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Macron face à une élection imperdable

Le candidat d’En Marche!, rallié par tous, peut-il échouer le 7 mai? Et sa dynamique sera-t-elle suffisante lors des législatives face aux partis revanchards?

Emmanuel Macron a récolté 23,8% des voix au premier tour.
Emmanuel Macron a récolté 23,8% des voix au premier tour.
Keystone

«Les clivages ne sont plus gauche-droite, mais ils s’appellent Europe, frontières et souverainisme. Et ils traversent tous les partis. Donc, les réserves de voix sont partout!» L’historien et politologue Christian Delporte se prête au jeu de la projection pour le deuxième tour de la présidentielle, qui ne s’annonce pas si évident. Car Emmanuel Macron (23,8% des voix au premier tour) et Marine Le Pen (21,4%) doivent désormais rassembler et aller chercher des suffrages au-delà de leur socle originel pour espérer être élu président ou présidente de la République le 7 mai. «Les premières enquêtes montrent que 48% des «fillonistes» sont prêts à voter Emmanuel Macron. Mais ils sont aussi 33% à se reporter sur Marine Le Pen», explique le politologue, spécialiste de l’histoire politique de la France au XXe siècle.

«Le front républicain tout pourri se met en place contre les patriotes», a déclaré lundi matin Marine Le Pen, se faisant l’écho des appels d’une grande majorité de la classe politique à lui faire barrage. Les Républicains, de François Fillon à Alain Juppé, les socialistes, de Benoît Hamon à Manuel Valls, et jusqu’au chef de l’Etat, François Hollande, qui a solennellement annoncé qu’il voterait Emmanuel Macron, ont choisi leur candidat. Mais ces ténors de la politique ne sont pas propriétaires de leurs électeurs. D’autant que ce sont tous des perdants de la présidentielle actuelle, auxquels s’ajoute un président démissionnaire car empêché de se représenter par son impopularité. La mécanique du report de voix des électeurs semble donc pouvoir échapper à la logique habituelle.

48% des fillonistes vers Macron

Néanmoins, Emmanuel Macron apparaît comme largement favori. Une enquête Ipsos, réalisée dans la soirée du 23 avril, montre un report de voix qui évolue favorablement pour Emmanuel Macron. Au total, ce sont 62% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 48% de ceux de François Fillon et 79% de ceux de Benoît Hamon qui ont l’intention de voter pour lui. A l’inverse, on trouve certes 33% des fillonistes en faveur de Marine Le Pen, mais seulement 4% des électeurs de Benoît Hamon et 9% de ceux de Mélenchon qui se disent prêts à soutenir la présidente du Front national.

«La situation est plus ouverte qu’il n’y paraît, bien qu’Emmanuel Macron soit favori. Marine Le Pen va faire campagne sur l’Europe et l’identité française. En expliquant que ce n’est pas à l’étranger de définir ce que nous sommes. Or, dans le projet d’Emmanuel Macron, le redressement de la France passe par la renaissance du projet européen. Il devra être pédagogue», explique Stéphane Rozès, politologue et directeur de Cap, un institut qui conseille les politiciens.

Outre les abstentionnistes, Marine Le Pen peut espérer attirer les électeurs les plus farouchement antieuropéens de Jean-Luc Mélenchon – difficile néanmoins, car l’opposition au FN fait partie de leur ADN – et ceux de Nicolas Dupont-Aignan. Soit 4,73% des voix exprimées dimanche, qui ont de nombreux points communs avec celles en faveur du FN.

L’élection semble donc imperdable pour Emmanuel Macron. Sauf affaire ou révélation fracassante – le précédent Fillon incite à la prudence – le candidat d’En Marche! devrait être le prochain locataire de l’Elysée. «Je suis tout de même stupéfait de son discours de dimanche, qui avait déjà les accents de la victoire. Et les images de sa petite fête à la Rotonde de Paris. Il était un peu grisé. Mais attention à ne pas s’aliéner des Français», fait remarquer Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’Université de Lille. Ce vertige du péché originel, Christian Delporte le pointe également. «Le vote des insérés, des bien nantis, de ceux qui ont réussi, est acquis à Emmanuel Macron. Il faut qu’il aille maintenant chez les petits, dans les usines, chez les déshérités du système. Il n’y sera pas forcément bien accueilli, mais puisqu’il a dit vouloir être le président de tous, il doit montrer qu’il n’a pas peur du dialogue et qu’ils peuvent avoir confiance en lui», conseille Christian Delporte. Et de souligner que la volonté de changement va de pair avec une cohérence dans l’action, signe d’une probité politique.

Les législatives

Reste que ces interrogations sur le mécanisme de report des voix vont se poser à nouveau lors des législatives, les 11 et 18 juin. Que la plupart qualifient déjà de troisième et quatrième tours de la présidentielle. Avec quelle majorité pourra gouverner le futur président? Aujourd’hui, 80% de la députation de l’Assemblée nationale appartient au PS et aux Républicains (et à leurs alliés)… Comment vont se comporter les électeurs? Vont-ils liquider les partis ou au contraire revenir au bercail?

«Par exemple, il n’est pas exclu que de nombreux socialistes qui ont voté Macron par adhésion s’expriment pour le candidat PS de leur circonscription par fidélité. D’autant que le PS promet déjà une coopération constructive, mais depuis les idées de gauche», met en exergue Rémi Lefebvre. Le cas n’est pas anecdotique: 50% des électeurs de François Hollande du 1er tour de 2012 (28,6% tout de même) ont voté Emmanuel Macron en 2017. Les candidats mélenchonistes sont, eux, en guerre avec le Parti communiste, dont l’accord ne tient que pour la présidentielle et non pour les législatives.

Chez les Républicains, l’ambition est encore de se remobiliser pour tenter de gagner ces présidentielles bis et de peser sur l’Assemblée nationale, voire d’imposer une cohabitation. L’hypothèse n’est pas à exclure. Mais Christian Delporte pense que «les Français ne se déjugeront pas un mois après la présidentielle et donneront à Emmanuel Macron une majorité claire».

Stéphane Rozès fait de cette élection une lecture existentielle. «Il y a un phénomène Macron. Il est le premier depuis longtemps à parler positivement à la France. Nicolas Sarkozy avait une psyché de sauveur qu’il entretenait en nous renvoyant l’image d’un pays… à sauver, par lui évidemment. François Hollande est toujours dans le compromis, dans le soin au malade. Tous deux ont construit l’image d’une France malade. Macron dit: ce n’est pas vous le problème! C’est le système, je le connais: j’en viens. On va le changer en remettant en marche le génie français.» Stéphane Rozès voit les candidats d’En Marche!, et leurs alliés, composer une majorité pour gouverner la France.

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