre par l’institut Gallup révèle qu’elle est la femme la plus admirée des Américains. Elle a aussi largement dépassé la barre des 100 millions de dollars qu’elle s’était fixée pour financer sa campagne pour les primaires démocrates cette année. Lors du dernier trimestre de 2015, l’ancienne secrétaire d’Etat a levé 37 millions de dollars. «Grâce à des centaines de milliers d’Américains qui se sont rassemblés et ont donné des ressources à cette campagne historique, nous nous rendons dans l’Iowa et le New Hampshire (ndrl: le deuxième Etat américain à se prononcer pour l’investiture le 9 février) avec les ressources nécessaires pour avoir du succès», a affirmé le 1er janvier Robby Mook, le directeur de la campagne de Hillary Clinton.

Toutefois, pour la favorite démocrate, 2016 sera probablement une année plus difficile qu’elle ne l’aurait espéré. Depuis qu’elle a annoncé en avril 2015 son intention de briguer la succession de Barack Obama, l’ancienne secrétaire d’Etat a passé des mois compliqués. Elle a dû se défendre et finalement s’excuser d’avoir utilisé un serveur personnel pour ses courriels officiels lorsqu’elle dirigeait la diplomatie américaine entre 2009 et 2013.

Le boulet libyen

Après un été 2015 mouvementé marqué par l’émergence de Donald Trump chez les républicains et la popularité croissante de Bernie Sanders, le sénateur qui promeut un programme socialiste, Hillary Clinton a réussi à stabiliser sa campagne en comparaissant notamment avec assurance devant la Commission Benghazi le 22 octobre. Ce jour-là, elle a répondu pendant onze heures aux questions de cette commission d’enquête contrôlée par les élus républicains de la Chambre des représentants.

But avoué de ces derniers: faire la lumière sur l’attaque qui a coûté la vie à quatre Américains le 11 septembre 2012 à Benghazi, en Libye. But inavoué des conservateurs: tenter d’affaiblir au maximum une candidate qui sera difficile à battre pour la Maison-Blanche en novembre.

Barrière historique

Dans un sondage Rasmussen publié à la fin de décembre, Hillary reste au coude à coude avec Donald Trump. Et pour réaliser son rêve de présidence, l’épouse de Bill Clinton va également devoir surmonter une barrière historique. Depuis 1951, le parti qui a contrôlé la Maison-Blanche pendant deux mandats, n’a réussi qu’une seule fois à la conserver pour un troisième. «L’évolution démographique des Etats-Unis joue néanmoins en faveur de Hillary», estime Cary Covington, professeur associé de sciences politiques à l’Université d’Iowa. «Les républicains ont des problèmes lors de l’élection présidentielle lorsque le taux de participation atteint ou dépasse les 60%. Leurs espoirs reposent sur les électeurs blancs, dont la proportion diminue aux Etats-Unis.»

La clé du vote afro et latino

En 2012, Mitt Romney a remporté la même proportion de l’électorat blanc que George W. Bush lorsque celui-ci avait été élu président en 2000 et 2004, mais Romney a perdu contre Obama. L’analyste conclut: «Cette année, les républicains doivent remporter une proportion importante de l’électorat afro-américain et hispanique pour avoir une chance de gagner l’élection présidentielle. Or, la probabilité qu’ils y parviennent est très faible.»


Les rendez-vous du monde en 2016

8 janvier 20e anniversaire de la mort de François Mitterrand, président de la République française de 1981 à 1995.

25 janvier Reprise des négociations de paix en Syrie à Genève.

1er février Première consultation de la primaire républicaine et démocrate dans l’Iowa.

26 février Législatives en Iran.

1er mars Connexions des bases UE et Interpol sur les contrôles aux frontières.

Mars Mission européenne d’exploration ExoMars.

Printemps Référendum sur la réforme constitutionnelle en Italie.

Printemps Référendum révocatoire du président vénézuélien Maduro par la majorité d’opposition au parlement.

Mai Régionales en Ecosse.

20 mai Instauration du paquet de cigarettes neutre en France.

Juin Possible référendum sur le «Brexit».

25 juillet Journées mondiales de la jeunesse 2016 à Cracovie en Pologne.

Septembre Législatives en Russie.

Octobre Exemption de visas UE pour les Turcs. Réadmission de migrants par Ankara.

8 novembre Elections américaines.

20 et 27 novembre Primaire à droite en France.

Décembre Fin du mandat du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon.

Créé: 06.01.2016, 13h21

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Les Britanniques au bord du schisme

«Je crois que 2016 sera l’année où nous concrétiserons quelque chose de vraiment vital, à savoir changer
fondamentalement les relations du Royaume-Uni avec l’UE et répondre enfin aux inquiétudes des Britanniques sur notre appartenance à l’UE.» C’était le 18 décembre à Bruxelles. S’exprimant au terme du dernier sommet européen de l’année, le premier ministre britannique David Cameron laissait entrevoir ses intentions. Alors qu’il s’est engagé à faire voter ses concitoyens au plus tard d’ici à la fin de 2017 sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne (UE), il pourrait organiser dès 2016 le fameux référendum sur le «Brexit» (British exit, sortie de la Grande-Bretagne).

Fin tacticien, David Cameron s’est bien gardé de donner une date, mais, selon des rumeurs jamais démenties relayées par le Times, le scrutin pourrait se tenir en juin.

Le paradoxe dans toute cette affaire est que le premier ministre conservateur est un farouche opposant du «Brexit» mais qu’il pourrait devenir l’homme par qui Londres a divorcé de Bruxelles.

Pour bien comprendre l’enjeu de ce scrutin évidemment historique, un petit retour en arrière s’impose. Lorsque, voici près de trois ans, David Cameron lance l’idée de la tenue d’ici à 2017 d’un référendum, il n’a qu’un objectif: calmer l’aile eurosceptique de son parti et enrayer la montée en puissance du parti europhobe Ukip (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni) de Nigel Farage, qui milite pour le «Brexit».

Réélu en mai dernier après la victoire aussi inattendue que totale de son parti, il tient sa promesse: pour la première fois depuis l’entrée de leur pays dans l’UE (à l’époque CEE), en 1973, les Britanniques seront appelés à se prononcer sur leur maintien ou non dans le club.

Toutefois, avant de convoquer les électeurs, le premier ministre s’est engagé à négocier avec les 27 partenaires d’importantes réformes sur le fonctionnement de l’UE qui rendraient un «Brexit» inutile. Parmi ces réformes, il veut un changement des règles encadrant la zone euro, dont son pays ne fait pas partie, ainsi que sur les questions de compétitivité et de souveraineté. Mais, surtout, pour calmer un électorat de plus en plus inquiet, il demande des mesures pour «mieux maîtriser» l’immigration en provenance du reste de l’UE, en particulier d’Europe de l’Est, comme de pouvoir priver les citoyens européens de prestations sociales pendant leurs quatre premières années sur le sol britannique. Autant d’exigences qui vont à l’encontre des principes mêmes de la libre circulation et des valeurs européennes.

On devrait savoir au prochain sommet européen de février si Londres et ses 27 partenaires ont dégagé les indispensables compromis. «Ce sera un travail très difficile», a reconnu Cameron lui-même. Le suspense reste entier.
BERNARD BRIDEL

La Syrie, un brasier difficile à éteindre

Le bilan en 2015 est terrifiant. Et 2016 ne présage guère d’espoir. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, 260'000 Syriens sont décédés depuis la révolution d’abord pacifique de 2011. Le président Bachar el-Assad, tortionnaire de son peuple, l’a voulu ainsi. Appuyé par l’Iran et le Hezbollah libanais, il a réussi à se maintenir au pouvoir. Au prix de la torture à mort de ses opposants; des crimes documentés par le photographe César; d’un exode sans fin de son peuple (au moins 40 % de la population de la Syrie, soit 7,6 millions de personnes, sont déplacés internes et plus de 4 millions sont réfugiés à l’étranger); de lourdes pertes dans les rangs des civils, de l’armée et des milices qui la combattent. Par ailleurs, les villes et quartiers de la résistance sont désormais des ruines et le patrimoine du pays, notamment archéologique et architectural, a été détruit ou pillé. Au sortir de la guerre, la liste des crimes du régime sera longue: utilisation d’armes chimiques, barils explosifs jetés sur des civils, tortures et enlèvements, etc

Cette stratégie a aussi largement contribué à l’installation durable du groupe Etat islamique (Daech) dans la région. Déjà renforcés par les anciens cadres de Saddam Hussein en Irak, les djihadistes ont trouvé dans ce décor d’apocalypse un terrain favorable pour mettre des populations sous leur coupe, mener leur guerre barbare et prospérer en vendant le pétrole syrien sur le marché noir. Avec l’escalade des tensions entre l’Arabie saoudite, qui veut se débarrasser du dirigeant alaouite régnant sur une majorité sunnite, et l’Iran, qui soutient son allié – appartenant à une branche du chiisme, le feu guerrier en Syrie paraît bien difficile à éteindre.

Des négociations de paix doivent se dérouler à Genève à la fin du mois. Mais le contexte pourrait bien remettre sine die cet improbable dialogue cherchant une issue politique à la crise. D’autant que Moscou, soutien du régime syrien,et Washington, soutien de l’opposition, jouent eux aussi aux marionnettistes avec l’Iran et l’Arabie saoudite, leurs alliés respectifs dans la région.

Et les Syriens dans tout ça? Certains, réfugiés de fraîche date dans des pays qui auront bien voulu les accueillir, vivront sans la guerre. Malgré la montée des populismes en Europe qui en faitdes boucs émissaires. Malgré le déracinement, toujours douloureux,les conditions précaires de l’immigré et la famille laissée derrière. La Syrie, dernier tombeau des espoirs du Printemps arabe, en cette année 2016.
OLIVIER BOT

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