Une libération renforce la contestation à Hong Kong

ProtestationL’opposant Joshua Wong est sorti lundi de prison, un jour après un revers cuisant pour le gouvernement.

Le jeune militant prodémocratie Joshua Wong, 22 ans.

Le jeune militant prodémocratie Joshua Wong, 22 ans. Image: Roman Pilipey

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«Bonjour le monde, et bonjour la liberté. Allez, Hong Kong, retire le projet sur l’extradition vers la Chine», a tweeté Joshua Wong dès sa libération lundi matin. Et il n’a pas fallu longtemps au militant pour saisir les micros tendus par les nombreux journalistes qui l’attendaient devant le centre pénitencier de Lai Chi Kok et pour tacler la cheffe prochinoise du gouvernement, Carrie Lam.

«Elle n’est plus qualifiée pour être la dirigeante de Hong Kong. Elle doit assumer ses responsabilités et démissionner», a asséné le jeune homme, en écho aux revendications portées par une marée humaine dimanche. Selon les organisateurs, près d’un Hongkongais sur quatre – soit près de deux millions de personnes – est descendu dans la rue pour réclamer le retrait du texte permettant au gouvernement central d’exiger de l’ex-colonie britannique qu’elle lui remette des personnes recherchées par la justice chinoise

En 2014, Joshua Wong appartenait au syndicat étudiant Scholarism, l’une des chevilles ouvrières du mouvement civique. Son assurance et son étonnante maturité pour ses 17 ans avaient capté l’attention des médias internationaux. C’est pour son rôle de meneur dans les manifestations qui avaient bloqué 79 jours durant le centre névralgique des affaires qu’il a écopé en avril dernier de 2 mois de prison. Les instigateurs de cette «révolte des Parapluies» ont, eux, été condamnés à des peines allant jusqu’à 16 mois d’incarcération. Hasard du calendrier ou geste de clémence des autorités pour faire redescendre la pression, le jeune militant a été relâché plus tôt que prévu.

«2 000 000+1 de manifestants», commentaient lundi des manifestants sur les réseaux sociaux, se félicitant de compter une nouvelle recrue de poids dans les rangs d’un mouvement de contestation différent de celui des «Parapluies»: plus large et diversifié, sans porte-voix identifié et porté par la force du désespoir.

En 2014, la protestation se limitait à bloquer les rues pour forcer le gouvernement à appliquer le suffrage universel promis lors de la rétrocession en 1997. Un échec.

Aujourd’hui, le mouvement, en apparence plus anarchique et sans réelle organisation formelle, semble frapper un peu partout. «On ne sait plus quoi faire pour se faire entendre, on essaie d’être inventif», explique Jenny, une opposante «désespérée» au texte.

Si les partis traditionnels d’opposition continuent d’appeler aux rassemblements dans la rue, de nouveaux types d’action ont aussi vu le jour: pétitions à foison, grève de la faim, appel à boycotter les entreprises soutenant le texte polémique, appel à la grève, etc.

Ces nouveaux modes opératoires sont pour certains à attribuer à Demosisto, le parti fondé par Joshua Wong et ses camarades lycéens dans le sillage des «Parapluies», ou à d’autres jeunes formations similaires favorables à l’autodétermination de la région semi-autonome chinoise, voire à son indépendance. Certains de ces «soldats des Parapluies» qui avaient été élus au Conseil législatif ont été disqualifiés sous des prétextes fallacieux. Et Demosisto s’est aussi vu interdit de briguer tout mandat électoral.

Miser sur l’international

Faute de pouvoir peser au parlement, Joshua Wong et son parti ont donc misé sur l’international: de Westminster au Sénat américain, en passant Bruxelles, le petit groupe se démène depuis plusieurs mois pour maintenir les projecteurs sur les libertés et l’autonomie supposées garanties à Hong Kong jusqu’en 2047.

Ces dernières semaines, ils ont aussi mené des actions coups-de-poing, mais sans jamais dire ouvertement qu’ils tiraient les ficelles. «Cette fois-ci, personne ne veut prendre le leadership publiquement, ils ont peur des conséquences», commente Antony Dapiran, avocat et écrivain basé à Hong Kong. Les manifestants sont très prudents, cachant leurs visages sous des masques chirurgicaux et ne prenant pas leur téléphone portable de peur d’être géolocalisés.

Des révélations sur la fuite de données personnelles par les autorités hospitalières sont venues étayer leurs craintes. Selon des documents officiels envoyés aux hôpitaux, un dossier «rassemblement de masse» à l’extérieur du parlement local a été créé, et des informations telles que nom, numéro de carte d’identité, sexe, âge et horaire d’admission de 76 patients ont pu être consultées par la police. «Un incident très grave», selon le député et médecin Pierre Chan.

Créé: 17.06.2019, 18h01

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