Jérusalem capitale d’Israël: Hani Ramadan face à François Garaï

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Ville des trois religions, ville de paix, capitale d’Israël… La décision du président Trump fait réagir à Genève. Hani Ramadan" target="_blank">Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève et le rabbin François Garai croisent leurs points de vue.

Jérusalem est plus qu’un symbole

Hani Ramadan, directeur du Centre Islamique de Genève

Une sagesse ancestrale dit que ce qui est bâti sur une erreur finira par s’effondrer, en dépit des apparences. Israël est et restera un pays illégitime: le 2 novembre 1917, Arthur Balfour adresse à Lord Lionel Walter Rothschild, un banquier sioniste, une lettre stipulant que «le Gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif». En d’autres termes, les Britanniques ont donné une terre qui ne leur appartenait pas. En droit, un tel marché est caduc. Dès le début, cette transaction n’était qu’une pure escroquerie. Un fait de colonisation. Voilà pour la genèse du projet.

Aujourd’hui, le processus se poursuit de façon inéluctable, comme une fuite en avant jusqu’au désastre final qui s’annonce: car l’État sioniste ne cesse de s’étendre, défiant avec arrogance la communauté internationale, paralysée par le pouvoir médiatique et politique des lobbies financiers qui sévissent dans les capitales occidentales. Trump fera exactement ce que lui dicteront les maîtres de la finance, qui auraient en leur pouvoir, à force de scandales, de le conduire à sa perte. D’ailleurs, il en va également de même de certaines pétromonarchies arabes qui préfèrent se soumettre aux oligarchies transnationales, plutôt que de défendre les droits élémentaires du peuple palestinien. Reconnaissons cependant que Trump a le courage de faire ouvertement ce qui se trame partout ailleurs secrètement!

Jérusalem est aujourd’hui plus qu’un symbole: c’est un tournant historique qui va donner un élan supplémentaire à la logique de confrontation. Bien sûr, ce défaut sera hypocritement attribué à la résistance palestinienne, alors que sur le terrain des faits, il y a un colonisateur et un colonisé, et qu’à ce dernier, on ne devrait pas reprocher de se défendre.

Enfin, le sionisme se heurte inévitablement à l’islam. La Mosquée al-Aqsâ n’est pas seulement au cœur de la question palestinienne. Non. Elle constitue pour les musulmans du monde entier un lieu saint qui fait universellement écho au message de tous les prophètes: Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob, Moïse, Jésus et Muhammad. C’est une terre de tous les peuples, et non d’une tribu distincte par ses ascendants. Le Coran est riche d’une parole qui accueille en son sein les enfants d’Israël: «Dites: «Nous croyons en Dieu et en ce qu’on a fait descendre sur nous, et en ce qu’on a fait descendre sur Abraham et Ismaël et Isaac et Jacob et les tribus; et en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes, venant de leur Seigneur: nous ne faisons aucune distinction entre eux. Et à Lui nous sommes soumis».» (Coran, 2, 136)

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Jérusalem, centre de tout?

François Garai, rabbin

En déclarant Jérusalem capitale d’Israël, le président D. Trump a exécuté une décision du Sénat américain datant de 1995. Il rejoint son prédécesseur, Barack Obama qui, en 2008 lors de sa visite en Israël, a déclaré que Jérusalem était sa capitale d’Israël sans susciter de réaction. Fondamentalement, pour les juifs et l’immense majorité des Israéliens, la déclaration du président Donald Trump ne change rien. Il en va de même pour les fidèles juifs dans le monde qui, depuis vingt-cinq siècles lorsqu'ils prient, se tiennent dans la direction de Jérusalem.

Entre 1948 et 1967, la Cisjordanie et la partie Est de Jérusalem furent annexées par le Jordanie. Les juifs en furent expulsés et il leur fut interdit de pénétrer dans la vieille ville de Jérusalem comme dans tout le territoire jordanien. Lorsque après les accords d’Oslo en 1993 l’Autorité palestinienne fut installée, le souverain jordanien, Gardien des lieux saints, ne lui transféra pas cette charge. Pourtant cela aurait attesté de la relation entre l’Autorité palestinienne et Jérusalem.

L’État d’Israël a acquis son droit à l’existence comme tous les États contemporains. Il a recueilli des millions de réfugiés, y compris ceux des pays arabes. C’est à Jérusalem que les différentes institutions de l’État ont été installées et personne n’y a trouvé et n’y trouve à redire. Hier comme aujourd’hui, lorsque des présidents et des ministres se rendent en Israël, ils rencontrent leurs homologues israéliens à Jérusalem. Là aussi, les déclarations du président Donald Trump ne changeront rien.

Cela étant, son action va-t-elle dans le sens de la paix? Tel sera le cas si de nouveaux développements ont lieu en faveur d’un règlement de paix et d’un partage équitable entre Israéliens et Palestiniens. Refuser cette éventualité, c’est se condamner à la rage et au désespoir, c’est se mettre au ban de l’histoire. Tel est l’écueil que doivent éviter Palestiniens et Israéliens. Et nous qui vivons hors de cet espace, notre devoir est de ne pas attiser certaines braises.

La Bible invite à une réunion pacifiée entre les peuples d’Assyrie et d’Egypte d’une part et le peuple d’Israël d’autre part (Isaïe 19 :23-24). C’est dans cette direction que nous devrions œuvrer. Le négationnisme et la cécité historique énoncés par des Cassandres ne mènent nulle part. Il faudrait qu’ils s’ouvrent à l’espérance et à l’écoute de l’autre tel qu’il se présente et non tel qu’ils voudraient qu’il soit.

Actuellement, certains pays arabes délaissent peu à peu la rhétorique belliqueuse. Ils apporteront peut-être une proposition nouvelle. Ce sera alors l’aube d’une ère que j’attends avec impatience.

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Créé: 15.12.2017, 16h52

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