«Être jeune et femme en politique, c'est un double crime au Kosovo!»

PortraitÀ 37 ans, la députée Vjosa Osmani est la première présidente du parlement, dans cet État né il y a douze ans exactement.

En quatorze ans de carrière, Vjosa Osmani s'est forgée une place sur la scène politique kosovare.

En quatorze ans de carrière, Vjosa Osmani s'est forgée une place sur la scène politique kosovare. Image: Marion Dautry

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«Juste après la guerre, j'espérais ne pas trop m'impliquer dans la politique», assure Vjosa Osmani, deux semaines après avoir pris ses nouveaux quartiers à la présidence du parlement du Kosovo. On peine à la croire, alors qu'elle répond avec l'assurance d'une politicienne aguerrie. Les mots coulent, choisis avec précision et expérience, prononcés d'une voix ferme. À l'heure où l'ancienne province serbe célèbre ce lundi son douzième anniversaire, elle est un défi permanent à cette société encore très patriarcale.

En quatorze ans de carrière, la petite femme aux épais cheveux noirs et bouclés s'est forgé une place sur la scène politique kosovare malgré deux obstacles majeurs: «Être jeune et femme est comme commettre un double crime!» dit-elle avec un soupir. Cela ne l'a pas empêchée d'être la première à briguer le poste de premier ministre lors de l'élection d'octobre 2019, dans laquelle elle a mené la Ligue démocratique du Kosovo (LDK).

Fille d'activiste et gagnante

Alors que les partis traditionnels s'effondrent, la LDK arrive deuxième et forme une coalition avec le vainqueur du scrutin, Vetevendosje. Vjosa Osmani, elle, brise une nouvelle fois le plafond de verre en devenant la première femme à présider le parlement.

Née en 1982 à Mitrovica dans le nord du Kosovo, alors encore une province serbe, elle se rappelle les réunions secrètes organisées par son père, activiste pro-indépendance. Le conflit sanglant de 1998-1999 s'achève par l'intervention de l'OTAN et le retrait de l'armée serbe. Après une décennie de tutelle internationale, le Kosovo proclame son indépendance le 17 février 2008.

La diaspora diplômée

Entre-temps, Vjosa Osmani est partie aux États-Unis, à Pittsburgh, et y obtient un master et un doctorat en droit. Des bancs de l'université, elle apprend la confiance en soi, indispensable pour résister à la pression de la scène politique kosovare. Elle s'y lance à l'appel de son professeur, Fatmir Sejdiu, choisi pour présider le pays en 2009.

La guerre est «entièrement à l'origine de [son] engagement». «Grandir dans un environnement où d'horribles violations des droits humains sont commises chaque jour vous construit comme une personne qui veut faire en sorte que cela n'arrive plus jamais. À quiconque», affirme-t-elle.

Booster les femmes

Au sein de la LDK, elle compose avec l'ancienne garde plus conservatrice. En tant que présidente de l'assemblée, elle prend soin d'adopter un discours conciliant, notamment envers la nouvelle opposition. Avec des limites: elle ne travaillera qu'avec les députés qui «n'ont pas de problèmes avec la loi». Surtout, elle prend soin de répéter son engagement pour l'égalité des sexes, qu'on lui a trouvé trop faible pendant la campagne.

«Nous devons nous assurer d'avoir beaucoup plus de femmes présentes dans cette institution», affirme-t-elle. Féministe? «Absolument!» «Il faut que la voix que nous avons ici soit utilisée pour résoudre les problèmes des femmes kosovares où qu'elles soient. Sinon je ne resterai qu'un chiffre, un article de journal», conçoit-elle.

De l'enseignement du droit, qu'elle a continué malgré son engagement politique, elle tire un sentiment de responsabilité. «Travailler avec les jeunes générations, c'est voir comment ce que l'on fait, ou pas, affecte leurs vies.» Elle en tire surtout «de la bonne humeur» qui balance les duretés de la politique.

Face à la solitude

Au cours de ses quatre mandats de députés, la politicienne a «dû mener des batailles seules, voter seule», se souvient-elle. En 2013, elle prend la défense des femmes victimes de viols de guerre à un moment où le sujet est encore terriblement impopulaire. Elle vote contre la désignation d'Hashim Thaçi à la présidence du pays malgré la consigne de vote de son parti. Elle échoue en 2015 à prendre la tête de la LDK.

Mais face aux plus grands obstacles, Vjosa Osmani se rappelle «toutes les petites filles qui nous regardent». Ses deux petites jumelles. «Pour elles, nous ne devons jamais devenir un exemple de défaite.»

Créé: 17.02.2020, 12h00

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