La libération de Nabil Karoui relance la présidentielle tunisienne

Tunisie À quatre jours du second tour, l’un des finalistes de la campagne, emprisonné depuis août pour des soupçons de fraudes fiscales, a été libéré.

Les observateurs de l'UE déplorent une «campagne du silence», l'un des candidats étant incarcéré et l'autre ayant décidé de cesser sa campagne.

Les observateurs de l'UE déplorent une «campagne du silence», l'un des candidats étant incarcéré et l'autre ayant décidé de cesser sa campagne. Image: Keystone

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Ultime rebondissement d’une campagne présidentielle jusqu’ici bien morne. Nabil Karoui (15,58% au premier tour) a été libéré mercredi. Il était emprisonné depuis le 23 août pour des soupçons de fraudes fiscales. Cette libération relance la campagne électorale à quatre jours du scrutin, alors que son concurrent, Kaïs Saïed (18,4%) avait annoncé qu’il ne participerait à aucun événement par principe d’équité.

«La Cour de cassation a cassé toutes les décisions suite à notre 5e recours. Tous les précédents avaient été rejetés», a expliqué son avocat Nezih Souehi, contacté par téléphone mercredi soir. L’homme attendait la libération de son client, qui reste accusé de fraude fiscale, devant la prison de La Monarguia avec son comité de défense, dans une joie affichée.

Jusqu’ici, c’est Salwa Smaoui, l’épouse de Nabil Karoui, qui avait remplacé le candidat de 56 ans, propriétaire de la chaîne privé Nessma. «Lorsque je suis allée voir Nabil en prison, je lui ai parlé de l’injustice qu’il vivait. Il m’a répondu: «Je ne suis pas seul. Tous les Tunisiens sont en prison. L’éducation est en prison», scandait-elle lors des meetings.

La bête médiatique

Malgré son emprisonnement, Nabil Karoui s’est imposé sur la scène politique: ses affiches en 4x3 le poing levé à la manière de Mandela sont visibles sur de nombreux axes routiers. Sa campagne a été menée par une équipe de professionnels issus de Nessma TV ou de la société publicitaire du candidat, Karoui & Karoui. Conférences de presse à chaque rejet de demande libération et communiqués de presse quotidiens: les moyens engagés révèlent une vraie machine de guerre.

Cela fait plusieurs années que Nabil Karoui a débuté sa campagne. En 2016, après la mort accidentelle de son fils aîné, l’amateur de cigares se met à parcourir le pays avec l’association Khalil Tounes, qui apporte une aide aux plus démunis. Tout cela sous l’œil des caméras de Nessma TV. De tendance libérale, Nabil Karoui a réussi à se forger une image d’homme proche du peuple et hors système. La stratégie fonctionne puisque son parti, Qalb Tounes (Au cœur de la Tunisie), créé au début de l’été, est arrivé second aux législatives de dimanche.

Le candidat discret

Kaïs Saïed porte aussi l’étiquette «hors système». Mais à l’opposé. Lors du premier tour, le professeur en droit constitutionnel a préféré le terrain – à travers des rencontres dans les cafés – plutôt que les plateaux télé. Ayant refusé le financement de l’État, il s’appuyait sur ses militants qui distribuaient des tracts, payés sur leurs fonds propres, où bon leur semblait, sans réelle organisation. Pour le second tour, il avait annoncé qu’il ne ferait pas campagne «pour des considérations morales afin d’éviter toute équivoque concernant l’égalité des chances entre les candidats». Très discret, il pourrait cependant changer de stratégie au vu de la libération de son concurrent.

Le candidat indépendant de 61 ans «n’a pas présenté de liste puisqu’il veut changer le parlement. Il faut rester cohérent», explique Ridha Chiheb El Mekki, un proche.

Kaïs Saïed porte un programme de refonte du parlement à travers l’élection d’élus locaux disposant de larges prérogatives. Si le juriste a des opinions conservatrices au niveau social, ses soutiens ne cessent de le répéter: «Kaïs Saïed, ce n’est pas une idéologie. C’est une méthode.»

Une méthode qu’il va devoir à présent défendre face à Nabil Karoui, véritable bête médiatique.

Créé: 09.10.2019, 19h54

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