Las de Netanyahou, Israël pourrait basculer à gauche

LégislativesLe premier ministre paraît usé après six ans au pouvoir. Le chef du Likoud n’arrive pas en tête dans les derniers sondages, dépassé par le Camp sioniste d’Yitzhak Herzog allié à Tsipi Livni.

Sur un panneau publicitaire tournant de Tel Aviv, le visage du premier ministre Benyamin Netanyahou fait place à celui de son opposant Yitzhak Herzog.

Sur un panneau publicitaire tournant de Tel Aviv, le visage du premier ministre Benyamin Netanyahou fait place à celui de son opposant Yitzhak Herzog. Image: AFP

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Omniprésent dans les médias, sur Facebook et sur le terrain, Benyamin (Bibi) Netanyahou a fait le forcing jusqu’au dernier jour pour battre le rappel de ses sympathisants. «C’est moi ou la gauche», répète-t-il. Mais rien n’y fait. Les sondages sont inexorablement défavorables à l’indéracinable icône de la droite, aux commandes du pays depuis six ans consécutifs. Les Israéliens vont élire demain une nouvelle Knesset, le parlement de l’Etat hébreu. Et Bibi espère y trouver une majorité pour arracher son quatrième mandat de premier ministre. Son parti, le Likoud, est crédité de 21 députés seulement (sur 120), contre 25 au Camp sioniste d’Yitzhak Herzog.

Agé de 54 ans, doté d’un physique d’éternel adolescent, toujours bien mis, la voix haut perchée, Herzog n’a pas le charisme d’Yitzhak Rabin ou d’Ehoud Barak, ses prédécesseurs à gauche, des travaillistes au glorieux passé militaire. Mais le candidat de l’opposition a eu un coup de génie en s’alliant avec Tzipi Livni, ex-chef du parti du centre Kadima, au prix d’une future rotation à la tête du gouvernement après deux ans. Ce tandem de la gauche modérée pourrait ouvrir la porte de l’ère «après-Bibi». Pour 45% de ses compatriotes, Benyamin Netanyahou demeure certes le plus apte à exercer le pouvoir, mais 41% des sondés font désormais confiance à Herzog (contre 19% en décembre). Si son parti sort en tête des urnes mardi, Herzog pourrait donc être désigné par le président de l’Etat afin de tenter de former la prochaine coalition gouvernementale.

Lien familial avec Moshé Dayan

Avec en principe onze formations au parlement et un scrutin proportionnel intégral, former une majorité de gouvernement, c’est toujours la quadrature du cercle en Israël. S’il gagne, le chef du Camp sioniste devra trouver un compromis avec les élus laïques, religieux et du centre, voire s’accommoder du soutien passif des députés arabes pour la première fois rassemblés sous la bannière d’une «Liste unifiée».

«Le casse-tête pour former un bloc de droite est tout aussi complexe, et le principal faiseur de rois sera le nouveau parti à vocation sociale Koulanou de Moshé Kahlon», prévoit le professeur Avi Diskin, un expert des sondages d’opinion. Bibi Netanyahou l’a bien compris: il a d’emblée offert le portefeuille des Finances au leader de centre droit, Moshé Kahlon.

Il reste qu’Herzog passe pour un grand maître des tractations épineuses, capable de forger des solutions originales pour entériner un consensus. Ex-colonel de la fameuse Unité 8200 des Renseignements de Tsahal, cet avocat d’affaires chevronné a dirigé divers ministères (Habitat, Tourisme, Affaires sociales, Diaspora) en vingt-cinq ans de carrière politique. A Tsahala, quartier chic de Tel-Aviv où il vit avec son épouse et leurs trois enfants, il a côtoyé les grands de la nation qui forcent le respect. A commencer par son grand-père, premier grand rabbin ashkénaze d’Israël, son oncle Abba Eban, premier chef de la diplomatie, son père Haïm, sixième président de l’Etat, ainsi que Moshé Dayan également lié à sa famille.

Il veut «resserrer l’alliance avec Washington, sortir Israël de l’isolement et déployer tous les efforts pour relancer le dialogue avec les Palestiniens».

«Bibi, tu es coupé des réalités»

Selon lui, tout accord de paix préservera le contrôle d’Israël sur les grands blocs d’implantations en Cisjordanie. Mais surtout, il promet «la justice sociale» et «des réformes structurelles» dans l’Education, la Santé et l’Habitat. C’est sa carte maîtresse, car il a d’emblée misé sur l’onde de choc provoquée par des centaines de milliers de manifestants descendus dans la rue à l’été 2011 pour soutenir «la révolte des tentes» contre la vie chère.

«Bibi, tu es coupé des réalités!» lui reprochent régulièrement les détracteurs du premier ministre, qui apparaît usé. Longtemps qualifié de «magicien» à cause de sa faculté à rebondir, à 67 ans, il apparaît vieilli et semble frappé d’ostéoporose politique. Les «princes» modérés du Likoud l’ont abandonné, et le parti s’est radicalisé. Ses compatriotes se disent surtout préoccupés par leurs difficiles conditions de vie. Mais le candidat de la droite israélienne a persisté à se présenter comme le garant de leur sécurité, axant sa campagne sur la menace du terrorisme et du nucléaire iranien.

Pour glaner des suffrages, il s’est même exprimé devant le Congrès américain. Pire: il a multiplié les faux pas. Dans un clip, cet adepte du libéralisme économique a osé comparer des ouvriers en grève menacés de licenciement au Hamas. Sa morgue a d’autant plus choqué l’opinion qu’il a donné avec son épouse Sarah l’image désastreuse d’un couple corrompu, se gobergeant dans le luxe, à la suite d’un sévère rapport du contrôleur de l’Etat publié récemment.


La cherté de la vie au cœur de la campagne

Sans surprise, Benyamin Netanyahou a systématiquement agité l’épouvantail sécuritaire pour s’imposer dans les urnes, demain. Mais il a ignoré qu’une grande majorité de ses compatriotes se préoccupent avant tout des difficiles conditions de vie du quotidien en Israël. Le pays appartient à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et se flatte d’être «l’Etat start-up» qui a drainé 75 milliards de dollars d’investissements étrangers en 2012. Il table sur une croissance de 3,3% cette année, avec un produit intérieur brut annuel de 38 000 dollars par habitant, et seulement 5,9% de chômage. Mais ces chiffres flatteurs cachent une autre réalité: un Israélien sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, tandis que les comptes en banque de nombreux habitants sont «dans le rouge chronique». En outre, les prix de l’immobilier se sont envolés, doublant en termes réels durant «les années Netanyahou». Pour les jeunes couples, le rêve d’habiter un quatre-pièces avec une chambre pour l’enfant s’éloigne. Ils doivent y consacrer 147 mois de salaire moyen, contre 76 en France, par exemple. Dans le même temps, les loyers et le coût de la vie flambent tandis que le pouvoir d’achat stagne.

Des centaines de milliers de manifestants sont descendus dans la rue en juillet 2011 pour dénoncer la cherté de la vie. L’atmosphère délétère de scandales de corruption à répétition et «le pillage» des magnats de la finance ont attisé la colère. Des réformes sont promises, mais la coupe est pleine.

En septembre, Naor Narkiss découvre ainsi que le «Milky», un yoghourt chocolaté très apprécié en Israël, coûte trois fois moins cher à Berlin. Sa photo fait le «buzz». Tout est accessible dans la capitale allemande: les produits de base, les loyers, l’éducation, les vêtements. On peut même épargner pour l’avenir. Quelque 20 000 Israéliens s’y sont installés comme lui. Au risque de se faire qualifier de «traître», 70 ans après la Shoah, Naor Narkiss a appelé ses compatriotes à le rejoindre. «Bibi, pour nous inciter à rester en Israël, il faut changer la vie ici!» dit le jeune révolté. O.D.

Créé: 16.03.2015, 07h30

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