Un mariage princier et un enterrement

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Que les fastes du mariage du prince Harry et de Meghan Markle puissent intéresser les Britanniques, soit. Encore qu’un sondage YouGov vienne tempérer cet engouement: six personnes interrogées sur dix se déclaraient peu ou pas intéressées par l’événement. Mais peu importe. Qu’il se trouve sur le reste de la planète des millions de gens à avoir regardé les noces de celui qui n’est que le sixième prétendant dans l’ordre de la succession au trône laisse rêveur. Oui, rêveur. C’est bien sûr un joli conte de fées avec carrosse, uniformes, robes de couturier et bibis que la monarchie aura servi aux télévisions du monde. Une ode au luxe et à l’oisiveté dans un pays où le fossé entre riches et pauvres se creuse toujours plus.

Un rien désuet, aussi lisse qu’un vieux Disney, ce mariage est une production des studios Windsor

Un rien désuet, aussi lisse qu’un vieux dessin animé Disney, ce mariage est une production des studios Windsor au budget de 40 millions de francs et au casting un peu has been. Il est censé redorer le blason de la famille royale, terni par la froideur de la reine à l’annonce du décès de la princesse Diana, l’infidélité du prince Charles, les sorties de Sarah Ferguson et les nuits chahutées d’un prince Harry photographié en uniforme nazi.

Avec un beau-père en faillite écarté des noces, une demi-sœur qui vomit la mariée, sans parler des cousins éloignés qui ont cherché à monétiser leur parentèle, la famille Markle a fourni ce qu’il faut de miniscandales aux tabloïds qui divertissent les Anglais. Si le palais et les commentateurs veulent nous faire croire que la monarchie a changé en accueillant parmi les siens une actrice de séries américaines métisse, catholique, divorcée, ce n’est qu’une demi-vérité. C’est en effet Meghan qui devra s’adapter. Son stage de reconversion a déjà commencé. Et il est certain que ce mariage ne changera rien aux discriminations touchant les minorités de couleur en Grande-Bretagne, quoi qu’en disent les journaux.

Avant les épousailles, Meghan a été prise en main par le service du protocole afin de lui inculquer usages et bonnes manières de rigueur chez les Windsor. Ce que l’on sait moins, c’est qu’elle a été priée de renoncer à sa religion pour se faire baptiser anglicane. Elle a aussi dû mettre fin à sa carrière professionnelle pour devenir duchesse. Le palais a également fermé ses comptes sur les réseaux sociaux et soigneusement effacé vidéos et photos de sa précédente vie. Bref, la jeune femme a bel et bien sacrifié sa liberté pour pouvoir épouser son prince. Ce que plusieurs prétendantes avant elle avaient refusé de faire, reculant devant cette promesse d’enterrement de première classe. Il faut avoir mangé des scones servis sur une assiette kitsch à l’effigie d’Élisabeth II pour comprendre l’attachement viscéral d’une majorité des Britanniques à leur reine. Les plus vieux d’entre eux n’ont connu qu’elle. Ses obsèques auront une autre portée que ce mariage, assurément. Car Élisabeth II est une figure historique. Ce que Harry et Meghan ne seront jamais.

À 92 ans, Queen Élisabeth a régné plus longtemps que la reine Victoria, connu huit présidents français et plus d’une dizaine de premiers ministres britanniques. Sa disparition sonnera sans doute le glas de la monarchie telle qu’elle l’incarne encore. Le Royaume-Uni, épuisé par le Brexit, qui coûte déjà 1100 francs au contribuable britannique, selon le gouverneur de la Banque d’Angleterre, perdra de son lustre. Et il n’est pas sûr qu’à l’avenir les sujets de sa Gracieuse Majesté soient enclins à débourser 55 millions de francs annuels pour assister aux noces d’un prince. (TDG)

Créé: 23.05.2018, 16h56

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